Imaginary interview with Lucy Stone
by Charactorium · Lucy Stone (1818 — 1893) · Politics · Society · 4 min read

Boston, un matin d'hiver de 1885. Dans les bureaux exigus du Woman's Journal, au milieu des épreuves d'imprimerie et des lettres empilées, une femme de soixante-sept ans repose sa plume. La voix est douce, presque frêle, mais chaque phrase tombe avec l'aplomb d'une oratrice qui a tenu des salles entières en haleine pendant quarante ans.
—Que s'est-il réellement passé le jour de votre mariage, en 1855 ?
Ce 1er mai 1855, dans une ferme du Massachusetts, j'ai épousé Henry Blackwell, mais je n'ai pas épousé son nom. Avant les vœux, nous avons lu à voix haute, devant les témoins, un texte que nous avions rédigé ensemble. Nous y disions considérer que les lois du mariage refusaient à la femme la reconnaissance d'un être rationnel et responsable, et que nous protestions contre elles au nom de la justice et de l'humanité. Comprenez-moi : par la coverture, une épouse cessait juridiquement d'exister, absorbée dans la personne de son mari. Je restai Lucy Stone parce qu'un nom, c'est une personne, et je refusais d'être effacée d'un trait de plume par le pasteur.
Un nom, c'est une personne, et je refusais d'être effacée d'un trait de plume.
—Vous avez donné votre nom à tout un mouvement de femmes. Comment le vivez-vous ?
On les appelle les Lucy Stoners, ces femmes qui, en se mariant, gardent le nom reçu à la naissance. Le mot m'amuse et me touche, car il désigne un geste minuscule qui contient tout le reste. Henry et moi n'avons jamais prétendu que garder son nom réglait la question du droit de vote ou de la propriété. Mais dans une Amérique où la loi anglaise faisait d'une épouse une pupille perpétuelle, refuser d'abandonner son nom, c'était affirmer devant la table du petit-déjeuner qu'on demeurait un être entier. Les petites insoumissions du quotidien préparent les grandes conquêtes des assemblées.
Les petites insoumissions du quotidien préparent les grandes conquêtes des assemblées.
—Comment une fille de fermiers du Massachusetts est-elle devenue la première diplômée universitaire de son État ?
Cent par cent. J'ai enseigné des années dans des écoles de village, économisant chaque pièce, pour payer mes études à l'Oberlin College, en Ohio, le seul établissement qui acceptât alors les femmes et les gens de couleur sur ses bancs. En 1847, j'en suis sortie diplômée, la première femme du Massachusetts à décrocher un titre universitaire. Chez nous, à West Brookfield, mon père jugeait naturel d'instruire ses fils et de laisser ses filles à la traite et à la couture. J'avais vu très jeune cette injustice sous notre propre toit, et j'ai décidé qu'elle ne serait pas mon destin.
—On raconte qu'Oberlin vous a interdit de lire votre propre discours de fin d'études. Pourquoi ?
L'ironie est presque parfaite. Cette maison qui m'avait ouvert ses portes, plus libérale que toute autre, jugea inconvenant qu'une femme montât en chaire pour lire son texte devant l'assemblée de remise des diplômes. On me proposa d'écrire mon discours et de le faire lire par un homme. J'ai refusé : je n'allais pas célébrer l'instruction en acceptant qu'on me fît taire au moment même où je la recevais. C'est là, je crois, que je suis devenue oratrice — le jour où l'on m'a défendu de parler. Depuis, je n'ai plus cessé.
C'est le jour où l'on m'a défendu de parler que je suis devenue oratrice.
—Pourquoi avoir laissé les autorités saisir et vendre vos meubles plutôt que de payer vos impôts ?
Parce que nos grands-pères ont fait une révolution sur ce principe : no taxation without representation, pas d'impôt sans représentation. Or on me réclamait la taxe foncière tout en me refusant le droit de déposer un seul bulletin dans l'urne. J'ai donc refusé de payer. Les collecteurs sont venus, ils ont emporté mes meubles et les ont vendus aux enchères pour recouvrer la somme, année après année. Qu'ils prennent mes chaises et ma table ; ils ne prendront pas mon argument. Si les mots de 1776 valent pour un fermier, ils valent pour sa femme.
Qu'ils prennent mes chaises et ma table ; ils ne prendront pas mon argument.

—Vous fûtes l'une des oratrices les mieux payées d'Amérique. Comment décririez-vous ces années de tournées ?
Le lyceum circuit fut ma véritable université en retour. De 1847 aux années soixante-dix, j'ai parcouru le pays en train, dans des wagons glacés, pour parler de l'esclavage à abolir et des droits des femmes, une ville chassant la précédente. Le soir, dans une salle communautaire ou une église, il fallait tenir un public parfois hostile pendant deux ou trois heures, sans autre appui qu'un pupitre et sa propre conviction. On payait pour m'entendre, et cet argent finança bien des combats. Une voix qui porte vaut mille pétitions muettes.
Une voix qui porte vaut mille pétitions muettes.
—En 1870, vous fondez un journal. Pourquoi ajouter la plume à la parole ?
Parce que la voix s'éteint quand la salle se vide, mais l'encre demeure. En 1870, à Boston, Henry et moi avons fondé The Woman's Journal, un hebdomadaire consacré aux intérêts des femmes — à leur éducation industrielle, légale et politique — et surtout à leur droit de suffrage, que nous croyons leur appartenir aussi pleinement qu'à tout homme. Mes matinées commencent désormais à la rédaction, plume et encrier devant moi, à relire les épreuves et à répondre au courrier. Un mouvement sans journal est une armée sans messagers : il gagne une bataille et perd la mémoire de sa cause.

—Que s'est-il brisé en 1869, entre vous et Susan B. Anthony ?
Le 15e amendement. Il accordait le bulletin aux hommes noirs affranchis, mais non aux femmes. Susan B. Anthony et Elizabeth Cady Stanton le refusèrent tant qu'il nous oubliait ; moi, l'abolitionniste, je ne pouvais me résoudre à barrer la route de la liberté à quatre millions d'anciens esclaves parce que mon tour n'était pas venu. J'ai soutenu l'amendement, et cette divergence nous a séparées. La même année, j'ai fondé l'American Woman Suffrage Association. Deux organisations rivales, là où il n'aurait dû y avoir qu'un seul combat : c'est la blessure la plus lourde de ma vie militante.
Je ne pouvais barrer la route de la liberté à quatre millions d'affranchis parce que mon tour n'était pas venu.
—Votre association défendait une stratégie État par État. Pourquoi cette patience-là ?
Parce que l'Amérique est une mosaïque, et qu'on ne renverse pas une nation d'un seul décret venu de Washington. Avec l'AWSA, nous avons choisi d'aller de législature en législature, du Kansas au Colorado, arrachant le suffrage municipal ou scolaire là où il était possible, patiemment, comme on défriche un champ motte après motte. Certains y voyaient de la timidité ; j'y voyais du réalisme. Chaque État conquis devient un exemple pour le suivant. La justice n'est pas moins juste parce qu'elle avance à pas comptés ; elle est seulement plus sûre de ne pas reculer.
—Après vingt ans de division, les deux camps se sont réunis en 1890. Qu'avez-vous ressenti ?
Un soulagement teinté de réserve. En 1890, l'American et la National ont fondu leurs rangs dans la NAWSA, et j'y ai pris part malgré tout ce qui me séparait encore d'Anthony. Vingt années perdues à nous quereller, quand l'adversaire, lui, ne se divisait jamais. Je sais que je ne verrai pas la victoire de mon vivant ; mais le Woman's Journal continuera de paraître, et d'autres femmes tiendront la plume que je repose. J'ai dit un jour que je parlerais de la condition des femmes aussi longtemps que j'aurais une voix. Il me reste à leur léguer la mienne.
Je parlerai de la condition des femmes aussi longtemps que j'aurai une voix.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Lucy Stone's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


