Alhazen (Ibn al-Haytham)

Ibn al-Haytham (Alhazen)

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SciencesPhilosophieScientifiqueMathématicien(ne)Moyen ÂgeÂge d'or de l'islam médiéval (Xe-XIe siècle), période de floraison intellectuelle sous les califats abbassides

Mathématicien, physicien et philosophe arabe du XIe siècle, Ibn al-Haytham est considéré comme le père de l'optique moderne. Il fut le premier à démontrer que la vision résulte de la lumière réfléchie par les objets vers l'œil, renversant ainsi les théories antiques.

Questions fréquentes

Ibn al-Haytham, mathématicien, physicien et philosophe arabe du XIe siècle, est souvent appelé le père de l'optique moderne. Ce qui le rend décisif, c'est qu'il a été l'un des premiers à appliquer une méthode expérimentale rigoureuse, proche de notre démarche scientifique actuelle : au lieu d'accepter les théories antiques sans les vérifier, il menait des expériences contrôlées et reproductibles pour construire ses modèles. Il a ainsi renversé neuf siècles de croyances en démontrant que la vision résulte de la lumière réfléchie par les objets vers l'œil, et non de rayons émis par l'œil. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il incarne le passage de la spéculation à l'observation systématique au sein de l'Âge d'or de l'islam médiéval.

Citations célèbres

« Le chercheur de vérité n'est pas celui qui étudie les écrits des anciens et qui, par sa nature encline à bien les croire, met sa confiance en eux, mais celui qui suspecte sa foi en eux. »
« La vérité est recherchée pour elle-même. »

Faits marquants

  • Né vers 965 à Bassora (actuel Irak), mort vers 1040 au Caire
  • Rédige le Kitab al-Manazir (Livre de l'optique) vers 1011-1021, traduit en latin au XIIe siècle sous le titre De aspectibus
  • Réfute la théorie extramissive de la vision (Euclide, Ptolémée) en prouvant que l'œil reçoit la lumière
  • Décrit le fonctionnement de la camera obscura et explique la propagation rectiligne de la lumière
  • Précurseur de la méthode scientifique : observation, hypothèse, expérimentation, vérification

Œuvres & réalisations

Kitab al-Manazir (Livre d'optique) (vers 1011-1021)

Chef-d'œuvre en sept livres, considéré comme la plus importante œuvre d'optique entre Euclide et Newton. Ibn al-Haytham y réfute la théorie antique de l'émission oculaire, décrit la chambre noire, analyse la réflexion et la réfraction, et pose les fondements de l'optique physiologique.

Al-Shukuk 'ala Batlamyus (Doutes sur Ptolémée) (vers 1025-1028)

Traité critique dans lequel Ibn al-Haytham identifie les incohérences physiques du modèle astronomique de Ptolémée. Cette remise en cause rigoureuse des autorités antiques illustre parfaitement sa démarche scientifique fondée sur la raison et l'expérimentation.

Maqala fi Hay'at al-'alam (Traité sur la configuration du monde) (vers 1020)

Ouvrage cosmologique cherchant à donner une interprétation physique réaliste aux modèles mathématiques de Ptolémée. Il influença durablement les astronomes arabes et les traducteurs latins médiévaux qui cherchaient à concilier mathématiques et physique céleste.

Maqala fi al-Daw' (Traité sur la lumière) (vers 1015-1021)

Complément au Livre d'optique consacré à la nature et à la propagation de la lumière. Ibn al-Haytham y distingue lumière primaire (des sources lumineuses) et lumière secondaire (réfléchie par les corps opaques), distinction fondamentale pour toute la physique optique ultérieure.

Maqala fi al-Hala wa-Qaws Quzah (Traité sur le halo et l'arc-en-ciel) (vers 1021-1040)

Étude des phénomènes optiques atmosphériques dans laquelle Ibn al-Haytham applique ses principes de réfraction et de réflexion. C'est l'une des premières tentatives scientifiques rigoureuses d'expliquer l'arc-en-ciel par les lois de la lumière.

Maqala fi Tahlil al-Masa'il al-Handassiya (Traité d'analyse géométrique) (vers 1030)

Recueil de solutions à des problèmes géométriques complexes, dont le célèbre 'problème d'Alhazen' sur la réflexion dans un miroir sphérique. Ce problème, résolu par Ibn al-Haytham via les sections coniques, ne reçut de solution algébrique complète qu'au XXe siècle.

Anecdotes

Sollicité par le calife fatimide Al-Hakim pour réguler les crues du Nil, Ibn al-Haytham proposa un ambitieux projet de barrage dans la région d'Assouan. Après avoir réalisé sur place l'impossibilité technique du projet, et craignant la colère d'un calife réputé pour ses décisions imprévisibles et violentes, il choisit de feindre la folie. Il fut placé en résidence surveillée jusqu'à la mort mystérieuse d'Al-Hakim en 1021, événement qui lui rendit la liberté.

C'est pendant ses années de résidence surveillée au Caire qu'Ibn al-Haytham rédigea son chef-d'œuvre, le Kitab al-Manazir (Livre d'optique). Privé de liberté mais pas de livres ni d'instruments, il mena des expériences systématiques sur la lumière à l'aide d'une chambre noire artisanale, ancêtre de l'appareil photographique. Il démontra que la vision résulte de la lumière réfléchie par les objets vers l'œil, renversant ainsi neuf siècles de théories antiques.

Ibn al-Haytham fut l'un des premiers savants à appliquer une méthode expérimentale rigoureuse proche de ce que nous appelons aujourd'hui la démarche scientifique. Plutôt que d'accepter les affirmations des Anciens sur parole, il les soumettait à des expériences contrôlées et reproductibles, puis construisait ses théories à partir des résultats observés. Cette approche révolutionnaire lui vaut d'être considéré par certains historiens des sciences comme le premier vrai scientifique au sens moderne du terme.

Dans son traité sur la lune, Ibn al-Haytham expliqua pourquoi la Lune semble plus grande à l'horizon qu'au zénith : il s'agit d'une illusion d'optique liée à la perception humaine, et non d'un phénomène physique réel. Cette explication psychologique de l'illusion lunaire, souvent attribuée à des savants modernes, était donc déjà formulée avec précision au XIe siècle.

Ibn al-Haytham posa les bases du célèbre 'problème d'Alhazen' : trouver le point sur un miroir sphérique d'où la lumière émise par une source se réfléchit vers un observateur donné. Ce problème géométrique, qu'il résolut par une méthode originale faisant appel aux sections coniques, résista à des générations de mathématiciens et ne fut résolu algébriquement de façon complète qu'au XXe siècle.

Sources primaires

Kitab al-Manazir (Livre d'optique), Livre I (vers 1011-1021)
La lumière irrite les yeux et leur cause de la douleur lorsqu'elle est intense. [...] L'œil perçoit la forme des objets visibles par la lumière qui émane d'eux ou qui se réfléchit sur leur surface en direction de l'œil.
Kitab al-Manazir, Livre II (sur la perception visuelle) (vers 1011-1021)
La vision n'est accomplie que par une forme qui arrive à l'œil depuis les objets visibles ; et cette forme est la lumière et la couleur qui sont dans les objets visibles, et non un rayon issu de l'œil.
Al-Shukuk 'ala Batlamyus (Doutes sur Ptolémée) (vers 1025-1028)
Ptolémée suppose dans l'Almageste des hypothèses qui sont contraires à ce que la nature exige. [...] Il convient d'exposer les doutes que l'on peut avoir à leur égard, afin que la vérité soit distinguée de l'erreur par la voie du raisonnement et de l'expérience.
Maqala fi Hay'at al-'alam (Traité sur la configuration du monde) (vers 1020)
Les corps célestes sont des sphères solides qui se meuvent dans des sphères creuses concentriques ; leurs mouvements sont réels et physiques, et non de simples artifices mathématiques comme certains le supposent.
Maqala fi al-Daw' (Traité sur la lumière) (vers 1015-1021)
Il existe deux sortes de lumière : la lumière par soi, qui est celle des corps lumineux comme le soleil et le feu ; et la lumière par accident, qui est celle que les corps opaques reçoivent et renvoient vers l'œil.

Lieux clés

Bassora (Basra), Irak

Ville natale d'Ibn al-Haytham, alors l'un des grands foyers intellectuels de l'empire abbasside. Il y reçut sa formation initiale en sciences islamiques, en mathématiques et en philosophie avant de voyager vers Bagdad et l'Égypte.

Le Caire (al-Qahira), Égypte

Ville où Ibn al-Haytham passa la majeure partie de sa vie adulte, d'abord comme savant de cour puis en résidence surveillée sous Al-Hakim. C'est là qu'il rédigea le Livre d'optique et travailla jusqu'à sa mort, laissant une empreinte durable dans la capitale fatimide.

Bagdad, Irak

Capitale intellectuelle du monde islamique et siège de la célèbre Maison de la Sagesse (Bayt al-Hikma). Ibn al-Haytham y séjourna et accéda aux traductions arabes des œuvres d'Euclide, d'Aristote et de Ptolémée qui nourrirent l'ensemble de ses recherches.

Dar al-Ilm (Maison de la Science), Le Caire

Bibliothèque et académie fondée par les Fatimides en 1005, riche de milliers de manuscrits. Ibn al-Haytham y avait probablement accès pour consulter les textes scientifiques grecs et islamiques indispensables à ses travaux d'optique et d'astronomie.

Voir aussi