Peintre et miniaturiste française du XVIIIe siècle, elle fut l'une des deux femmes admises à l'Académie royale de peinture en 1783. Portraitiste officielle des Mesdames de France, elle rivalisa avec Élisabeth Vigée Le Brun et milita pour l'accès des femmes aux institutions artistiques.
Adélaïde Labille-Guiard(1749 — 1803)
Adélaïde Labille-Guiard
France
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Questions fréquentes
Faits marquants
- 1749 : naissance à Paris
- 1769 : formation auprès de François-Élie Vincent, puis de son fils François-André Vincent
- 1783 : admission à l'Académie royale de peinture et de sculpture, le même jour qu'Élisabeth Vigée Le Brun
- 1787 : présentation du tableau 'Autoportrait avec deux élèves' au Salon, chef-d'œuvre revendiquant la transmission du savoir par les femmes
- 1800 : décès à Paris
Œuvres & réalisations
Chef-d'œuvre emblématique conservé au Metropolitan Museum of Art de New York, ce grand tableau montre la peintre au travail entourée de deux disciples féminines. C'est à la fois un autoportrait professionnel et un manifeste sur le droit des femmes à enseigner et à pratiquer les beaux-arts.
Portrait officiel de la fille aînée de Louis XV, conservé au château de Versailles. Commandé dans le cadre de ses fonctions de portraitiste des Mesdames, il illustre sa maîtrise des codes du portrait d'apparat royal.
Portrait de la troisième fille de Louis XV, pendant du portrait de Madame Adélaïde, également à Versailles. Ces deux toiles comptent parmi les plus grandes commandes de sa carrière et témoignent de sa faveur auprès de la famille royale.
Morceau de réception présenté à l'Académie royale pour obtenir son admission. Ce portrait d'un académicien reconnu lui permit de démontrer sa maîtrise du genre et de convaincre ses pairs de l'accepter en leur sein.
Portrait de l'avocat et futur chef révolutionnaire Maximilien de Robespierre, peint à l'aube de la Révolution. Cette commande inattendue témoigne de la capacité de Labille-Guiard à traverser les fractures politiques de son temps.
Portrait intime de son compagnon et futur mari, peintre académique respecté. Cette toile révèle une facette plus personnelle de son art, loin des contraintes des commandes officielles.
Anecdotes
Le 31 mai 1783, Adélaïde Labille-Guiard et Élisabeth Vigée Le Brun furent reçues le même jour à l'Académie royale de peinture et de sculpture — fait sans précédent. Leurs rivales jaloux chuchotaient que l'une devait sa place au roi, l'autre à la reine, mais leurs œuvres imposantes démenaient ces rumeurs : chacune avait présenté plusieurs tableaux d'une qualité incontestable.
En 1785, Labille-Guiard exposa au Salon son célèbre autoportrait flanqué de deux élèves, Marie-Gabrielle Capet et Mlle Carreaux de Rosemond. Ce tableau de grand format — les dimensions d'un portrait d'apparat — était un acte politique autant qu'artistique : il démontrait publiquement que les femmes pouvaient non seulement peindre, mais aussi enseigner et transmettre.
Elle se battit toute sa carrière pour faire supprimer la règle qui limitait à quatre le nombre de femmes admises à l'Académie royale. En 1790, elle présenta une pétition en bonne et due forme aux académiciens, arguant que l'exclusion des femmes trahissait les idéaux des Lumières. Elle ne vit jamais cette limite abolie, mais ouvrit la voie aux générations suivantes.
Pendant la Révolution, Labille-Guiard adapta habilement son positionnement. Elle avait peint les Mesdames de France (filles de Louis XV) et des membres de la cour, mais elle fit modifier ou retitrer certaines de ses toiles pour effacer les références trop royalistes. Elle peignit même un portrait de Robespierre en 1791, montrant une souplesse politique remarquable pour une ancienne portraitiste officielle de la monarchie.
Contrairement à Vigée Le Brun qui émigra dès 1789, Labille-Guiard choisit de rester en France pendant toute la Révolution. Elle forma dans son atelier une douzaine de femmes artistes, bravant les préjugés d'une époque qui jugeait indécent qu'un professeur masculin enseigne le dessin d'après nature à des jeunes femmes. Sa résidence devint un véritable foyer de transmission artistique au féminin.
Sources primaires
Ce jourd'hui, 31 may 1783, la Compagnie a reçu au nombre de ses membres Madame Labille, épouse du sieur Guiard, sur la présentation de ses ouvrages, et notamment un portrait de M. Pajou, sculpteur du roi.
Les femmes artistes, admises en nombre si restreint qu'elles semblent tolérées plutôt qu'accueillies, supplient la Compagnie de considérer que le génie n'a pas de sexe, et que les Lumières de ce siècle commandent d'ouvrir plus largement les portes du temple des arts.
N° 132. Portrait de Madame Labille-Guiard, artiste, avec deux de ses élèves, Mesdames Marie-Gabrielle Capet et Carreaux de Rosemond. Appartient à l'auteur.
Mme Labille-Guiard a commencé aujourd'hui la seconde séance pour mon portrait. Son application et son talent sont au-dessus de tout ce qu'on peut dire ; elle met dans ses ouvrages une vérité et une grâce que peu d'artistes peuvent se vanter d'atteindre.
Notre maîtresse nous enseignait non seulement le métier de peindre, mais aussi la manière de tenir son rang dans le monde des arts, de répondre aux commandes, de défendre son prix et sa dignité face aux commanditaires.
Lieux clés
Elle naquit et grandit rue Saint-Honoré, artère commerçante et mondaine du Paris du XVIIIe siècle. Son père y tenait un commerce de mercerie, milieu bourgeois qui lui permit d'accéder à une éducation artistique soignée.
Le Salon biennal, vitrine officielle de l'Académie royale, se tenait dans le Salon Carré du Louvre. Labille-Guiard y exposa régulièrement à partir de 1774, y compris son célèbre Autoportrait avec deux élèves en 1785.
Elle fut nommée portraitiste officielle de Mesdames de France et se rendit à Versailles pour les séances de pose. Ses portraits de Mesdames Adélaïde et Victoire, peints entre 1787 et 1788, y sont toujours conservés.
C'est chez le peintre Vincent père qu'elle apprit les bases de la peinture à l'huile et du portrait. Cet atelier fut aussi le lieu où elle rencontra son futur mari, François-André Vincent, fils du maître.
À l'apogée de sa carrière, elle installa son propre atelier où elle reçut modèles et commanditaires, et forma une douzaine de femmes artistes. Ce lieu incarnait son indépendance professionnelle et son engagement pour la formation féminine.
Objets typiques

Labille-Guiard débuta sa carrière comme pastelliste, maîtrisant les bâtons de pigments liés à la gomme arabique. Le pastel permettait de rendre la douceur de la peau et les reflets des soieries avec une rapidité qu'aucun autre médium n'égalait alors.

Elle forma ses premières armes en peignant des miniatures sur ivoire ou vélin, petits portraits intimes portés en médaillon. Cet apprentissage lui donna une précision du détail qu'elle conserva toute sa vie dans ses grands formats à l'huile.

Sa palette d'huile, garnie de couleurs fines broyées par ses élèves, était l'outil central de ses séances de pose. Elle utilisait des brosses de martre pour les glacis délicats des carnations et des brosses plus larges pour les fonds neutres de ses portraits d'apparat.

Ses tableaux de format monumental — tels l'Autoportrait avec deux élèves (210 × 151 cm) — nécessitaient un puissant chevalet réglable. Ce meuble occupait une place centrale dans son atelier parisien, symbole visible de son ambition artistique.

Les modèles amenaient ou empruntaient robes de soie, dentelles et bijoux pour les séances. Labille-Guiard devait coordonner ces accessoires avec l'éclairage de son atelier, choisissant des drapés qui mettraient en valeur sa maîtrise des étoffes chatoyantes.

Avant d'entreprendre un portrait d'apparat, elle réalisait des études au crayon ou à la sanguine pour cadrer la composition et fixer la pose. Ces carnets témoignent de sa méthode rigoureuse, héritée de l'enseignement académique.
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Vie quotidienne
Matin
Labille-Guiard se levait tôt pour profiter de la lumière naturelle du nord, indispensable au travail des carnations. Ses élèves arrivaient dès la matinée pour broyer les couleurs, préparer les palettes et tendre les toiles. Elle consacrait ces premières heures aux glacis délicats qui réclamaient l'œil le plus frais.
Après-midi
L'après-midi était réservé aux séances de pose avec les commanditaires, souvent des membres de la noblesse ou de la haute bourgeoisie. Elle dirigeait la lumière, composait les drapés et engageait la conversation pour animer le visage de ses modèles. Ses élèves observaient, copiaient et recevaient ses corrections entre deux séances.
Soir
Les soirées étaient fréquemment occupées par les salons littéraires et mondains où elle entretenait son réseau de commanditaires potentiels. Elle discutait d'esthétique avec des philosophes, des écrivains et des collectionneurs, s'imposant comme une intellectuelle autant qu'une artisane. Les jours de Salon, elle y passait des heures à observer la réaction du public et à défendre ses choix auprès des critiques.
Alimentation
Comme toute bourgeoise parisienne aisée, elle mangeait deux repas principaux par jour. Le dîner de midi, servi tôt, comprenait potage, viandes rôties, légumes et entremets sucrés. Le souper du soir, pris après le travail ou à la sortie d'un salon, était plus léger : volaille froide, fromages et fruits de saison.
Vêtements
Pour travailler, elle portait une robe simple en toile ou en laine, souvent protégée par un tablier de peintre. Pour recevoir commanditaires et visiteurs mondains dans son atelier, elle revêtait des robes en soie ou en taffetas aux couleurs sobres, ornées de fichus de dentelle. Son autoportrait de 1785 la montre en robe de travail élégante avec un grand chapeau à plumes, tenue à la fois pratique et représentative.
Habitat
Elle occupait un appartement-atelier spacieux, dont la grande pièce orientée nord servait à la fois d'espace de travail et de salle de réception. Les murs étaient couverts de toiles en cours, d'esquisses et de références. Elle disposait d'une ou deux pièces privées, plus modestement meublées, séparées de l'espace professionnel partagé avec ses élèves.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Portrait de Madame Adélaïde de France
1787
Portrait de Madame Victoire de France
1788
Portrait du sculpteur Augustin Pajou
1782
Portrait de Robespierre
1791
Portrait du peintre François-André Vincent
vers 1795






