Imaginary interview with Jane Goodall
by Charactorium · Jane Goodall (1934 — 2025) · Sciences · 5 min read

Nous l'avons rencontrée dans une pièce simple, jumelles posées sur une pile de carnets écornés, une carte de la forêt de Gombe punaisée au mur. À quatre-vingt-dix ans passés, la voix reste basse, patiente, comme accordée au rythme d'une observation qui n'en finit pas. Elle nous a parlé des chimpanzés comme d'une famille lointaine dont elle n'a jamais cessé de traduire les silences.
—Comment se passaient vos toutes premières semaines dans la forêt, avant que les chimpanzés vous acceptent ?
Je vivais sous une tente de toile avec ma mère Vanne, sans eau courante, sans électricité, sur les pentes escarpées qui plongent vers le lac Tanganyika. Chaque matin, je me levais avant l'aube, car les chimpanzés quittent leurs nids à la première lumière, et je grimpais m'asseoir, immobile, mes jumelles à la main. Pendant des mois, ils m'ont fuie : une silhouette blanche et pâle qui n'avait rien à faire là. J'ai appris à disparaître dans le paysage, à porter des tons kaki, à ne pas fixer, à laisser le temps faire son travail lent. L'habituation de ces animaux m'a coûté plus d'un an de patience — mais c'est la seule monnaie que la forêt accepte.
La patience est la seule monnaie que la forêt accepte.
—On parle souvent du "camp bananes" de Gombe. Que représentait-il pour vous ?
Au début, pour rapprocher un peu ces ombres timides, je déposais des régimes de bananes près du camp. C'était décisif : soudain, David Greybeard et quelques autres venaient à portée de regard, et je pouvais lire sur leurs visages ce qu'aucun manuel ne m'avait décrit. Mais j'ai vite compris le prix de cette facilité : les bananes changeaient les comportements, attisaient les tensions, faussaient ce que je cherchais justement à observer sans le troubler. J'ai fini par y renoncer. On croit toujours devoir aider un peu la nature à se montrer ; en vérité, il faut surtout apprendre à ne pas l'interrompre. Mes carnets de terrain de ces années-là gardent la trace de ce doute permanent entre voir et déranger.
—Vous souvenez-vous du jour où vous avez vu un chimpanzé fabriquer un outil ?
Octobre 1960. Je le revois encore : David Greybeard, accroupi près d'une termitière, qui cueille un brin d'herbe, en arrache les feuilles et le glisse dans le monticule pour en retirer les termites accrochés. In the Shadow of Man raconte cette scène — « I had witnessed a chimpanzee not only using but actually making a tool ». Un animal ne se contentait pas d'utiliser un objet, il le façonnait pour un usage. Or, on nous avait appris que fabriquer un outil était le propre de l'homme, la frontière même de notre espèce. Assise là, mon carnet sur les genoux, je n'avais pas conscience de démolir un mur. Je notais simplement ce que je voyais, honnêtement, comme toujours.
Je ne savais pas que je démolissais un mur ; je notais simplement ce que je voyais.
—Comment Louis Leakey a-t-il réagi à cette observation ?
Quand mon rapport lui est parvenu, Louis Leakey m'a répondu par un télégramme que je n'ai jamais oublié : « Now we must redefine tool, redefine man, or accept chimpanzees as humans. » Redéfinir l'outil, redéfinir l'homme, ou accueillir les chimpanzés parmi les humains. Il avait ce génie de mesurer d'un coup la portée d'un fait minuscule — un brin d'herbe dans une termitière au bord du lac Tanganyika. Pour la science de l'époque, c'était un séisme. Pour moi, c'était surtout la confirmation que ces êtres méritaient qu'on les regarde autrement que comme des mécaniques. La science avait dessiné une ligne nette entre eux et nous ; ce matin-là, la ligne s'est mise à trembler.
La science avait tracé une ligne nette entre eux et nous ; ce matin-là, elle s'est mise à trembler.
—Vous n'aviez aucun diplôme universitaire quand tout a commencé. Comment cela s'est-il fait ?
En 1957, je travaillais comme secrétaire au Musée national du Kenya, à Nairobi, quand j'ai rencontré Leakey. Je n'avais pas de licence, pas de formation en zoologie — rien qu'une passion d'enfance pour les animaux, née dans les jardins de Bournemouth où ma mère avait encouragé ma curiosité. Leakey y voyait un atout : il voulait un regard neuf, non encombré des théories de l'université, quelqu'un qui observerait sans savoir d'avance ce qu'il fallait trouver. On l'oublie souvent, mais l'ignorance des dogmes est parfois la meilleure des méthodes. Il cherchait des yeux, pas un curriculum.
L'ignorance des dogmes est parfois la meilleure des méthodes.

—Comment obtient-on un doctorat à Cambridge sans avoir jamais passé de licence ?
En 1965, j'ai reçu mon doctorat en éthologie à Cambridge, sur la seule base de mes notes de terrain de Gombe — l'une des rares personnes admises sans diplôme préalable. L'expérience fut singulière : certains professeurs me reprochaient d'avoir donné des prénoms à mes chimpanzés, de leur prêter une personnalité, de parler d'esprit et d'émotion. On me sommait de tout réduire à des numéros, à des chiffres. J'ai tenu bon. Mes carnets, eux, ne mentaient pas : chaque animal y avait un visage, une histoire, un caractère. Cambridge m'a donné la légitimité que le monde savant réclamait, mais la vraie leçon, je l'avais apprise dans la forêt, bien avant d'entrer dans un amphithéâtre.
—Pourquoi teniez-vous tant à nommer les chimpanzés plutôt qu'à les numéroter ?
Parce qu'ils n'étaient pas interchangeables. Flo, David Greybeard, Goliath : chacun avait son tempérament, ses ruses, ses tendresses, ses colères. On m'accusait d'anthropomorphisme, ce péché capital de la science d'alors qui interdisait de prêter aux bêtes la moindre émotion. Mais mes carnets de terrain, remplis heure après heure, montraient des alliances politiques, des chagrins, des jeux — toute une vie intérieure. J'ai refusé de réduire ces individus à des matricules pour rassurer une orthodoxie. Le temps m'a donné raison : ce qu'on tenait pour une naïveté de jeune femme sans formation est aujourd'hui un socle de l'éthologie. Nommer, ce n'était pas fantasmer ; c'était refuser de mentir sur ce que je voyais.
Nommer, ce n'était pas fantasmer ; c'était refuser de mentir sur ce que je voyais.

—Cette idée d'une culture animale, transmise de génération en génération, a mis du temps à être admise. Que découvriez-vous, à travers vos jumelles ?
Que les techniques n'étaient pas inscrites dans les gènes, mais apprises, imitées, léguées. Un jeune regardait sa mère pêcher les termites et refaisait le geste, maladroitement d'abord, puis avec assurance. J'observais là, patiemment, une transmission culturelle : des groupes différents utilisaient des outils différents de façons différentes. Plus tard, dans The Chimpanzees of Gombe, j'ai écrit que l'usage d'outils chez ces animaux n'était pas un phénomène unitaire, mais qu'il suggérait la transmission de comportements appris à travers les générations. Chaque communauté avait, en somme, ses coutumes. Il fallait admettre que la culture, elle non plus, ne nous appartenait pas en propre.
—En 1986, à Chicago, quelque chose a basculé. Que s'est-il passé ?
J'étais venue à cette conférence internationale en chercheuse, pour parler comportement, données, publications. Et l'on m'a montré des cartes satellitaires : les forêts d'Afrique, celles que je croyais éternelles, réduites à des lambeaux, cernées par la déforestation et le braconnage. Je suis entrée dans cette salle scientifique et j'en suis ressortie militante. Je ne pouvais plus rester assise sous un arbre de Gombe à noter des pant-hoots pendant que l'habitat de ces animaux disparaissait. J'ai presque cessé le terrain pour parcourir le monde, trois cents jours par an, à plaider la cause de la conservation. C'était un deuil et une renaissance à la fois.
Je suis entrée dans cette salle en scientifique et j'en suis ressortie en militante.
—Vous avez fondé Roots & Shoots en 1991. Où puisez-vous cet espoir, alors que vous décrivez tant de destructions ?
Roots & Shoots est né dans mon salon de Dar es Salaam, avec une douzaine de lycéens tanzaniens et une idée toute simple : que chaque jeune agisse concrètement, pour sa communauté, pour les animaux, pour la terre. Aujourd'hui ils sont des millions, dans plus de soixante pays. Mon espoir tient dans une conviction que j'ai écrite un jour : chaque individu compte, chaque individu a un rôle à jouer, chaque individu fait une différence. On ne peut traverser une seule journée sans laisser une empreinte sur le monde — mais nous avons le choix de l'empreinte que nous laissons. Voilà ce que je répète aux enfants : leurs mains, ensemble, sont plus vastes que toutes les forêts abattues.
Chaque individu fait une différence — et nous avons le choix de l'empreinte que nous laissons.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Jane Goodall's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


