Imaginary interview with Louis IX (Saint Louis)
by Charactorium · Louis IX (Saint Louis) (1214 — 1270) · Politics · 7 min read

Vincennes, un matin de printemps. Sous les frondaisons d'un grand chêne, un homme en robe de drap gris écoute les plaintes des humbles avant de se tourner vers son visiteur. C'est Louis, neuvième du nom, roi de France par la grâce de Dieu — il accepte de répondre, la voix posée, les mains encore froides de l'eau bénite des laudes.
—On vous dit accessible à tous vos sujets. Comment rendiez-vous la justice au quotidien ?
Venez voir de vos yeux : je m'assieds au pied d'un chêne, ici dans la forêt de Vincennes, et je fais asseoir mes gens autour de moi. Et celui qui a un litige peut s'avancer librement, sans huissier pour le repousser, qu'il soit chevalier ou pauvre veuve. La justice n'est pas une faveur que le roi vend, elle est le devoir que Dieu lui confie au jour de son sacre à Reims. Mes baillis, mes prévôts, je les ai tenus court : par mon ordonnance de 1254, nul d'entre eux ne doit recevoir don ni présent de qui relève de sa juridiction, ni pour lui, ni pour sa femme, ni pour ses enfants. Car un juge qui prend l'argent d'une main ne peut tenir la balance droite de l'autre.
Un juge qui prend l'argent d'une main ne peut tenir la balance droite de l'autre.
—Pourquoi avoir consacré tant de soin à corriger vos propres officiers plutôt qu'à étendre votre royaume ?
Parce qu'un royaume vaut ce que valent ceux qui l'administrent au nom du prince. À quoi bon de larges terres si le laboureur y est pressuré par un bailli avide et la veuve dépouillée par un sergent menteur ? J'ai envoyé par les provinces des enquêteurs — on les nomme enquêteurs royaux — pour écouter les plaintes des petits contre les puissants, et réparer les torts faits en mon nom. Ma Grande Ordonnance de 1254, je l'ai voulue autant morale que légale : que mes officiers jurent, qu'ils rendent compte, qu'ils craignent Dieu avant de craindre le roi. Étendre le royaume, c'est l'affaire d'une bataille ; le gouverner avec droiture, c'est l'affaire de toute une vie. Et le jour où je paraîtrai devant le Juge souverain, on ne me demandera pas combien de villes j'ai prises, mais combien de pauvres j'ai laissé opprimer.
—Vous avez payé une relique plus cher que la chapelle bâtie pour l'abriter. Racontez-nous cette acquisition.
En 1239, l'empereur de Constantinople, Baudouin II, pressé par ses dettes, m'offrit ce que la chrétienté garde de plus précieux : la couronne d'épines que mon Sauveur porta lors de sa Passion. J'en donnai cent trente-cinq mille livres tournois — oui, davantage que ne coûta plus tard la chapelle elle-même, et je n'en rougis point. Une pierre n'est qu'une pierre ; mais le sang du Christ a touché ces épines. Quand on me l'apporta, je marchai pieds nus à sa rencontre, en simple tunique, et je la portai sur mes épaules. Pour l'abriter dignement, je fis dresser sur l'île de la Cité la Sainte-Chapelle, toute de verre et de lumière, dans ce style nouveau qu'on appelle le gothique rayonnant. On y entre comme dans un reliquaire d'or que Dieu aurait empli de soleil.
Une pierre n'est qu'une pierre ; mais le sang du Christ a touché ces épines.
—Que représente pour vous cette chapelle de lumière au cœur de Paris ?
Entrez à la Sainte-Chapelle un matin clair, et vous comprendrez sans que j'aie à parler. Les murs s'effacent, il ne reste que le verre — six cents mètres et plus de vitraux où court toute l'histoire sainte, de la Création jusqu'à la Passion. Les maîtres maçons ont osé ce que nul n'osait : faire tenir la pierre sur si peu, pour que la relique baigne dans une clarté qui semble venir du Ciel même. Elle n'est pas seulement un écrin pour la couronne d'épines ; elle dit à tout chrétien et à tout ambassadeur étranger que la couronne de France garde les trésors de la chrétienté. Le roi y vient prier comme le moindre de ses sujets. Car j'ai toujours pensé qu'un prince doit bâtir d'abord pour Dieu, et que la pierre élevée à sa gloire vaut mieux que tous les palais élevés à la nôtre.
—Parlons de l'Égypte. Vous souvenez-vous du moment où vous êtes tombé aux mains de l'ennemi ?
Le mardi après la mi-carême, en l'an 1250. Je l'ai écrit moi-même à mes barons de France : nous fûmes faits prisonniers, et la plus grande part de mon armée capturée ou tuée. Mansourah, sur le sol d'Égypte — un nom qui me revient comme une fièvre. Le flux du Nil, la dysenterie qui rongeait mes chevaliers, et les Mamelouks qui se refermaient sur nous. On me lia, moi le roi de France. Mes geôliers me pressaient, menaçaient de me tourmenter pour tirer davantage. Je leur répondis que ma personne n'était pas à marchander comme une étoffe au marché : un roi peut payer rançon, il ne peut vendre son honneur. Je négociai moi-même, et fus libéré contre quatre cent mille livres tournois. Dieu m'avait humilié ; il fallait recevoir cette humiliation comme une école.
Un roi peut payer rançon, il ne peut vendre son honneur.
—Comment un roi vaincu et captif conserve-t-il sa dignité devant ses geôliers ?
En se souvenant qu'il a d'abord un Maître au Ciel. Quand on est enchaîné à Mansourah, dépouillé de son armée, la tentation est grande de céder à la terreur ou à la rage. Mais j'avais appris, dans la prière des laudes répétée chaque aube, que le Seigneur éprouve ceux qu'il aime. J'écrivis à mes barons de prier Dieu pour nous et pour ceux qui étaient morts à son service — car les morts m'importaient plus que ma propre délivrance. Devant les Mamelouks, je gardai le même visage que devant ma cour : ni supplications, ni forfanterie. Ma rançon de quatre cent mille livres, je la payai jusqu'au dernier denier, et je tins parole sur tout ce que j'avais juré, là où d'autres auraient ruse. Car la parole d'un roi chrétien doit valoir devant l'infidèle autant que devant le pape.
—Vous aviez vaincu les Anglais à Taillebourg, et pourtant vous leur avez cédé des terres. Pourquoi cette paix ?
En 1242, à Taillebourg, j'avais bel et bien dompté Henri III d'Angleterre sur le champ. J'aurais pu poursuivre, l'humilier, lui arracher davantage. Mais songez-y : Henri était mon parent, chrétien comme moi, et chaque guerre entre nous était une plaie ouverte au flanc de la chrétienté, du sang versé qui réjouissait l'infidèle. Aussi, par le Traité de Paris de 1259, j'ai préféré lui laisser certaines terres du Sud-Ouest — et en retour, il me prêta hommage et reconnut la suzeraineté de la couronne de France. Mes conseillers grognaient qu'on ne rend pas ce que le glaive a gagné. Je leur répondais qu'une paix scellée par un serment d'hommage vaut mieux qu'une victoire qu'il faudra défendre à chaque génération. La gloire passe ; la concorde entre princes chrétiens demeure.
Une paix scellée par un serment vaut mieux qu'une victoire qu'il faudra défendre à chaque génération.
—Cette recherche de la paix vous a-t-elle valu des reproches parmi vos barons ?
Bien des fois. On me jugeait trop tendre envers Henri III, trop prompt à pardonner, trop scrupuleux à tenir ma parole là où la ruse eût mieux servi le royaume. Mais je ne gouverne pas pour plaire aux barons ; je gouverne pour répondre devant Dieu de la paix de mon peuple. Le même esprit me guida vers le sud : par le Traité de Corbeil, la même année, je réglai avec le roi d'Aragon nos frontières des Pyrénées, renonçant à de vieilles prétentions pour fixer une borne sûre. Un prince qui chérit ses droits jusqu'à l'entêtement sème la guerre pour ses petits-fils. J'ai voulu, autant qu'il dépendait de moi, vivre en paix avec tous mes voisins chrétiens — afin de garder le fer pour la seule guerre qui vaille, celle de la Terre sainte.
—Sous le manteau bleu semé de lys, dit-on, vous portiez tout autre chose. Que cachait votre habit royal ?
Le manteau fleurdelisé d'azur et d'or, je le revêts aux jours de cérémonie, car le peuple a besoin de voir la majesté que Dieu prête à son roi. Mais sous l'apparat, contre ma peau, je porte le cilice — cette étoffe rude de crin qui mord la chair et rappelle à tout instant que ce corps n'est que poussière. Au quotidien, j'écarte les parures trop voyantes ; un drap gris, une simple bure me suffisent. Chaque vendredi, je demande à mon confesseur de me donner la discipline, en mémoire de la Passion de mon Sauveur. Je ne dis cela ni pour qu'on m'admire, ni pour qu'on m'imite — l'humilité qui se montre n'est déjà plus l'humilité. Le roi doit paraître magnifique aux yeux des hommes, et rester pauvre aux yeux de Dieu.
Le roi doit paraître magnifique aux yeux des hommes, et rester pauvre aux yeux de Dieu.
—On raconte que vous serviez les pauvres à votre propre table. Qu'est-ce qui vous poussait à cela ?
Le Christ a lavé les pieds de ses disciples ; qui suis-je pour mépriser ce qu'il a honoré ? Aussi je fais asseoir à ma table des pauvres, des infirmes, parfois des lépreux dont la cour détourne les yeux, et il m'arrive de les servir de mes propres mains. Mes jeûnes sont fréquents, mon ordinaire austère — je crains les mets trop délicats, car la bouche habituée au luxe oublie vite les affamés. J'ai aussi fondé à Paris, vers 1260, l'hospice des Quinze-Vingts, pour y recueillir trois cents aveugles, dont beaucoup avaient perdu la vue au service de la Croix. Cette charité n'est pas seulement douceur de cœur : elle proclame que le pouvoir du roi vient de Dieu et lui doit retour. Le soir venu, après complies, je m'entretiens avec les frères mendiants, franciscains ou dominicains, de ce qui plaît au Ciel.
—Vous repartez vers l'Orient malgré tout ce que l'Égypte vous a coûté. Qu'espérez-vous encore de la croisade ?
On me dit : tu as connu Mansourah, la défaite, les chaînes, la rançon — pourquoi reprendre la croix ? Et je réponds que la croisade n'est pas une affaire de profit qu'on abandonne après une perte. J'ai fait vœu de servir la délivrance des Lieux saints, et un vœu fait à Dieu ne se reprend pas comme une mise au jeu. Mes forces déclinent, je le sens ; mon corps est usé par les fièvres rapportées du Nil. Mais s'il plaît au Seigneur que je meure en chemin, sur quelque rivage d'Afrique, je tiens cette mort pour plus douce que de finir vieux dans la tiédeur. Avant de partir, j'ai laissé à mon fils Philippe mes enseignements : aimer Dieu de tout son cœur, fuir le péché, rendre justice. Que la couronne de France lui demeure, et que mon âme s'en aille où je l'espère.
Un vœu fait à Dieu ne se reprend pas comme une mise au jeu.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Louis IX (Saint Louis)'s profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


