Imaginary interview

Imaginary interview with Perceval

by Charactorium · Perceval · Mythology · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Perceval
Wikimedia Commons, Public domain — William Bates

Au creux d'une forêt de Bretagne, là où les sentes se perdent sous les fougères, un chevalier au heaume terni s'est arrêté près d'une source. Son écu porte des armes que nul héraut ne saurait nommer. Il accepte de parler, à mi-voix, comme on se confie au soir d'une longue errance.

Comment avez-vous vécu, enfant, à l'écart du monde des armes ?

J'ai grandi dans la Gaste Forêt seulivre, auprès d'une mère qui m'avait caché jusqu'au nom même de chevalerie. Elle craignait les armes comme on craint le loup, car elles lui avaient pris les siens. Je lançais le javelot aux bêtes, je ne savais rien des cours ni des heaumes. Un matin, dans une clairière, j'ai vu passer des hommes vêtus d'acier qui brillait au soleil ; je les ai pris pour des anges descendus du ciel, tant leur éclat m'a ébloui. Je me suis jeté à genoux. Ma mère m'avait parlé de Dieu et de ses messagers, jamais de ces vavasseurs de fer qui montaient de grands chevaux. De ce jour, je n'ai plus eu de repos : je voulais devenir cette lumière que j'avais prise pour le divin.

Je les ai pris pour des anges descendus du ciel, tant leur éclat m'a ébloui.

Que vous a coûté ce départ vers la cour du roi ?

Il m'a coûté ma mère. Je suis parti vers Carduel, vers Arthur, sans me retourner assez ; et l'on m'a dit plus tard qu'elle s'était abattue, pâmée, au bout du pont, à l'instant où mon cheval franchissait la rivière. Je portais encore des habits grossiers, je tenais mes javelots de Galles comme un rustre tient sa fourche. À la cour, on a ri de moi, de mes questions, de ma faim de tout connaître. Mais ma mère, avant que je m'éloigne, m'avait laissé trois enseignements : honorer les dames, prier dans les moutiers, et ne point trop parler. Ces conseils m'ont fait chevalier. Le dernier, hélas, devait un jour me damner.

Il m'a coûté ma mère, abattue au bout du pont à l'instant où je franchissais la rivière.

Parlez-nous de la nuit au château du Roi Pêcheur.

On m'avait reçu dans une grande salle, près d'un seigneur infirme, blessé entre les hanches, qu'on portait sur un lit. Et voici qu'a défilé devant moi une procession comme nulle veille n'en avait montré : un valet tenant une lance dont la pointe saignait, goutte à goutte, puis des chandeliers d'or, puis une demoiselle portant le Graal qui répandait une clarté à effacer celle des cierges. J'ai tout vu. Et je me suis tu. Les mots de ma mère me serraient la gorge : ne point trop parler, ne point sembler vilain par mes questions. Je n'ai pas demandé qui l'on servait de ce vase. Au matin, le château était vide, les ponts levés sur le néant, et moi seul dans la lande.

J'ai tout vu. Et je me suis tu.

Pourquoi ce silence pèse-t-il si lourd sur votre conscience ?

Parce qu'une seule question eût tout guéri. Si j'avais demandé : qui sert-on avec le Graal ?, et pourquoi saigne cette lance, le Roi Pêcheur se fût relevé de sa plaie, et sa terre gaste eût reverdi. Des champs entiers demeurent stériles, des veuves pleurent, des orphelins errent, et tout cela pèse sur mon mutisme. J'avais cru bien faire en gardant la courtoisie ; j'avais fait le mal en taisant ce que mon cœur me criait de dire. Une demoiselle rencontrée sous un chêne me l'a jeté au visage comme une malédiction. J'ai compris ce jour-là qu'il est des silences plus coupables que toutes les paroles, et que la politesse, mal placée, devient une faute devant Dieu.

Il est des silences plus coupables que toutes les paroles.

On raconte qu'un jour vous êtes resté figé devant la neige. Que s'est-il passé ?

C'était par un matin d'hiver, après qu'un faucon eut blessé une oie sauvage au-dessus de moi. Trois gouttes de sang étaient tombées sur la neige fraîche, et le rouge sur le blanc m'a saisi tout entier. Car c'était le teint même de Blanchefleur, ma mie : la blancheur de son front, l'incarnat de ses joues. Je suis demeuré appuyé sur ma lance, immobile, perdu dans cette ressemblance comme dans une prière. Des écuyers d'Arthur sont venus, m'ont parlé, m'ont presque heurté ; je ne les entendais pas, j'étais ailleurs, tout à mon amour. Il a fallu que le soleil fonde les gouttes pour que je revienne au monde. On a cru que j'avais perdu l'esprit. J'avais seulement aimé trop fort.

Le rouge sur le blanc m'a saisi tout entier : c'était le teint même de Blanchefleur.
Portrait of Sir Philip Perceval, 2nd Bt (1656-1680) title QS:P1476,en:"Portrait of Sir Philip Perceval, 2nd Bt (1656-1680) "label QS:Len,"Portrait of Sir Philip Perceval, 2nd Bt (1656-1680) "
Portrait of Sir Philip Perceval, 2nd Bt (1656-1680) title QS:P1476,en:"Portrait of Sir Philip Perceval, 2nd Bt (1656-1680) "label QS:Len,"Portrait of Sir Philip Perceval, 2nd Bt (1656-1680) "Wikimedia Commons, Public domain — Thomas Pooley

Que représente pour vous cette dame, Blanchefleur ?

Elle fut la première à m'apprendre que l'on peut combattre pour autre chose que la gloire. Je l'avais trouvée dans son château assiégé, affamée, ses gens réduits à rien, ses tours menaçant ruine. J'ai rompu le siège pour elle, j'ai jeté à terre ceux qui la pressaient. La courtoisie, ce mot dont on m'a tant rebattu les oreilles, j'ai cru d'abord que c'était se taire et s'incliner ; auprès d'elle, j'ai compris que c'est servir, protéger, tenir sa foi. Son visage me suit dans toutes mes errances, par les forêts et les gués, jusque sur la neige où trois gouttes de sang ont suffi à la rappeler. Un chevalier sans dame n'est qu'une armure vide qui marche.

Un chevalier sans dame n'est qu'une armure vide qui marche.

Comment passe-t-on, selon vous, du jeune nice que vous étiez à un chercheur du sacré ?

Par la chute, d'abord. Après le château manqué, j'ai erré cinq années durant, oublieux des moutiers, ne priant plus, le cœur sec. C'est un ermite, rencontré un Vendredi saint dans la forêt, qui m'a rendu à moi-même : il m'a dit que le péché contre ma mère pesait sur ma langue le soir du Graal. J'ai pleuré, j'ai jeûné, je me suis confessé. Depuis, ma quête n'est plus celle d'un enfant qui veut briller comme un ange aperçu jadis ; c'est l'adoubement véritable, celui de l'âme. Porter le haubert ne suffit pas ; il faut mériter ce que l'on cherche. Le Graal ne se prend pas de force comme un château : il se reçoit, quand on s'est rendu digne de le voir une seconde fois.

Le Graal ne se prend pas de force comme un château : il se reçoit.
Portrait of Sir John Perceval, 3rd Bt (1660-1686) title QS:P1476,en:"Portrait of Sir John Perceval, 3rd Bt (1660-1686) "label QS:Len,"Portrait of Sir John Perceval, 3rd Bt (1660-1686) "
Portrait of Sir John Perceval, 3rd Bt (1660-1686) title QS:P1476,en:"Portrait of Sir John Perceval, 3rd Bt (1660-1686) "label QS:Len,"Portrait of Sir John Perceval, 3rd Bt (1660-1686) "Wikimedia Commons, Public domain — Thomas Pooley

Que ressentez-vous à l'idée d'être nommé parmi les élus de la quête ?

On dit qu'au bout du chemin, nous serons trois à voir le mystère pleinement : Galaad le pur, Bohort le loyal, et moi. Cela me confond plus que cela ne m'enorgueillit. Galaad est sans tache, né pour cela ; moi, je suis l'homme du silence manqué, celui qui a dû tomber pour se relever. Peut-être est-ce justement pourquoi l'on me garde une place : pour montrer qu'un cœur qui a failli peut encore atteindre le château de Carbonek et la lumière qu'il enferme. Je ne suis plus le garçon de la Gaste Forêt qui prenait l'acier pour des anges. J'ai appris que la plus haute prouesse n'est pas d'abattre un ennemi, mais de se vaincre soi-même et de demeurer fidèle jusqu'au bout de la quête.

Je suis l'homme du silence manqué, celui qui a dû tomber pour se relever.

Votre histoire, dit-on, est restée inachevée. Comment vivez-vous cette suspension ?

Celui qui a chanté mon enfance et ma nuit au Graal est mort, sa plume arrêtée en chemin, me laissant à mi-gué de ma destinée. On ne sait, dans son récit, si je suis retourné au château, si j'ai enfin posé la question. Cela me trouble comme une porte entrouverte sur l'ombre. Mais d'autres ont voulu achever ce qu'il avait laissé pendant : on a écrit après lui des continuations, on a prolongé mes pas dans la forêt, on m'a fait revenir vers la lance qui saigne. Je suis devenu un héros qu'on se passe de main en main, chacun ajoutant sa branche à l'arbre. Peut-être est-ce là le sort des quêtes : ne jamais vraiment finir, et appeler toujours un nouveau conteur.

Je suis un héros qu'on se passe de main en main, chacun ajoutant sa branche à l'arbre.

Savez-vous que votre nom voyage au-delà de cette terre de Bretagne ?

On me l'a murmuré, et j'ai peine à le croire. Loin, vers les pays de langue tudesque, un poète aurait repris mon histoire et m'aurait nommé Parzival, fils d'un Gahmuret dont je n'avais jamais ouï parler ; il m'a donné un père, des frères, des terres lointaines, et fait de ma quête un long apprentissage par la souffrance et l'amour. Que mon nom franchisse ainsi les fleuves et les langues me semble une merveille plus grande que bien des enchantements rencontrés sous les chênes. Si je pouvais seulement imaginer qu'on me lirait encore dans cent ans, dans deux cents, je dirais que le Graal que je n'ai pas su nommer continue, lui, de parler pour moi. Un chevalier meurt ; une quête, peut-être, ne meurt jamais.

Le Graal que je n'ai pas su nommer continue, lui, de parler pour moi.
See the full profile of Perceval

This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Perceval's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.