Imaginary interview

Imaginary interview with Liliuokalani

by Charactorium · Liliuokalani (1838 — 1917) · Politics · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

Honolulu, une fin d'après-midi de 1916. Sous la véranda de Washington Place, une vieille dame en robe sombre nous reçoit, un éventail de plumes posé sur les genoux et un cahier de partitions à portée de main. Le royaume qu'elle a régné n'existe plus, mais sa voix, elle, n'a rien cédé.

Avant même votre règne, comment décririez-vous le Hawaï dans lequel vous avez grandi ?

On parle de paradis, mais j'ai vu grandir un royaume qu'on grignotait par les bords. Enfant, en 1848, le Grand Mahele a découpé nos terres communales en parcelles que des étrangers pouvaient acheter — et ils ont acheté. Les haole, ces Blancs venus des États-Unis, ont planté la canne à perte de vue, et avec le sucre est venue leur fortune, et avec leur fortune, leur appétit de gouverner. Nous, les aliʻi, héritions du mana, ce pouvoir sacré que confère la lignée ; eux n'avaient que des registres et des contrats. Le traité de réciprocité de 1875 a scellé l'affaire : notre sucre entrait sans douane chez eux, et nos planteurs sont devenus si riches qu'ils se croyaient déjà chez eux. J'ai vu des familles hawaïennes natives perdre la terre de leurs ancêtres en une signature qu'elles ne savaient pas lire.

Eux n'avaient que des registres et des contrats ; nous, l'héritage sacré du mana.

Que diriez-vous de cette fameuse Constitution dite « de la Baïonnette » imposée à votre frère ?

Le nom dit tout. En 1887, sous la menace des armes, on a contraint mon frère le roi Kalākaua à signer un texte qui vidait la couronne de sa substance et réservait le vote aux propriétaires fortunés — c'est-à-dire, à peu de chose près, aux haole. Une baïonnette n'écrit pas une loi, elle l'extorque. Quand je suis montée sur le trône en 1891, mon peuple me suppliait de lui rendre une voix, et j'ai entrepris de proclamer une nouvelle constitution pour réparer cette humiliation. On m'a accusée de tyrannie ! Moi qui ne voulais qu'effacer ce qu'on nous avait arraché sous la contrainte. Ce projet, qu'ils brandirent comme un prétexte, leur servit à préparer ce qui vint ensuite. Je n'avais pas mesuré à quel point une reine peut être plus dangereuse, à leurs yeux, lorsqu'elle veut simplement rendre justice.

Une baïonnette n'écrit pas une loi, elle l'extorque.

Avant la politique, il y a eu la musique. Vous souvenez-vous de la naissance d'Aloha ʻOe ?

C'était en 1878, lors d'une chevauchée à travers les collines d'Oahu. J'ai surpris des adieux entre deux jeunes gens — une étreinte, un regard retenu, cette manière qu'ont les amants de se quitter comme si le monde allait finir. La mélodie m'est venue sur le chemin du retour, avant même les paroles. J'écrivais à ma sœur Likelike, à cette époque, que la mélodie m'était venue naturellement, comme portée par le vent des collines, parce que je voulais saisir ce sentiment d'amour et de séparation qui est au cœur de notre peuple. Je ne savais pas alors que cette petite chanson de séparation deviendrait l'adieu de tout un royaume. On la chante aujourd'hui d'un océan à l'autre, et chaque fois, c'est un peu Hawaï qui dit au revoir à ce qu'il fut.

Je ne savais pas que cette chanson de séparation deviendrait l'adieu de tout un royaume.

Comment se déroulaient vos soirées de composition, à la cour ?

Le soir, quand les audiences et les courriers diplomatiques se taisaient enfin, je rassemblais autour de moi des musiciens et des poètes. C'était l'heure que je préférais. Je prenais l'ukulélé ou je m'installais au piano, et nous laissions venir les oli, ces chants sans accompagnement qui portent en eux notre généalogie et nos dieux. J'ai composé ainsi plus de cent cinquante pièces au fil de ma vie — mes partitions manuscrites dorment aujourd'hui dans les archives de l'État. Pour moi, écrire un chant n'était pas un délassement de princesse : c'était garder vivante une langue que les missionnaires avaient voulu faire taire, eux qui interdirent jadis le hula. Mon frère et moi l'avons relevé comme on relève un drapeau. La musique, voyez-vous, fut ma première forme de résistance, bien avant les pétitions.

La musique fut ma première forme de résistance, bien avant les pétitions.

Venons-en à janvier 1893. Comment cette journée a-t-elle basculé ?

Tout s'est joué en quelques heures, et pourtant je sentais l'orage monter depuis des semaines. Un groupe de riches planteurs, ces hommes d'affaires américains du gouvernement provisoire, n'attendaient qu'un signal. Et le signal vint sous la forme de Marines débarqués de l'USS Boston, en armes, sous prétexte de protéger des vies — les leurs, jamais les nôtres. Ma capitale, Honolulu, vit des soldats étrangers prendre position face à mon palais. Je n'avais ni l'armée ni le désir de jeter mon peuple contre des fusils. J'ai compris ce jour-là qu'on ne me renversait pas vraiment, moi : on annexait par anticipation, on volait un royaume en feignant la légalité. Iolani, ce palais que nous avions doté de l'électricité avant même la Maison-Blanche, devenait le théâtre de notre dépossession.

On ne me renversait pas, moi : on volait un royaume en feignant la légalité.
Liliuokalani, painting by William Cogswell, Iolani Palace
Liliuokalani, painting by William Cogswell, Iolani PalaceWikimedia Commons, Public domain — William F. Cogswell

Pourquoi avoir choisi de céder plutôt que de combattre ?

Parce qu'une reine qui aime son peuple ne le mène pas au massacre pour sauver sa couronne. J'ai rédigé ma protestation en termes que je voulais sans équivoque, et j'ai écrit ceci : « Je cède, sous la contrainte, à la force supérieure des États-Unis d'Amérique, dont le ministre plénipotentiaire a provoqué le renversement du gouvernement constitutionnel du Royaume hawaïen. Je le fais sous la pression, pour éviter tout conflit armé. » Comprenez bien la subtilité, car elle fut tout mon calcul : je ne cédais pas à ces putschistes, à ces hommes sans titre, mais à la grande République elle-même. J'espérais qu'un peuple né d'une révolution contre l'injustice saurait, en se ressaisissant, réparer la mienne. Je remettais mon sort entre les mains de Washington, persuadée que l'honneur américain finirait par parler plus fort que la cupidité de quelques planteurs.

Je ne cédais pas à ces hommes sans titre, mais à la grande République elle-même.

Deux ans plus tard, vous voilà prisonnière. Que représentait cette captivité dans votre propre palais ?

Imaginez l'ironie : assignée à résidence dans les appartements mêmes où j'avais reçu les ambassadeurs. En 1895, après l'échec d'un soulèvement royaliste qu'on m'imputa, on m'enferma huit mois durant à Iolani Palace. Une reine devenue détenue sous son propre toit. Mais on peut emprisonner un corps, non un esprit qui chante. J'avais ma Bible hawaïenne et de quoi écrire, et je m'accrochais à ma foi de chrétienne, fidèle à l'éducation reçue jadis à la Royal School. J'ai composé des hymnes religieux dans cette chambre, comme on lance des bouteilles à la mer. Le silence des couloirs, jadis pleins de courtisans, était terrible — mais il me força à un travail intérieur que la couronne ne m'avait jamais laissé le loisir d'accomplir. La prison, parfois, rend à l'âme ce qu'elle ôte au pouvoir.

On peut emprisonner un corps, non un esprit qui chante.
Liliuokalani, painting by William Cogswell, Iolani Palace (PP-98-11-007)
Liliuokalani, painting by William Cogswell, Iolani Palace (PP-98-11-007)Wikimedia Commons, Public domain — William F. Cogswell

C'est durant cette réclusion que vous avez traduit le Kumulipo. Pourquoi ce choix ?

Parce qu'un peuple à qui l'on prend sa terre et son trône ne doit pas, en plus, perdre son commencement. Le Kumulipo est notre cosmogonie, ce poème de création de deux mille vers qui dit comment le monde et notre lignée sont nés des ténèbres. Le traduire en anglais, depuis ma captivité, fut un acte de conservation autant que de défi : que les haole sachent que nous n'étions pas des sauvages sans histoire, mais les héritiers d'une généalogie aussi ancienne que la leur. Chaque vers que je rendais en anglais était une pierre que je posais contre l'oubli. Plus tard, j'ai consigné notre histoire dans mes mémoires, Hawaii's Story by Hawaii's Queen, pour qu'on ne raconte pas notre fin avec les seuls mots des vainqueurs. On m'avait pris un royaume ; je sauvais une mémoire.

Chaque vers que je traduisais était une pierre posée contre l'oubli.

En 1897, vous portez à Washington une pétition contre l'annexion. Comment ce combat s'est-il organisé ?

Ce fut le plus pacifique et le plus puissant de mes actes. Plus de vingt et un mille Hawaïens natifs — sur une population d'à peine quarante mille âmes — apposèrent leur nom contre le traité d'annexion. Songez à cette proportion : c'est presque tout un peuple qui dit non d'une seule voix, sans une arme. Je me suis rendue à Washington porter ces feuillets au Congrès, et le texte était d'une dignité que je n'oublierai pas : nous, citoyens et résidents natifs, demandions respectueusement qu'on ne ratifie pas ce traité. Et nous avons gagné un répit — le traité régulier échoua. Hélas, on contourna nos signatures par une simple résolution conjointe, en 1898, à la faveur de leur guerre contre l'Espagne. Mais nul ne pourra dire que mon peuple s'est tu.

Presque tout un peuple qui dit non d'une seule voix, sans une arme.

Avec le recul, comment voudriez-vous qu'on se souvienne de votre combat ?

Je n'aurai pas revu mon royaume restauré, je le sais désormais. Mais j'ai mené ma guerre avec de l'encre, des chants et des signatures, jamais avec le sang de mon peuple — et c'est une victoire qu'aucun gouvernement provisoire ne pourra m'enlever. J'ai légué le peu qui me restait aux enfants hawaïens orphelins et nécessiteux ; cette fondation veillera sur eux quand je ne serai plus. Si je pouvais imaginer qu'on me lirait dans un siècle, j'aimerais qu'on entende d'abord Aloha ʻOe, puis qu'on se demande pourquoi une reine compositrice a fini en plaideuse à Washington. La réponse tient en un mot : le sucre valait plus, à leurs yeux, qu'une souveraineté. Mais une nation n'est pas une plantation, et l'on peut annexer une terre sans jamais posséder l'âme de ceux qui y sont nés.

On peut annexer une terre sans jamais posséder l'âme de ceux qui y sont nés.
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