Imaginary interview

Imaginary interview with Patrice Lumumba

by Charactorium · Patrice Lumumba (1925 — 1961) · Politics · 5 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Patrice Lumumba
Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Luc Tuymans

Nous sommes début janvier 1961, au camp Hardy, à Thysville, où Patrice Lumumba est détenu depuis plusieurs semaines après son arrestation en pleine cavale vers Stanleyville. Dans l'attente d'un sort qu'il pressent funeste, il accepte, pour cet entretien imaginaire, de revenir sur le chemin qui l'a mené du guichet postal de Stanleyville au perron du gouvernement congolais. Sa voix reste ferme, presque solennelle, comme s'il parlait déjà à l'Histoire plus qu'à son interlocuteur.

Avant la politique, on dit que vous parcouriez le pays en vendant de la bière. Comment cette vie de représentant a-t-elle nourri votre engagement ?

J'ai commencé commis des postes à Stanleyville, un emploi tranquille, rangé, celui qu'on réserve à un « évolué » docile. Puis je suis devenu directeur commercial d'une brasserie, et c'est en vendant de la bière Polar, village après village, que j'ai vraiment appris mon pays — ses langues, ses griefs, ses hommes. On croit qu'un commis de comptoir ne fait que des chiffres ; moi j'y ai vu une carte vivante du Congo, ethnie après ethnie, et j'ai compris qu'aucune de nos luttes locales ne suffirait seule. C'est ce carnet de contacts, tissé caisse après caisse, qui est devenu plus tard l'ossature du Mouvement national congolais.

Un commis de comptoir ne fait que des chiffres ; moi j'y ai vu une carte vivante du Congo.

En 1956, vous avez connu la prison pour une affaire de détournement de fonds postaux. Que vous a appris cette épreuve ?

La prison vous enlève tout, sauf le temps de penser. J'avais dirigé les comptes d'une agence postale, on m'a accusé, jugé, enfermé — et dans cette cellule, plutôt que de me taire, j'ai écrit. C'est là qu'est né le manuscrit de ce qui deviendra Le Congo, terre d'avenir, est-il menacé ?, un texte encore prudent, qui croyait à une émancipation progressive, main dans la main avec les Belges. Je ne le renierais pas, mais je l'ai dépassé. Deux ans après ma sortie, en 1958, je fondais le Mouvement national congolais : je n'attendrais plus qu'on nous accorde nos droits goutte à goutte, je voulais l'unité de tous les Congolais, par-delà les provinces et les langues, pour les réclamer d'un seul bloc.

Qu'est-ce que la Conférence panafricaine d'Accra, en 1958, a changé pour vous ?

Jusque-là, je pensais mon combat congolais, presque provincial. À Accra, en écoutant Kwame Nkrumah et les délégués venus de toute l'Afrique, j'ai compris que notre sort n'était qu'un chapitre d'une même histoire — celle de peuples entiers qu'on avait découpés, nommés, administrés sans jamais leur demander leur avis. On y parlait de panafricanisme comme d'une évidence, presque une famille retrouvée. Je suis reparti différent : le Congo ne devait pas seulement s'affranchir de la Belgique, il devait s'inscrire dans ce mouvement continental. C'est cette conférence qui a donné à mon Mouvement national congolais, fondé la même année, une ambition qui dépassait nos frontières.

Le 30 juin 1960, vous n'étiez pas prévu pour prendre la parole. Que s'est-il passé ?

Le programme ne prévoyait pas mon discours, seulement celui du roi Baudouin et la réponse convenue du président Kasa-Vubu. Mais quand j'ai entendu louer l'œuvre coloniale, le génie du roi Léopold, comme si nos pères n'avaient connu que la bienveillance belge, quelque chose s'est refermé en moi. Je me suis levé. Je n'avais rien préparé, seulement vingt années de silence imposé et le souvenir de tous ceux qui n'auraient jamais le droit de parler devant un roi. J'ai dit ce que nous avions connu, sans détour ni fioriture — le mépris quotidien, les lois à deux vitesses. Ce jour-là, à Léopoldville, je n'ai pas insulté un homme, j'ai simplement rendu la parole à un peuple qu'on avait fait taire pendant quatre-vingts ans.

Vous avez dit, ce jour-là : « Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups... ». Pourquoi ces mots précisément ?

Parce qu'il fallait des mots simples, presque physiques, pour que personne ne puisse dire qu'on exagérait. J'ai dit : « Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Nous avons connu que la loi n'était jamais la même selon qu'il s'agissait d'un Blanc ou d'un Noir. » Ce n'était pas de la rhétorique, c'était un inventaire. Chaque phrase pouvait être vérifiée par n'importe quel Congolais dans la salle, dans les rues de Léopoldville, dans les villages du Kasaï où je suis né. Je voulais que le roi Baudouin reparte de notre pays en sachant enfin ce que nous savions, nous, depuis toujours.

Nous avons connu que la loi n'était jamais la même selon qu'il s'agissait d'un Blanc ou d'un Noir.
PatriceLumumba1960
PatriceLumumba1960Wikimedia Commons, CC BY 4.0 — Harry Pot for Anefo )

Votre mandat de Premier ministre a duré moins de trois mois avant d'être submergé par la crise. Comment avez-vous vécu la sécession du Katanga ?

Nous avions à peine hissé le drapeau bleu à l'étoile jaune que l'armée s'est mutinée, et que Moïse Tshombé a proclamé la sécession du Katanga, avec, derrière lui, les intérêts miniers et les troupes belges revenues sous prétexte de protéger leurs ressortissants. J'ai compris en quelques semaines que l'indépendance qu'on nous avait accordée le 30 juin restait, pour certains, une indépendance de papier : on voulait bien nous laisser le drapeau, pas le sous-sol. J'ai passé mes journées à Léopoldville entre conseils de guerre improvisés et télégrammes, cherchant des appuis, tandis que le pays que je devais gouverner se déchirait province après province sous mes yeux.

Vous avez appelé les Nations unies à l'aide, puis avez été destitué, et le colonel Mobutu a pris le pouvoir. Comment jugez-vous cet enchaînement ?

J'ai envoyé mes télégrammes à l'ONU en juillet, demandant une aide militaire contre l'agression belge — on m'a envoyé des casques bleus qui n'avaient pas mandat de reprendre le Katanga. J'ai alors compris ce que je n'appelais pas encore par son nom mais que d'autres nommeront bientôt le néocolonialisme : on nous laisse un siège, un hymne, un Premier ministre, et on garde la main sur les mines et les décisions qui comptent. En septembre, le président Kasa-Vubu m'a destitué, puis le colonel Mobutu a neutralisé les deux camps par un coup de force. Trois mois à peine après le 30 juin, j'ai vu combien un pays peut redevenir captif sans qu'un seul soldat étranger n'ait besoin de reconquérir son territoire.

Patrice Lumumba, 1960
Patrice Lumumba, 1960Wikimedia Commons, CC0 — unknown photographer / Anefo

Dans votre essai Le Congo, terre d'avenir, est-il menacé ?, écrit avant la radicalisation de votre combat, vous croyiez encore à une collaboration avec les Belges. Regrettez-vous cette période plus mesurée ?

Non, je ne renie rien de ce texte. Il dit simplement où j'en étais, à l'époque où j'écrivais dans ma cellule après l'affaire des fonds postaux : je croyais encore possible une émancipation progressive, une main tendue entre Congolais et Belges de bonne volonté. J'avais tort sur la vitesse, pas sur l'objectif. Les événements m'ont appris que la métropole ne cède rien qu'on ne lui arrache — les émeutes de Léopoldville en 1959, la brutalité de la répression, m'ont montré qu'il fallait exiger et non demander. Ce livre, publié après coup, est comme une photographie du chemin parcouru : utile pour qui voudra comprendre qu'on ne naît pas révolutionnaire, qu'on le devient sous les coups.

Vous savez le danger que vous courez en ce moment. Comment l'affrontez-vous ?

Je l'affronte comme j'ai toujours affronté ce qui menaçait ma dignité : debout. J'ai écrit à ma femme Pauline des mots que je pense encore aujourd'hui : « Ni les sévices, ni les mauvais traitements, ni la torture elle-même ne m'ont jamais amené à demander grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans le destin de mon pays. » Je ne cherche pas le martyre, je cherche simplement à ne pas trahir ce que j'ai dit le 30 juin devant le roi Baudouin. Un homme qui a réclamé la dignité pour tout un peuple ne peut pas, au moment du danger, la mendier pour lui-même.

Je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans le destin de mon pays.

Si votre combat devait vous survivre, qu'espéreriez-vous qu'on retienne de vous ?

J'espère qu'on retiendra que le Congo n'était pas un enfant qu'il fallait tenir par la main, mais une nation qui savait ce qu'elle voulait : son unité, du Kasaï au Katanga, et le droit de disposer d'elle-même. Si je pouvais imaginer qu'on parle encore de moi dans un siècle, je souhaiterais qu'on ne retienne pas seulement ma fin, mais ce discours du 30 juin où, pour la première fois, un Congolais a dit tout haut ce que des générations avaient tu. Je ne demande pas qu'on m'érige en saint — je demande qu'on n'oublie pas que la dignité d'un peuple ne se négocie pas, elle se prend.

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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Patrice Lumumba's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.