Imaginary interview

Imaginary interview with Hubertine Auclert

by Charactorium · Hubertine Auclert (1848 — 1914) · Politics · Society · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Hubertine Auclert
Wikimedia Commons, Public domain — Agence Rol

Paris, un matin de printemps 1909. Dans un appartement modeste du centre de la capitale, où les piles de La Citoyenne voisinent avec des liasses de pétitions ficelées, une femme en robe noire nous reçoit debout, une plume encore à la main. Hubertine Auclert n'a pas le temps des mondanités : elle a des lettres à écrire et une République à sommer de tenir parole.

Que s'est-il exactement passé ce 3 mai 1908, dans ce bureau de vote parisien ?

C'était les municipales, et j'ai marché droit vers cette urne électorale en métal, symbole poli de mon exclusion. Autour de moi, les hommes déposaient leurs bulletins avec cet air tranquille de propriétaires. Alors j'ai saisi l'urne et je l'ai renversée sur le sol, en criant « À bas la loi des hommes ! » Les scrutins roulaient à terre, on se précipitait, on m'a arrêtée. Croyez-moi, je savais très bien qu'on m'emmènerait : c'était précisément le but. Un discours poli dans une salle vide ne change rien ; une urne qui se vide sur le pavé, cela, toute la presse en parle le lendemain. Trente ans que je frappais aux portes du Palais Bourbon ; ce jour-là, j'ai fait entrer ma cause par la fenêtre brisée du scandale.

Un discours poli dans une salle vide ne change rien ; une urne qui se vide sur le pavé, toute la presse en parle.

N'aviez-vous pas peur d'être tournée en ridicule par un tel geste ?

Le ridicule, monsieur, on me le jette depuis mes premières pétitions. On m'a appelée hystérique, vieille fille, suffragette — un mot qu'on croyait blessant et que je porte comme une cocarde. Renverser une urne, c'est un geste de théâtre, je l'accorde ; mais le théâtre est parfois la seule tribune qu'on laisse aux exclues du scrutin. Quand un pays refuse d'entendre votre raison, il faut lui offrir son propre spectacle. Toute ma vie, j'ai pratiqué cela : la désobéissance civile comme miroir tendu à la République. Elle se dit démocratique et retranche la moitié de la nation ? Fort bien, je vais rendre cette absurdité visible, éclatante, impossible à ignorer. On rira, soit. Mais on aura vu, et voir, c'est déjà commencer à changer.

Pourquoi refuser obstinément de payer vos impôts ?

Parce que la logique m'y obligeait. Nos pères de 1789 avaient posé le principe : pas d'imposition sans représentation. On l'appliquait aux hommes ; je me suis contentée de le retourner. Si l'on me tient pour une mineure éternelle, incapable de glisser un bulletin dans l'urne, alors qu'on cesse de venir chercher mes deniers. Je l'ai écrit dans Le vote des femmes : « La femme paie des impôts, elle doit donc avoir le droit de contrôler l'emploi de ses deniers ; elle obéit aux lois, elle doit donc participer à leur élaboration. Tout autre principe est une contradiction de la démocratie. » Alors chaque année, mon avis d'imposition devenait une déclaration de guerre pacifique. On saisissait mes meubles ? Tant mieux : encore un scandale utile.

On me tient pour une mineure éternelle : alors qu'on cesse de venir chercher mes deniers.

Vous avez aussi refusé de vous laisser recenser correctement, en 1880. Quelle était l'idée ?

L'idée était de pousser jusqu'au bout leur propre raisonnement. Lors du recensement de 1880, on est venu compter les âmes de ce pays. J'ai demandé : mais pourquoi me compter, moi ? Politiquement, je n'existe pas. Je ne vote pas, je ne suis pas éligible, je suis civilement effacée sous l'autorité de mon mari par le Code Napoléon. Puisque je suis un néant devant la loi, que l'État ne me réclame ni chiffre, ni impôt, ni obéissance. J'ai donc refusé de remplir ma feuille comme il fallait. C'était une manière de dire : choisissez. Ou vous m'existez pleinement, citoyenne parmi les citoyens, ou vous renoncez à disposer de moi. On ne peut effacer une femme du bureau de vote et la ressusciter au guichet des contributions.

Comment est né votre journal, La Citoyenne, en 1881 ?

Il est né d'une rage patiente. On refusait mes pétitions, on me faisait taire dans les congrès jugés trop timides ; il me fallait une tribune que nul ne pût me fermer. En 1881, j'ai fondé La Citoyenne, et je l'ai dirigée dix années durant. Le titre disait déjà tout mon programme : nommer les femmes du mot qu'on leur volait. Presque chaque ligne sortait de ma plume, ici même, sur cette table qui me sert de bureau et de rédaction. Dès l'aube je répondais au courrier de province, puis je rédigeais l'éditorial. Le tout premier commençait ainsi : « Nous voulons voter, parce que voter c'est exister politiquement ; parce que sans le droit de vote, la femme ne peut influer sur la loi qui la régit ni sur l'impôt qu'elle paie. »

Le titre disait déjà tout mon programme : nommer les femmes du mot qu'on leur volait.
Hubertine Auclert 1910
Hubertine Auclert 1910Wikimedia Commons, Public domain — Agence Rol / Adam Cuerden

Que représentait concrètement cette vie de journaliste militante, au quotidien ?

Une discipline de moine et une bourse toujours vide. Mon appartement parisien était à la fois logis et quartier général : on y recevait les militantes, on y débattait de stratégie le soir, on y lisait la presse étrangère pour savoir ce qui remuait ailleurs. Je vivais frugalement — du pain, des légumes, peu de chose — car chaque sou disponible partait dans le journal. On imagine volontiers les féministes en salonnières oisives ; la vérité est plus terne et plus dure : des heures penchée sur La Citoyenne, à corriger, à relancer les abonnés, à répondre aux injures des adversaires. J'ai toujours pensé que l'écriture était mon arme la plus sûre. Une plume et un encrier m'ont menée plus loin que bien des discours d'estrade.

Vous avez vécu à Alger de 1888 à 1892. Qu'y avez-vous découvert ?

J'y avais suivi Antonin Lévrier, mon compagnon, et j'y ai trouvé une leçon que je n'attendais pas. À Alger, j'ai vu des femmes doublement enchaînées : par le patriarcat qui les enfermait, et par la colonisation qui prétendait les civiliser en les oubliant. Nos administrateurs français se gargarisaient de progrès sans jamais lever le petit doigt pour ces femmes-là. J'en ai tiré Les femmes arabes en Algérie, paru en 1900. Ce fut un livre difficile, écrit à contre-courant, car nul ne voulait entendre que la mission dite civilisatrice laissait la moitié d'un peuple dans la misère. Mon féminisme, à Alger, a cessé d'être une affaire parisienne : il est devenu une exigence qui ne pouvait s'arrêter à la Méditerranée ni à la couleur d'une peau.

Mon féminisme, à Alger, a cessé d'être une affaire parisienne.
Tombe de Hubertine Auclert (Père Lachaise) - sculpture
Tombe de Hubertine Auclert (Père Lachaise) - sculptureWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Maspran

Comment vos adversaires ont-ils reçu ce livre sur les femmes algériennes ?

Avec la surdité polie qu'on réserve aux vérités gênantes. On me pardonnait à la rigueur de réclamer le scrutin pour les Parisiennes ; on supportait mal que j'aille fouiller dans les colonies de la République. Pourtant je n'inventais rien. J'ai écrit noir sur blanc que ces femmes vivaient une condition misérable et que la France, qui se dit civilisatrice, ne pouvait rester indifférente à cet état de choses. Cela dérangeait deux camps à la fois : les tenants de la colonie, qui me trouvaient importune, et certaines féministes, qui jugeaient le sujet trop lointain. Mais je n'ai jamais cru qu'on pût défendre l'émancipation des unes en fermant les yeux sur la servitude des autres. Une injustice qu'on tolère au loin finit toujours par revenir vous corrompre chez vous.

Vous avez été la première à porter la question du vote des femmes devant le Parlement. Comment cela a-t-il commencé ?

En 1876, quand j'ai fondé la société « Le Droit des femmes » et déposé ma première pétition au Parlement. Avant moi, les féministes réclamaient l'instruction, le droit civil, le divorce — de belles causes, mais elles n'osaient pas prononcer le mot : le suffrage. Moi, j'ai osé. Devant la Chambre des députés, mes soussignées réclamaient l'application à leur sexe du principe même de la Constitution républicaine : la démocratie ne saurait exclure la moitié de la nation. On m'a trouvée folle, prématurée, dangereuse. Au Palais Bourbon, mes textes finissaient dans un tiroir. Mais une pétition n'est jamais tout à fait perdue : elle est une graine. J'en ai semé de 1876 à 1907, sachant très bien que d'autres mains récolteraient.

On réclamait l'instruction, le divorce — mais nul n'osait le mot : le suffrage. Moi, j'ai osé.

Croyez-vous voir de votre vivant les femmes françaises entrer dans l'isoloir ?

Je ne me berce pas d'illusions. La Nouvelle-Zélande vote depuis 1893, la Finlande depuis 1906 ; je brandis ces exemples au nez des députés pour leur montrer notre honteux retard, et ils haussent les épaules. Non, je crains que ma génération ne s'éteigne avant la victoire. Dans Le vote des femmes, j'ai voulu réunir trente ans d'arguments, pour que le jour venu nul ne puisse dire qu'on ne savait pas. Peut-être me lira-t-on dans un siècle comme on lit les précurseurs : avec un mélange d'estime et d'étonnement qu'il ait fallu tant de peine pour une chose si simple. J'aurai renversé une urne, refusé l'impôt, noirci des milliers de pages. Que d'autres, après moi, glissent enfin le bulletin — ce sera ma victoire posthume.

Que d'autres, après moi, glissent enfin le bulletin — ce sera ma victoire posthume.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Hubertine Auclert's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.