Imaginary interview

Imaginary interview with Job

by Charactorium · Job · Mythology · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

Sur le sol craquelé du pays d'Uz, là où les troupeaux soulevaient autrefois la poussière jusqu'à l'horizon, un homme est assis parmi la cendre. Ses plaies ont séché, sa fortune est revenue, mais ses yeux gardent la trace d'un combat que nul or ne console. Il accepte de parler de ce qu'il a perdu, de ce qu'on lui a reproché, et de cette voix qui un jour est sortie de la tempête.

Avant le malheur, à quoi ressemblaient vos journées dans le pays d'Uz ?

Je me levais avant que la lumière ne touche les collines, pour compter mes bêtes — les brebis, les chèvres, les chameaux qui couvraient mes pâturages comme une seconde terre. Au matin, j'offrais le sacrifice, car je craignais toujours qu'un de mes dix enfants n'eût péché en son cœur sans le savoir. L'après-midi, les hommes du pays venaient s'asseoir devant ma porte, et je rendais la justice entre le fort et la veuve, car un notable n'est rien s'il n'est l'abri du faible. Le soir, ma maison se remplissait de mes fils et de mes filles, et le pays d'Uz entier me tenait pour l'homme le plus comblé de l'Orient. Je croyais alors que la bénédiction était un dû.

Je croyais alors que la bénédiction était un dû.

Comment ce monde s'est-il effondré ?

En un seul jour. Les messagers se sont succédé sans même se laisser respirer l'un l'autre : le feu sur les brebis, les pillards sur les chameaux, et le grand vent du désert qui a fait crouler la maison sur la tête de mes dix enfants pendant qu'ils mangeaient. Je n'avais pas fini d'entendre le premier que le dernier parlait déjà. Alors je me suis levé, j'ai déchiré mon manteau, j'ai rasé ma tête, et je me suis jeté contre terre. Et de cette bouche pleine de poussière sont sorties les seules paroles que je trouvais justes : « Nu je suis sorti du sein de ma mère, et nu je retournerai. L'Éternel a donné, l'Éternel a ôté ; que le nom de l'Éternel soit béni ! » Je ne comprenais rien, mais je ne voulais pas mentir contre le Ciel.

Je n'avais pas fini d'entendre le premier que le dernier parlait déjà.

Puis vint la maladie. Que reste-t-il d'un homme à cet endroit ?

Le mal m'a couvert de la plante des pieds jusqu'au sommet du crâne, des plaies si ardentes que je ne supportais plus le frôlement d'une étoffe. J'ai quitté ma demeure et je suis allé m'asseoir au milieu de la cendre, hors des murs, là où l'on jette les rebuts. Je n'avais plus pour me soulager qu'un tesson de poterie, dont je raclais ma peau pour calmer la démangeaison qui me dévorait. Comprenez-le : la veille encore, on me saluait à la porte ; et me voilà parmi les ordures, raclant ma chair comme on gratte un pot brisé. La poussière où je gisais était devenue mon trône et mon lit. C'est là, dépouillé jusqu'à l'os, que la vraie question a commencé à brûler en moi.

Trois amis sont alors venus s'asseoir près de vous. Qu'attendaient-ils de vous ?

Éliphaz, Bildad et Zophar sont venus de loin, et d'abord ils se sont tus sept jours et sept nuits, car ma douleur leur fermait la bouche — cela, je ne l'oublierai jamais. Mais quand ils ont parlé, leur consolation s'est changée en procès. Bildad surtout me lançait la vieille sentence : Dieu pervertit-il la justice ? Si tes enfants ont péché, il les a livrés à leur faute. Comprenez l'horreur de la chose : pour me consoler, ils m'expliquaient que mes fils étaient morts pour leurs péchés et que moi-même je devais cacher quelque crime. Ils défendaient la justice rétributive comme on défend un mur qui s'écroule. Et moi, sur ma cendre, je n'avais à leur opposer qu'une chose : je n'avais rien fait qui méritât cela.

Pour me consoler, ils m'expliquaient que mes fils étaient morts pour leurs péchés.

Pourquoi ne pas avoir simplement reconnu une faute, comme ils vous le demandaient ?

Parce qu'on me demandait de mentir pour sauver une idée de Dieu. La repentance, je la connais, et je l'aurais offerte mille fois si ma conscience m'avait montré une seule faute cachée. Mais ils voulaient que je m'accuse pour que leur système tienne debout : le juste prospère, le coupable souffre, donc qui souffre est coupable. J'ai refusé de courber mon innocence sous ce raisonnement. Je leur ai dit qu'ils plaidaient pour Dieu avec des mensonges, et qu'un Dieu qui aurait besoin de mes faux aveux ne serait pas digne d'être craint. Mieux valait crier mon incompréhension vers le Ciel que la travestir en repentir devant des hommes. J'aimais mieux disputer avec Dieu que de raisonner faux à son sujet.

On me demandait de mentir pour sauver une idée de Dieu.
Portrait de M. Bardou-Job 1886
Portrait de M. Bardou-Job 1886Wikimedia Commons, Public domain — Jacques Blanquer

Au plus profond, qu'est-ce qui vous a empêché de maudire le Ciel ?

Beaucoup ont pensé que je tenais par vertu, par une foi tranquille. C'est faux. J'ai maudit le jour de ma naissance, j'ai voulu que la nuit où l'on annonça ma conception fût effacée du calendrier. J'ai parlé à Dieu comme on parle à un adversaire, je lui ai réclamé un procès en règle. Mais maudire Dieu — non, cela je ne l'ai pas fait, car alors j'aurais perdu jusqu'à celui contre qui je criais. Voyez-vous le paradoxe : c'est ma colère même qui me gardait tourné vers lui. Tant que je l'accusais, je le tenais encore pour quelqu'un à qui l'on pouvait demander des comptes. Le silence m'aurait tué bien plus sûrement que la cendre et les plaies.

Tant que je l'accusais, je le tenais encore pour quelqu'un à qui parler.

Cette question — pourquoi le juste souffre-t-il — personne avant vous ne l'avait posée si crûment. En aviez-vous conscience ?

Tout le monde, autour de moi, récitait la même sagesse : la souffrance est le salaire du péché, la prospérité la récompense de la vertu. C'était la providence rangée en bon ordre, claire comme un compte de berger. Mais ma chair démentait ce compte. J'étais droit, et j'étais broyé. Je n'avais pas le mot que les sages d'aujourd'hui emploient — cette théodicée qui veut justifier Dieu devant le mal — mais la chose, elle, me brûlait les entrailles. J'ai compris, sur mon tas de cendre, que le monde ne se règle pas comme une balance de marchand, et que le malheur du juste n'est pas une erreur de calcul à corriger, mais un abîme devant lequel les vieilles sentences se taisent.

J'étais droit, et j'étais broyé.

Et puis la voix est venue. Comment vous a-t-elle répondu ?

Pas comme je l'attendais. J'avais préparé mon plaidoyer, mes arguments, ma demande de justice. Et l'Éternel m'a répondu du milieu de la tempête, non par une explication, mais par une avalanche de questions : « Qui est celui-ci qui obscurcit mes desseins par des paroles sans intelligence ? Ceins tes reins comme un homme ; je t'interrogerai, et tu m'instruiras. » Où étais-tu quand je fondais la terre ? Sais-tu où naît la lumière, qui nourrit le lion, qui fait pleuvoir sur le désert où nul homme n'habite ? Il ne m'a pas dit pourquoi j'avais souffert. Il m'a déployé l'immensité, et dans cette immensité ma question, sans recevoir de réponse, a cessé de me dévorer. C'était déconcertant, et pourtant cela m'apaisait.

Il ne m'a pas dit pourquoi j'avais souffert. Il m'a déployé l'immensité.

Comment passe-t-on de la révolte à l'apaisement sans avoir obtenu d'explication ?

On ne le comprend qu'en le vivant. Avant, je connaissais Dieu par ouï-dire, comme on connaît un roi dont on a entendu vanter la puissance. Là, mon œil l'avait vu. Cette humilité n'est pas une défaite : c'est la reconnaissance qu'il y a, dans la trame du monde, des mesures que la main de l'homme ne tiendra jamais. J'ai retiré mes paroles, je me suis repenti sur la poussière et la cendre — non d'un crime que je n'avais pas commis, mais de ma prétention à juger ce qui me dépassait. Étrangement, c'est en renonçant à comprendre que j'ai retrouvé la paix. La confiance que j'avais perdue ne reposait plus sur une explication, mais sur une présence.

C'est en renonçant à comprendre que j'ai retrouvé la paix.

On vous a tout rendu, et au double dit-on. Cela répare-t-il vraiment ce qui fut perdu ?

On m'a rendu des troupeaux plus nombreux qu'avant, et de nouveau ma maison s'est emplie de fils et de filles, et la plus belle terre du pays d'Uz m'a porté. Mais qu'on m'entende bien : on ne remplace pas dix enfants comme on remplace dix brebis perdues. Les premiers dorment sous le vent qui a renversé leur toit, et aucun troupeau ne les ramène. Ce que j'ai reçu n'est pas une réparation, c'est une grâce par-dessus une blessure qui demeure. Je vis désormais avec les deux : l'abondance retrouvée dans une main, et dans l'autre le souvenir de la cendre où j'ai appris ce que vaut un homme une fois qu'on lui a tout ôté. La bénédiction, je ne la prends plus jamais pour un dû.

On ne remplace pas dix enfants comme on remplace dix brebis perdues.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Job's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.