Amédée Ozenfant(1886 — 1966)
Amédée Ozenfant
France
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Peintre et théoricien français (1886-1966), cofondateur du purisme avec Le Corbusier. Il prône un retour à l'ordre et à la clarté contre les excès du cubisme, et fonde plusieurs écoles d'art en Europe et aux États-Unis.
Questions fréquentes
Faits marquants
- 1886 : naissance à Saint-Quentin
- 1918 : cofonde le purisme avec Le Corbusier
- 1920 : cofonde la revue L'Esprit Nouveau avec Le Corbusier et Paul Dermée
- 1928 : publie Art, bilan de l'art moderne
- 1938 : émigre aux États-Unis où il enseigne et fonde une école d'art
Œuvres & réalisations
Manifeste fondateur du purisme, co-écrit avec Le Corbusier, publié le jour de l'armistice. Il formule pour la première fois le programme puriste : retour à l'ordre, clarté géométrique, rejet des ornements.
Revue internationale co-dirigée avec Le Corbusier et Paul Dermée, diffusant le purisme, l'architecture moderne et une esthétique de la machine. Elle réunit peintres, architectes et poètes d'avant-garde.
Série de natures mortes puristes représentant des objets-types (bouteilles, verres, guitares) disposés en compositions rigoureusement géométriques sur fond neutre. Considérée comme l'accomplissement majeur de la peinture puriste.
Essai théorique majeur publié à Paris, traduit en anglais sous le titre 'Foundations of Modern Art'. Il synthétise la philosophie puriste et retrace l'histoire de l'art à travers le prisme de la clarté et de la fonction.
École parisienne fondée par Ozenfant pour transmettre en pratique les principes puristes à une nouvelle génération d'artistes européens, alternative aux académies traditionnelles.
L'une des toiles les plus représentatives du purisme : silhouettes épurées sur fond clair, palette réduite, absence de tout détail anecdotique. Elle illustre parfaitement l'idéal de l'objet-type peint avec rigueur.
Autobiographie publiée à titre posthume, retraçant sa trajectoire artistique de Saint-Quentin à New York. Source essentielle pour comprendre sa relation avec Le Corbusier et les tensions du milieu avant-gardiste.
Anecdotes
En 1917, Ozenfant rencontre à Paris un jeune architecte suisse nommé Charles-Édouard Jeanneret, qui deviendra célèbre sous le nom de Le Corbusier. Ensemble, ils rédigent en quelques semaines 'Après le Cubisme', un manifeste publié en novembre 1918, le jour même de l'armistice — comme pour signifier que l'art aussi devait entrer dans une ère de reconstruction et de clarté après les années de chaos.
Pour diffuser leurs idées puristes, Ozenfant et Le Corbusier fondent en 1920 la revue 'L'Esprit Nouveau'. Pendant cinq ans et vingt-huit numéros, ils y défendent une esthétique fondée sur la logique, la géométrie et les 'objets-types' — ces objets du quotidien, comme la bouteille ou le verre, perfectionnés par des siècles d'usage. La revue attire des architectes, des peintres et des philosophes du monde entier, et forge le vocabulaire de la modernité.
Fuyant l'Europe en guerre, Ozenfant s'installe à New York en 1939 où il fonde une nouvelle école d'art. Ses élèves américains découvrent avec étonnement un professeur français qui leur enseigne à peindre des natures mortes épurées — bouteilles, verres, guitares — comme si chaque objet ordinaire pouvait devenir un modèle de perfection universelle. Son école new-yorkaise contribue à introduire les débats de l'avant-garde européenne aux États-Unis.
Malgré leur collaboration intense, Ozenfant et Le Corbusier se brouillent définitivement en 1925, chacun revendiquant la paternité des idées puristes. Cette rupture, jamais vraiment expliquée publiquement, laisse Ozenfant dans l'ombre de son ancien associé, dont la célébrité architecturale éclipsera progressivement son œuvre picturale — une injustice que les historiens de l'art ont commencé à réparer seulement dans les années 1990.
Sources primaires
Le cubisme fut une maladie nécessaire, une fièvre salutaire qui brûla les vieilles conventions. Mais toute maladie doit finir : il faut maintenant reconstruire sur des bases saines, claires, ordonnées. L'art de demain sera géométrique ou ne sera pas.
L'ingénieur, inspiré par la loi d'économie et conduit par le calcul, met en accord nos membres et nos sens ; il crée des objets qui provoquent en nous une émotion plastique pure. Voilà ce que l'art doit apprendre.
Le purisme n'est pas un retour en arrière, c'est une conquête. Il exige que chaque forme soit à sa place nécessaire, que rien ne soit là par fantaisie ou par décoration, que tout objet peint porte en lui la mémoire millénaire de son usage.
Jeanneret et moi, nous voulions la même chose : faire entrer l'ordre dans l'art comme la machine avait fait entrer l'ordre dans la production. Nous pensions que peindre un verre parfaitement était un acte révolutionnaire autant que politique.
Lieux clés
Ville natale d'Ozenfant, où il naît le 15 avril 1886. La tradition picarde de rigueur et de sobriété artisanale marquera durablement son rapport aux formes simples.
Ozenfant y développe sa carrière de peintre et de théoricien, collabore avec Le Corbusier, fonde l'Académie Moderne en 1924 et publie 'L'Esprit Nouveau'. Paris est le cœur de son activité créatrice.
Installé en Angleterre à partir de 1935, Ozenfant y ouvre une école d'art et diffuse le purisme dans le monde anglophone, formant des élèves britanniques à ses principes d'ordre et de clarté.
Réfugié aux États-Unis en 1939 à la veille de la guerre, Ozenfant y enseigne jusqu'en 1955 et contribue à l'introduction des débats de l'avant-garde européenne dans le milieu artistique américain.
Ozenfant y passe ses dernières années et y meurt le 4 mai 1966. La lumière méditerranéenne de la Côte d'Azur accompagne la fin de son parcours.






