Biographie

Apelle fut le peintre le plus célèbre de l'Antiquité grecque, actif au IVe siècle av. J.-C. Il fut le peintre officiel d'Alexandre le Grand et de sa cour macédonienne. Aucune de ses œuvres n'a survécu, mais les textes anciens témoignent de sa virtuosité exceptionnelle.

Apelle(369 av. J.-C. — 305 av. J.-C.)

Apelle

8 min de lecture

Arts visuelsCultureArtisteAvant J.-C.Grèce classique et hellénistique, IVe siècle av. J.-C.
Découvrir4 recettes

Questions fréquentes

Apelle (369-305 av. J.-C.) est le peintre le plus célèbre de l'Antiquité grecque, actif au IVe siècle av. J.-C. Ce qu'il faut retenir, c'est que malgré la perte totale de ses œuvres, sa renommée a traversé les siècles grâce aux textes anciens, notamment Pline l'Ancien et Lucien de Samosate. Il fut le peintre officiel d'Alexandre le Grand à la cour de Macédoine, où il créa des portraits qui ont forgé l'image du conquérant. Sa qualité suprême, appelée charis (grâce), le distinguait de tous ses rivaux : une élégance indéfinissable que personne ne put égaler.

Faits marquants

  • Actif vers 350-300 av. J.-C., originaire de Cos ou d'Éphèse
  • Nommé peintre officiel d'Alexandre le Grand
  • Auteur de la célèbre Aphrodite Anadyomène, tableau décrit par Pline l'Ancien
  • Pline l'Ancien lui consacre de longs développements dans son Histoire naturelle (livre XXXV)
  • Aucune de ses œuvres n'a survécu jusqu'à nos jours

Œuvres & réalisations

Portrait d'Alexandre le Grand au foudre (vers 336-323 av. J.-C.)

Tableau exécuté pour le temple d'Artémis à Éphèse, représentant Alexandre tenant un foudre comme Zeus. Pline rapporte que la main et le foudre semblaient sortir du tableau, et qu'Alexandre et Bucéphale y paraissaient si vivants que les spectateurs reculaient de saisissement.

Vénus Anadyomène (vers 320-310 av. J.-C.)

Aphrodite sortant des eaux, commandée par la cité de Cos. Considérée comme le chef-d'œuvre absolu d'Apelle, cette œuvre laissée inachevée fut transférée à Rome par Auguste et inspira d'innombrables représentations de la naissance de Vénus dans l'art occidental, dont celle de Botticelli.

La Calomnie (vers 320 av. J.-C.)

Composition allégorique représentant la Calomnie, l'Envie, la Tromperie et la Vérité. Décrite en détail par Lucien de Samosate plusieurs siècles plus tard, elle inspira directement Botticelli pour sa Calomnie d'Apelle (1494-95), permettant une transmission indirecte de la composition à la Renaissance.

Portrait d'Antigone le Borgne (vers 330 av. J.-C.)

Apelle dut peindre ce général d'Alexandre, borgne, de trois quarts pour dissimuler son infirmité. Cette adaptation habile de la composition à la réalité physique du modèle fut largement citée dans l'Antiquité comme exemple de tact et d'ingéniosité artistique.

Portrait équestre d'Alexandre (vers 340-335 av. J.-C.)

L'un des premiers grands portraits officiels d'Alexandre, exécuté alors que le prince était encore adolescent. Ce tableau contribua à forger l'image publique du futur conquérant et servit de modèle à la représentation du pouvoir royal hellénistique.

Anecdotes

Un jour, Apelle se cacha derrière l'un de ses tableaux exposé sur la voie publique pour écouter les critiques des passants. Un cordonnier signala une erreur dans la représentation d'une sandale, qu'Apelle corrigea aussitôt. Le lendemain, enhardi, le même homme se mit à critiquer le genou du personnage. Apelle sortit alors de sa cachette et lui lança la formule restée célèbre : « Cordonnier, pas au-dessus de la chaussure ! » — en latin, « ne sutor ultra crepidam ».

Apelle et son rival Protogène s'affrontèrent dans un célèbre défi pictural. Lors d'une visite à l'atelier de Protogène en son absence, Apelle traça sur un panneau vierge une ligne d'une finesse incomparable. Protogène, de retour, reconnut immédiatement la main du maître et traça par-dessus une ligne encore plus fine. Ce duel de traits illustre l'idéal grec de la maîtrise technique portée à son extrême limite.

Alexandre le Grand confia à Apelle la mission de peindre le portrait de sa favorite, Campaspe. Selon la tradition rapportée par Pline l'Ancien, Apelle tomba éperdument amoureux de la jeune femme pendant l'exécution du tableau. Alexandre, touché, lui offrit Campaspe en cadeau — preuve exceptionnelle de l'estime que le conquérant portait à son peintre officiel.

Apelle laissa inachevée sa célèbre Vénus Anadyomène, estimant qu'aucun peintre ne saurait terminer dignement le visage qu'il avait commencé. Les Anciens rapportaient que cette œuvre était si parfaite dans sa partie achevée que personne n'osa jamais y poser un pinceau après lui, et qu'elle fut transportée à Rome par Auguste.

Apelle avait une règle de travail qu'il ne trahissait jamais : ne laisser passer aucun jour sans tracer au moins une ligne. Cette habitude, résumée par le proverbe latin nulla dies sine linea (pas un jour sans une ligne), illustre sa conception du métier d'artiste comme une discipline quotidienne autant que comme un don.

Sources primaires

Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre XXXV, 79-97 (vers 77 apr. J.-C.)
Apelle surpassait tous les peintres qui l'avaient précédé et tous ceux qui devaient venir après lui. Sa principale qualité était ce que les Grecs appellent la charis, une grâce indéfinissable que nul autre ne sut imiter, alors même que ses rivaux l'égalaient par ailleurs en d'autres mérites.
Lucien de Samosate, Sur la calomnie (De Calumnia) (IIe siècle apr. J.-C.)
Apelle avait représenté la Calomnie sous les traits d'une femme emportée, conduite par l'Envie et la Tromperie, tandis que l'Ignorance et le Soupçon tenaient les oreilles du juge. Derrière eux, la Vérité marchait vêtue de blanc, seule et délaissée.
Cicéron, Brutus, XVIII, 70 (46 av. J.-C.)
Apelle, Zeuxis et Protogène, qui ne comprendraient pas leur art si on les privait des règles du dessin et des proportions ? Et pourtant, entre eux, quelle différence ! Apelle surpasse tous les autres par la grâce.
Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XXXV, 91-92 (vers 77 apr. J.-C.)
Sa Vénus sortant des eaux, commandée par les habitants de Cos, fut placée dans le temple d'Asclépios. Auguste la fit transporter à Rome pour la placer dans le temple de César son père. La partie basse du tableau, laissée inachevée, n'a jamais pu être terminée par aucun autre peintre.

Lieux clés

Colophon, Ionie (auj. Turquie)

Ville natale probable d'Apelle, en Ionie sur la côte égéenne de l'Asie Mineure. C'est dans ce riche milieu culturel grec qu'il reçut ses premières bases artistiques avant de partir étudier à Sicyone.

Sicyone, Péloponnèse (auj. Grèce)

Ville du Péloponnèse où Apelle étudia sous la direction de Pamphile, chef de la grande école sicyonienne qui imposait la géométrie et la théorie comme fondements de la formation picturale.

Pella, Macédoine (auj. Grèce du Nord)

Capitale du royaume de Macédoine où Apelle fut peintre officiel de Philippe II puis d'Alexandre le Grand. Il y réalisa ses célèbres portraits royaux qui contribuèrent à forger l'image du conquérant dans tout le monde grec.

Éphèse, Ionie (auj. Turquie)

Grande cité grecque d'Asie Mineure où Apelle travailla à plusieurs reprises. Le temple d'Artémis d'Éphèse, l'une des Sept Merveilles du monde antique, accueillit son portrait d'Alexandre tenant le foudre de Zeus.

Île de Cos (auj. Grèce)

Île de la mer Égée où Apelle se retira après la mort d'Alexandre. Il y peignit la Vénus Anadyomène dédiée au temple d'Asclépios. C'est là qu'il mourut vers 305 av. J.-C., selon la tradition antique.

Rends-lui sa mémoireCharactorium est aussi un jeu sur Pi Network : ravive les figures oubliées de l'Histoire, une par une.Jouer dans Pi

Voir aussi