Imaginary interview with Cyrus II
by Charactorium · Cyrus II (599 av. J.-C. — 529 av. J.-C.) · Politics · 6 min read

On me retrouve à Pasargades, dans le jardin clos que j'ai fait tracer entre les canaux, non loin du tombeau que je me suis choisi de mon vivant. Un scribe venu de loin, muni d'une tablette fraîche, me demande de raconter ce que les prêtres et les capitaines racontent déjà autrement. Je réponds comme je gouverne : sans détour.
—On raconte que votre propre grand-père a voulu votre mort dès le berceau. Comment avez-vous appris cette histoire ?
Tard, et par bribes, comme on apprend les choses qu'on a voulu enterrer. Mon grand-père Astyage, roi des Mèdes, avait rêvé qu'un enfant né de sa fille le renverserait. On m'a donc abandonné aux montagnes, confié à un berger qui m'a élevé sans savoir qui je nourrissais. J'ai grandi les mains dans la terre, ignorant du trône, avant qu'un jour la vérité ne remonte jusqu'à la cour d'Ecbatane. Les devins avaient vu juste, et c'est bien ce qu'ils redoutaient qui advint : l'enfant qu'on avait cru étouffer devint l'homme qui prit le royaume. Je ne sais si les songes disent l'avenir ou le fabriquent en l'annonçant. Mais je sais qu'on ne tue pas un destin en l'abandonnant dans la montagne — on ne fait que le nourrir d'un autre lait.
On ne tue pas un destin en l'abandonnant dans la montagne — on ne fait que le nourrir d'un autre lait.
—Quand avez-vous compris que vous étiez destiné à régner ?
Je n'ai jamais eu de certitude, seulement des étapes. J'étais roi de Perse, vassal des Mèdes, quand j'ai commencé à sentir que le lien qui nous tenait était plus faible que le titre ne le disait. Je me suis levé contre Astyage, et à Ecbatane j'ai pris ce qui aurait dû m'écraser. Les Perses et les Mèdes, jusque-là séparés, se sont retrouvés sous une seule main — la mienne. On me demande souvent si j'ai su, dès l'enfance chez le berger, que ce jour viendrait. Je réponds que non : j'ai avancé pas à pas, comme un homme qui gravit une montagne dans la brume et ne voit la cime qu'une fois dessus.
—Racontez-nous l'entrée dans Babylone en 539 av. J.-C.
Il n'y eut presque pas de bataille, et c'est cela que je retiens le plus. Les portes de Babylone se sont ouvertes, et j'ai marché dans la ville comme on entre chez un hôte plutôt que chez un vaincu. J'ai rendu hommage au dieu Mardouk, dont les prêtres craignaient qu'un conquérant renverse les autels. Je n'ai renversé aucun autel. Les rois d'avant moi rasaient les temples des peuples soumis pour prouver leur force ; j'ai choisi l'inverse, car un dieu qu'on respecte fait un peuple qu'on n'a pas besoin de briser. Les habitants m'ont accueilli presque en libérateur, et ce mot m'a plus servi que dix mille lances.
Un dieu qu'on respecte fait un peuple qu'on n'a pas besoin de briser.
—Le cylindre que l'on a gravé après votre prise de la ville — quel message vouliez-vous y laisser ?
J'ai voulu qu'on grave dans l'argile ce que ma bouche disait déjà : « je retournai dans les villes sacrées de l'autre côté du Tigre leurs sanctuaires qui avaient été ruinés depuis longtemps, et je rassemblai tous leurs habitants et leur rendis leurs demeures ». Ce n'est pas de la clémence, c'est un calcul que je ne cache pas : un peuple réinstallé dans ses murs et son culte devient un peuple loyal, non un peuple qui attend l'occasion de se venger. Le scribe qui a tenu le roseau sur cette tablette de cunéiforme ne savait pas qu'on la lirait encore dans des siècles. Moi non plus. Mais j'ai voulu que roi de Babylone, roi du monde, ces titres ne restent pas des mots vides.
—Pourquoi avez-vous choisi de laisser partir les Juifs déportés plutôt que de les garder comme sujets à Babylone ?
Ils avaient été arrachés à Jérusalem par Nabuchodonosor, et je n'ai vu aucune raison de prolonger cette blessure une fois la ville en ma main. J'ai donc fait proclamer : que celui qui appartient à son peuple monte à Jérusalem et rebâtisse la maison de son Dieu. On me dira que d'autres rois auraient gardé ces bras pour leurs champs ou leurs chantiers. Je préfère un peuple reconstruit ailleurs et reconnaissant, à un peuple retenu de force et rongé de haine. Les scribes qui ont couché mon nom dans leurs livres m'appellent parfois d'un mot que je n'aurais pas choisi moi-même. Je n'ai fait que rendre ce qui n'était pas à moi.
Je préfère un peuple reconstruit ailleurs et reconnaissant, à un peuple retenu de force et rongé de haine.

—Comment gouverne-t-on tant de peuples différents sans les briser ?
On ne gouverne pas un Lydien comme un Babylonien, ni un Babylonien comme un Mède. J'ai découpé l'empire en satrapies, confiées chacune à un satrape qui collecte l'impôt et tient l'ordre en mon nom, mais qui laisse à chaque peuple sa langue, son culte, ses coutumes. Les messages courent sur la route royale plus vite qu'un cheval seul ne pourrait les porter, de sorte que je sais à Ecbatane ce qui se trame à Sardes avant que le mal ne s'installe. On m'a demandé pourquoi je ne forçais pas tous ces peuples à parler perse et prier mes dieux. Un empire qu'on unifie de force se fissure au premier hiver difficile ; un empire qu'on laisse respirer tient plus longtemps que son fondateur.
—Vos satrapes ne risquent-ils pas de devenir des rois eux-mêmes, loin de vous ?
C'est un risque que je connais et que je préfère à l'autre. J'aurais pu réduire chaque peuple vaincu en esclavage, comme le firent tant de rois avant moi ; j'ai choisi d'incorporer leurs élites dans mon administration, de leur confier des provinces plutôt que des chaînes. Un satrape bien traité, dont la famille garde son rang et son culte, a peu de raisons de trahir pour un trône qu'il ne pourrait tenir sans mes routes ni mes courriers. La terreur achète une obéissance qui se retourne dès qu'on tourne le dos ; la loyauté, elle, veille même en votre absence. Je préfère dormir sur la seconde.
—Décrivez-nous Pasargades, la capitale que vous avez fait bâtir.
J'ai voulu une capitale à l'image de ce que je cherchais pour mon règne : de l'eau amenée par des canaux jusque dans un plateau qui n'en avait pas, des jardins clos que nous appelons paradeisoi — un mot que d'autres langues garderont peut-être sous le nom de paradis. L'apadana y accueille les délégations venues de contrées lointaines, colonnes dressées comme des soldats immobiles. Non loin, j'ai fait tailler dans la pierre la chambre simple où je reposerai un jour, sur son socle à degrés. Certains rois bâtissent pour éblouir leurs sujets ; j'ai bâti pour que la terre aride se souvienne qu'un homme y avait fait couler l'eau.

—Comment se déroule une journée ordinaire pour le Grand Roi ?
Elle commence devant le feu, avant même les rapports des satrapes, car un roi qui néglige Ahura Mazda néglige ce qui tient son royaume debout. Puis viennent les courriers, portés depuis les provinces les plus lointaines par la route royale, et les audiences où délégations et pétitionnaires se pressent l'après-midi. Il m'arrive de chasser le lion, privilège que je ne partage qu'avec ma garde. Le soir, les banquets réunissent nobles perses et mèdes autour de viandes rôties et de vin servi dans des rhytons d'or, tandis qu'un aède chante des exploits qui, je le sais, grossissent un peu chaque année qu'on les répète.
—On dit que vous êtes tombé face à une reine nomade, Tomyris. Que s'est-il passé aux confins de l'empire ?
J'ai mené mes armées contre les Massagètes, peuple de cavaliers qui ne connaît ni murs ni capitales à assiéger, gouverné par une reine que rien ne semblait effrayer. On raconte qu'elle vengeait son fils, tombé dans cette campagne, et qu'elle a plongé ma tête dans une outre remplie de sang pour que je m'y abreuve enfin sans limite, moi qu'on disait insatiable de conquêtes. Je ne peux dire à mon scribe ce qui est vrai dans ce récit et ce que les conteurs y ont ajouté pour qu'on frissonne autour du feu. Ce que je sais, c'est qu'un conquérant qui a plié tant de rois peut tomber devant une reine que personne n'avait pris la peine de craindre.
Un conquérant qui a plié tant de rois peut tomber devant une reine que personne n'avait pris la peine de craindre.
—Si vous pouviez imaginer ce qu'on dira de vous dans un siècle, que souhaiteriez-vous qu'on retienne ?
Je n'ai pas de miroir pour voir si loin, seulement l'argile du cylindre et la mémoire des peuples que j'ai laissés reconstruire leurs temples. Si l'on devait raconter mon nom aux enfants d'un autre siècle, je voudrais qu'on dise que j'ai pris Babylone sans la détruire, que j'ai renvoyé à Jérusalem ceux qu'on y avait arrachés, que j'ai fait des Mèdes et des Perses un seul peuple sans effacer ni les uns ni les autres. Peut-être qu'on oubliera les batailles et qu'on ne gardera que le décret. Un roi bâtit des palais qui s'effritent ; un décret de retour, lui, continue de faire marcher des pieds vers une maison longtemps après que la main qui l'a signé s'est arrêtée.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Cyrus II's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


