Imaginary interview

Imaginary interview with Margaret Bonds

by Charactorium · Margaret Bonds (1913 — 1972) · Music · Society · 5 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Margaret Bonds
Wikimedia Commons, Public domain — Carl Van Vechten

Automne 1968. Le soleil de fin d'après-midi tombe en oblique sur le clavier d'un Steinway installé près d'une fenêtre de Los Angeles, où des feuillets de papier à musique noircis de corrections attendent, épinglés. Margaret Bonds fait chauffer du café, s'assoit face à l'instrument, et accepte de revenir sur soixante ans passés à faire dialoguer Bach et les spirituals.

Que ressentiez-vous, à vingt ans, en montant sur la scène de l'Auditorium Theatre devant le Chicago Symphony Orchestra ?

1933. La ville avait faim, les banques fermaient, et moi j'avais les mains glacées dans les coulisses de l'Auditorium Theatre. Comprenez : les grandes salles n'ouvraient pas leurs portes à une fille noire, elles les fermaient à double tour. Ce soir-là, j'étais seule de ma couleur devant tout un orchestre blanc, et je savais que le Chicago Defender raconterait chaque note à ma communauté comme une bataille gagnée. Ma mère m'avait élevée au piano, dans une maison de Chicago toujours pleine de musiciens ; je me disais que je jouais aussi pour eux, pour toutes les mains qu'on avait empêchées de toucher ce clavier. J'ai posé les doigts, et la peur est devenue de l'attention. On ne joue jamais mieux que lorsqu'on porte plus que soi-même.

On ne joue jamais mieux que lorsqu'on porte plus que soi-même.

Comment avez-vous vécu vos années d'études à l'Université Northwestern ?

À Northwestern, à Evanston, on voulait bien de mon oreille mais pas de mon corps dans les dortoirs. Interdits, à cause de ma peau. Je logeais donc chez l'habitant, loin du campus, et je faisais la route chaque jour pour apprendre le contrepoint et l'harmonie d'une exigence redoutable. C'est dans ces années-là qu'une femme m'a sauvée : Florence Price, amie de la famille, compositrice avant moi. Elle m'a montré qu'on pouvait tenir dans une même main la rigueur de l'école européenne et la mémoire des spirituals, du blues, du gospel entendus à l'église. On m'apprenait Debussy le matin ; elle m'apprenait à ne pas renier ce que je chantais enfant. Sans elle, j'aurais cru qu'il fallait choisir.

On m'apprenait Debussy le matin ; elle m'apprenait à ne pas renier ce que je chantais enfant.

Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Langston Hughes ?

Je garde ses poèmes annotés comme d'autres gardent des lettres d'amour. Notre premier grand ouvrage ensemble, The Negro Speaks of Rivers, date de 1941 : j'ai pris son poème et j'ai cherché, sous les mots, le rythme qui y dormait déjà. Car un vers de Langston respire tout seul ; mon travail n'est pas de le couvrir mais de le laisser chanter. Nos échanges ont duré plus de trente ans, par courrier surtout — je crois qu'on a discuté de chaque texte à mettre en musique, chaque orientation, avec un sérieux d'artisans. Il m'envoyait ses fleuves, ses rêves ; je lui renvoyais des mélodies. Une amitié où la poésie et la note étaient deux voix d'une même phrase.

Un vers de Langston respire tout seul ; mon travail est de le laisser chanter.

Pourquoi tenir à représenter l'un des Rois mages comme un roi noir dans votre cantate de Noël ?

Parce qu'un enfant noir a le droit de se reconnaître dans la crèche. The Ballad of the Brown King est née de ce désir simple, avec un texte de Langston Hughes, et nous l'avons fait créer en 1954 dans une école publique de New York — devant des gamins, pas devant des critiques. J'en ai remanié la version pendant des années, jusqu'à une forme définitive vers 1960, pour chœur, solistes et orchestre. Célébrer un des mages comme un homme de notre peau, ce n'était pas une provocation ; c'était rendre visible ce que la tradition avait effacé. La musique sacrée n'appartient à personne en particulier, donc elle nous appartient aussi. J'ai voulu qu'on l'entende, et surtout qu'on la chante.

Un enfant noir a le droit de se reconnaître dans la crèche.

Qu'est-ce qui vous a poussée à composer les Montgomery Variations ?

Le courage ordinaire. En 1955, à Montgomery, des gens ont refusé de monter dans les bus, jour après jour, pour dire qu'ils valaient un siège comme les autres. Ce boycott a duré plus d'un an ; c'était de la dignité mise en marche. J'ai voulu que l'orchestre porte cela, alors sont venues les Montgomery Variations en 1964 — pas un pamphlet, mais la traduction en sons d'une résistance qui refusait la violence. La musique fait entendre ce que les discours n'atteignent pas : la fatigue, la ferveur, l'espérance obstinée d'une communauté. Je n'étais pas dans les rues de l'Alabama, mais au clavier je pouvais marcher avec eux. Un compositeur témoigne avec les moyens qui sont les siens.

Je n'étais pas dans les rues de l'Alabama, mais au clavier je pouvais marcher avec eux.
Margaret Bonds2
Margaret Bonds2Wikimedia Commons, Public domain — Carl Van Vechten

Comment transforme-t-on un vieux spiritual comme 'Wade in the Water' en une pièce de concert ?

Avec un immense respect, sinon on le trahit. Troubled Water, que j'ai écrite en 1967, part de Wade in the Water, ce spiritual où l'eau cachait la piste des esclaves en fuite vers la liberté. Sous une mélodie d'apparence pieuse dormait un code, un message de survie. Mon travail, sur le clavier, c'est de garder cette braise-là intacte tout en déployant une écriture de concert exigeante — de la virtuosité, oui, mais au service de la mémoire, jamais de l'esbroufe. On peut élever un chant populaire au rang d'œuvre savante sans lui arracher son âme, à condition de savoir d'où il vient. L'eau trouble du titre, c'est aussi celle de notre histoire : belle et douloureuse à la fois.

Sous une mélodie d'apparence pieuse dormait un code, un message de survie.

Que représentent pour vous ces mélodies pour voix et piano, comme les Three Dream Portraits ?

C'est mon coin d'intimité. La mélodie de concert, ce que les Allemands appellent le lied, est une forme héritée de l'Europe : une voix, un piano, un poème, rien d'autre. J'ai voulu m'en emparer et la planter dans notre terre. Les Three Dream Portraits, en 1959, sur des textes de Langston Hughes, c'est cela : la sophistication harmonique la plus fine mise au service d'une sensibilité afro-américaine. Trois portraits, trois rêves, chacun tenant dans quelques minutes. Dans cette forme dépouillée, on ne peut pas tricher ; chaque accord doit dire vrai. J'aime que la grandeur puisse tenir dans si peu de moyens — une chanteuse, mes dix doigts, et les mots d'un ami.

Portrait of Margaret Bonds LCCN2004662607
Portrait of Margaret Bonds LCCN2004662607Wikimedia Commons, Public domain — Carl Van Vechten

Quelle place occupait la musique dans votre foyer d'enfance à Chicago ?

Toute la place. Notre maison de Chicago ne désemplissait pas : ma mère, pianiste, ouvrait sa porte aux musiciens de la communauté noire, portée par cette Grande Migration qui amenait vers le Nord tant de talents du Sud. J'ai grandi dans le bruit des répétitions, des voix, des instruments qu'on accordait. On y jouait Chopin autant qu'on y fredonnait des spirituals, et personne ne trouvait cela contradictoire. C'est là, avant toute école, que j'ai appris ma leçon la plus profonde : la musique dite savante et la musique du peuple ne sont pas deux mondes ennemis. Un piano à queue et un recueil de vieux chants d'église peuvent tenir dans la même pièce — et dans la même vie.

La musique dite savante et la musique du peuple ne sont pas deux mondes ennemis.

Que signifiait, pour vous, monter sur une scène comme celle de Carnegie Hall ?

Une porte que l'on croyait murée et qui, un soir, s'ouvre. Se produire à Carnegie Hall, la salle la plus prestigieuse du pays, quand on est une femme noire, ce n'est pas seulement jouer : c'est occuper un lieu qui n'avait pas été pensé pour vous. Je choisissais mes robes de concert avec soin, longues, élégantes — non par coquetterie, mais parce que dans un milieu prompt à regarder de haut les femmes de ma couleur, la dignité aussi se compose. Sur scène, chaque détail affirme qu'on a sa place ici, pleinement. Le programme portait mon nom noir sur blanc, distribué à des centaines de mains. Rendre visible une artiste noire dans un espace resté si blanc, c'était déjà une part de l'œuvre.

Occuper un lieu qui n'avait pas été pensé pour vous.

Comment envisagez-vous le rôle d'un artiste dans un temps de lutte comme le vôtre ?

Je ne crois pas qu'on doive choisir entre la beauté et le combat ; les grands moments les réunissent. Je pense à Marian Anderson, en 1939, chantant devant des dizaines de milliers de personnes au Lincoln Memorial parce qu'on lui avait fermé une salle de Washington — la voix devenue argument. Mon arme à moi, c'est la partition manuscrite, ces feuillets que je noircis à la main, mêlant le langage classique aux inflexions de nos églises. Chaque œuvre qui entre au répertoire est un siège gagné, une trace qui restera quand les journaux auront jauni. L'artiste ne remplace pas ceux qui marchent dans les rues ; il grave dans le son ce qu'ils accomplissent, pour que la mémoire en garde la ferveur intacte.

Chaque œuvre qui entre au répertoire est un siège gagné.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Margaret Bonds's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.