Biographie

Moine bénédictin d'origine italienne devenu archevêque de Cantorbéry, Anselme est l'un des principaux penseurs de la scolastique naissante. Il est célèbre pour son argument ontologique visant à démontrer l'existence de Dieu par la seule raison.

Anselme de Cantorbéry(1033 — 1109)

Anselme de Cantorbéry

Royaume de France

7 min de lecture

PhilosophieSpiritualitéPhilosopheThéologien(ne)Moyen ÂgeHaut Moyen Âge occidental, époque de la réforme grégorienne et des débuts de la philosophie scolastique (XIe-XIIe siècle)

Questions fréquentes

Anselme de Cantorbéry est un moine bénédictin devenu archevêque, né en 1033 à Aoste et mort en 1109 à Cantorbéry. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il est considéré comme le père de la scolastique, une méthode qui cherche à concilier la foi chrétienne avec la raison. Son importance tient à son argument ontologique dans le Proslogion, qui tente de prouver l'existence de Dieu par le seul raisonnement, sans recourir aux Écritures. Il a aussi profondément marqué la théologie avec son traité Cur Deus homo sur l'Incarnation.

Citations célèbres

« Je ne cherche pas à comprendre pour croire, mais je crois pour comprendre.»
« La foi qui cherche à comprendre.»

Faits marquants

  • Né vers 1033 à Aoste, dans le royaume de Bourgogne (actuelle Italie)
  • Entre à l'abbaye bénédictine du Bec en Normandie en 1060, dont il devient abbé en 1078
  • Rédige le Proslogion (vers 1077-1078), où il formule l'argument ontologique de l'existence de Dieu
  • Devient archevêque de Cantorbéry en 1093 et s'oppose aux rois d'Angleterre lors de la querelle des investitures
  • Meurt en 1109 ; canonisé puis proclamé docteur de l'Église en 1720

Œuvres & réalisations

Monologion (vers 1076)

Méditation où Anselme tente de prouver l'existence et la nature de Dieu par la seule raison, sans recourir à l'autorité de l'Écriture.

Proslogion (vers 1078)

Œuvre majeure contenant l'argument ontologique : Dieu, « ce dont rien de plus grand ne peut être pensé », doit nécessairement exister.

De grammatico (vers 1080)

Traité de logique et de dialectique, témoignant de son intérêt pour le langage et le raisonnement rigoureux.

De veritate, De libertate arbitrii, De casu diaboli (vers 1080-1086)

Trois dialogues sur la vérité, le libre arbitre et l'origine du mal, explorant les rapports entre liberté et péché.

Cur Deus homo (Pourquoi Dieu s'est fait homme) (1098)

Traité fondateur sur l'Incarnation et la Rédemption, exposant la théorie de la satisfaction pour expliquer le rachat des péchés.

De processione Spiritus Sancti (vers 1102)

Défense de la doctrine latine sur la procession du Saint-Esprit, rédigée après le concile de Bari.

Orationes sive meditationes (Prières et méditations) (fin du XIe siècle)

Recueil de prières d'une grande ferveur, très lues au Moyen Âge et qui renouvelèrent le genre de la méditation spirituelle.

Anecdotes

Adolescent, Anselme aurait rêvé de gravir une montagne pour entrer au palais de Dieu : à son réveil, il était convaincu de sa vocation religieuse. Pourtant, son père Gundulf s'opposa longtemps à ce qu'il devienne moine.

À la mort de sa mère, ses relations avec son père devinrent si tenables qu'Anselme quitta le Piémont natal pour traverser les Alpes. Après trois ans d'errance en Bourgogne et en France, il rejoignit l'abbaye du Bec en Normandie, attiré par la réputation de son maître Lanfranc.

Anselme refusa par deux fois la charge d'archevêque de Cantorbéry, qu'on lui imposa presque de force en 1093 : on raconte qu'on dut lui ouvrir les doigts pour glisser la crosse épiscopale dans sa main pendant qu'il protestait.

Ses querelles avec les rois Guillaume le Roux puis Henri Ier d'Angleterre, au sujet du pouvoir de nommer les évêques (la querelle des investitures), le contraignirent à l'exil à deux reprises. Il en profita pour voyager jusqu'à Rome et participer à des conciles.

Anselme disait préférer chercher Dieu par la raison plutôt que par la seule autorité : sa devise « la foi qui cherche à comprendre » (fides quaerens intellectum) résume toute sa méthode.

Sources primaires

Proslogion (vers 1078)
Et certes ce dont rien de plus grand ne peut être pensé ne peut exister dans le seul entendement. Car s'il existe ne serait-ce que dans l'entendement, on peut penser qu'il existe aussi dans la réalité, ce qui est plus grand.
Proslogion (préface) (vers 1078)
Je ne cherche pas à comprendre pour croire, mais je crois pour comprendre. Car je crois aussi ceci : que si je ne crois pas, je ne comprendrai pas.
Cur Deus homo (Pourquoi Dieu s'est fait homme) (1098)
Tu n'as pas encore pesé combien le péché est lourd. Nul ne peut rendre à Dieu une satisfaction suffisante pour le péché, sinon celui qui est à la fois vrai Dieu et vrai homme.
Monologion (vers 1076)
Il existe nécessairement une nature suprême, qui est par soi tout ce qu'elle est, et par qui existe tout ce qui est quelque chose.
Vie d'Anselme (Vita Anselmi), par Eadmer (vers 1124)
Il enseignait que rien ne devait être affirmé sans raison, et il aimait que ses disciples l'interrogent, car par les questions la vérité se fait plus claire.

Lieux clés

Aoste

Ville des Alpes où naquit Anselme en 1033, dans une famille noble du royaume de Bourgogne. Il y passa son enfance avant de franchir les montagnes.

Abbaye Notre-Dame du Bec

Monastère bénédictin de Normandie où Anselme devint moine, prieur puis abbé, et où il composa ses grands traités philosophiques.

Cantorbéry

Siège du primat de l'Église d'Angleterre, dont Anselme fut archevêque de 1093 à sa mort. Il y mourut le 21 avril 1109.

Rome

Capitale de la papauté, qu'Anselme gagna pendant ses exils pour défendre les droits de l'Église devant le pape Urbain II puis Pascal II.

Bari

Port d'Italie du Sud où se tint en 1098 le concile au cours duquel Anselme défendit la doctrine du Saint-Esprit face aux théologiens grecs.

Lyon

Ville où Anselme séjourna durant ses exils, accueilli par l'archevêque Hugues, et où il poursuivit la rédaction de ses œuvres.

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