Démon masculin de la démonologie médiévale, l'incube est censé s'unir aux femmes pendant leur sommeil. Il incarne la peur de la sexualité et du péché dans la pensée chrétienne médiévale. Son pendant féminin est le succube.
Incube
Incube
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Questions fréquentes
Faits marquants
- Mentionné dès l'Antiquité tardive, le concept d'incube est systématisé au Moyen Âge par les théologiens chrétiens
- Saint Augustin (Ve siècle) évoque déjà des démons s'accouplant avec des humains dans La Cité de Dieu
- Le Malleus Maleficarum (1486) consacre de longs développements aux incubes et succubes dans le cadre de la chasse aux sorcières
- Thomas d'Aquin (XIIIe siècle) tente d'expliquer rationnellement comment des démons incorporels peuvent engendrer des enfants
- La croyance aux incubes sert souvent à expliquer des naissances illégitimes ou des grossesses inexpliquées au Moyen Âge
Œuvres & réalisations
Œuvre monumentale de théologie politique dans laquelle Augustin mentionne explicitement les incubes, leur conférant une légitimité doctrinale dans la tradition chrétienne. Ce texte est la première grande autorité ecclésiastique à traiter sérieusement de leur existence.
Synthèse théologique majeure du Moyen Âge dans laquelle Thomas d'Aquin consacre des articles entiers aux démons sexuels. Son explication du mécanisme biologique des incubes (collecte et transmission de semence) fut acceptée comme doctrine pendant des siècles.
Manuel d'inquisition qui codifie de façon exhaustive la doctrine sur les incubes et succubes. Traduit en plusieurs langues et réimprimé de nombreuses fois, il fut l'outil principal des procès en sorcellerie et fit condamner à mort des milliers de personnes.
Cycle de textes littéraires attribuant à Merlin une origine incubienne, illustrant comment la figure du démon sexuel était intégrée dans la littérature populaire et courtoise. Geoffrey de Monmouth (Historia Regum Britanniae, 1138) est l'une des premières sources de cette tradition.
Poème épique décrivant l'architecture de l'Enfer médiéval, demeure des incubes et autres démons. Bien que Dante ne nomme pas explicitement les incubes, sa vision de l'Enfer structure l'imaginaire collectif dans lequel ils évoluent.
Traité juridique et théologique français traitant des sabbats et des rapports entre sorcières et incubes. Rédigé par un juge ayant lui-même condamné des accusés, il illustre la persistance des croyances aux incubes jusqu'au début de l'époque moderne.
Anecdotes
Dans la tradition chrétienne médiévale, l'incube était considéré comme un démon capable de prendre l'apparence d'un homme séduisant pour tromper les femmes endormies. Les théologiens débattaient sérieusement de sa nature : saint Thomas d'Aquin, au XIIIe siècle, proposa que les incubes collectaient la semence humaine pour la transmettre, car ils n'en possédaient pas eux-mêmes. Ces débats montrent à quel point la démonologie était une discipline intellectuelle sérieuse au Moyen Âge.
Merlin, le célèbre enchanteur de la légende arthurienne, aurait été engendré par un incube selon certaines versions médiévales du récit. Cette origine démoniaque expliquait ses pouvoirs magiques tout en permettant aux auteurs chrétiens de faire de lui un personnage moralement ambigu. Geoffrey de Monmouth et d'autres chroniqueurs médiévaux ont perpétué cette tradition au XIIe siècle.
Le Malleus Maleficarum (Le Marteau des sorcières), publié en 1486 par deux inquisiteurs dominicains, consacre de longs développements aux incubes et succubes. Ce manuel de chasse aux sorcières, approuvé par une fausse bulle papale, affirme que les démons sexuels sont responsables de nombreux maux physiques. Il fut utilisé pendant les procès en sorcellerie et contribua à faire condamner des milliers de personnes.
L'incube n'est pas propre au christianisme médiéval : des figures similaires apparaissent dans de nombreuses cultures. En Mésopotamie ancienne, le démon Lilitu (ancêtre de Lilith) jouait un rôle comparable. Dans le folklore arabe, les djinns pouvaient prendre une forme similaire. Cette universalité témoigne de la tendance humaine à donner une forme démoniaque aux angoisses nocturnes inexpliquées, comme ce que l'on appelle aujourd'hui la paralysie du sommeil.
Au XVIe et XVIIe siècle, lors des grands procès en sorcellerie, de nombreuses femmes accusées avouaient — souvent sous la torture — avoir eu des relations avec des démons de type incube. Ces aveux codifiés révèlent comment la croyance aux incubes était instrumentalisée par les autorités religieuses et judiciaires pour contrôler les comportements sexuels et marginaux, notamment ceux des femmes jugées trop indépendantes ou étranges.
Sources primaires
Il est chose trop généralement affirmée pour qu'il soit impudent de le nier, que les sylvains et les faunes, vulgairement appelés incubes, se sont souvent montrés insolents envers les femmes, ont désiré et accompli des rapports avec elles.
Les démons qui séduisent les hommes sous forme d'incubes ou de succubes peuvent engendrer une progéniture. En tant que succubes, ils recueillent la semence des hommes ; en tant qu'incubes, ils la transmettent aux femmes.
Les incubes et succubes, démons qui abusent des hommes et des femmes pendant leur sommeil, sont une réalité incontestable, confirmée par l'expérience, par les Saintes Écritures et par l'autorité des saints docteurs.
Certaines femmes perverties, séduites par les illusions et phantasmes des démons, croient chevaucher avec Diane déesse des païens ou avec Hérodiade, dans la nuit, sur certaines bêtes, en compagnie d'une foule innombrable de femmes.
Les démons sont capables de prendre une apparence corporelle et d'interagir physiquement avec les humains, notamment de nuit, profitant de la vulnérabilité du sommeil pour corrompre les âmes et les corps.
Lieux clés
Demeure originelle des démons selon la cosmologie chrétienne médiévale, l'Enfer est le lieu d'où proviennent les incubes pour tourmenter les humains. Dante en donne une description célèbre dans la Divine Comédie, organisé en cercles selon la nature des péchés.
Haut lieu de la réforme monastique clunisienne, centre de production de textes théologiques traitant de la démonologie médiévale. Les moines de Cluny contribuèrent à diffuser les théories sur les démons nocturnes dans toute l'Europe chrétienne.
Ville depuis laquelle Heinrich Kramer et Jakob Sprenger, auteurs du Malleus Maleficarum, lancèrent leurs campagnes d'inquisition contre la sorcellerie. Cologne fut un centre majeur de la démonologie théorique et pratique à la fin du XVe siècle.
Berceau des premières traditions démonologiques influençant la figure de l'incube. Les textes cunéiformes babyloniens décrivent déjà des esprits nocturnes (ardat lili, lilitu) qui s'en prennent aux hommes et femmes endormis, ancêtres directs de l'incube médiéval.
Ville où fut imprimé le Malleus Maleficarum en 1486, grâce à la nouvelle technologie de Gutenberg. La diffusion de ce traité sur les incubes à travers l'Europe fut rendue possible par les presses alsaciennes, amplifiant considérablement son influence.
Objets typiques

Traité savant ou populaire répertoriant les noms, attributs et méthodes d'action des démons, dont l'incube. Ces ouvrages circulaient parmi les clercs et les inquisiteurs et codifiaient les croyances officielles sur les démons sexuels.

Objet de protection par excellence contre les démons nocturnes au Moyen Âge. Les femmes craignant les incubes gardaient des bougies bénites près de leur lit, croyant que la lumière sacrée éloignait les forces des ténèbres.

Symbole magique issu de la tradition judéo-chrétienne, censé permettre de commander et de repousser les démons. Utilisé dans les rituels d'exorcisme pour neutraliser les incubes qui possédaient leurs victimes.

Arme rituelle fondamentale contre les entités démoniaques au Moyen Âge. Asperger une chambre d'eau bénite était considéré comme un moyen efficace de chasser un incube et de purifier l'espace souillé par sa présence.

Symbole chrétien placé au-dessus du lit comme protection contre les visites nocturnes des démons. La puissance du Christ était censée repousser tous les êtres du mal, y compris les incubes tentateurs.

Dans l'iconographie médiévale, les démons comme l'incube sont parfois représentés avec des chaînes brisées, symbole de leur révolte contre l'ordre divin. Ces attributs rappellent leur nature d'anges déchus emprisonnés dans les ténèbres.

Sacrement chrétien par lequel la victime présumée d'un incube devait révéler son expérience au prêtre confesseur. La confession permettait à la fois d'identifier les cas de possession et de réaffirmer le contrôle de l'Église sur la sexualité.
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Lieu
Vie quotidienne
Matin
Selon la tradition médiévale, l'incube perd son pouvoir au lever du soleil, obligé de regagner les ténèbres d'où il vient. L'aube représente pour lui une retraite forcée, car la lumière divine symbolisée par le soleil le repousse. Les coqs, associés à l'annonce du jour, étaient réputés chasser les démons nocturnes par leur chant.
Après-midi
Dans la cosmologie démonologique médiévale, les incubes habitent l'air entre la terre et la lune, espace intermédiaire peuplé d'esprits selon la physique aristotélicienne christianisée. Ils y observeraient les humains, attendant le moment propice — la nuit et le sommeil — pour agir. Certains théologiens leur attribuaient aussi le pouvoir de provoquer cauchemars et pensées impures en plein jour.
Soir
C'est à la tombée de la nuit que l'incube entre en action selon les croyances médiévales. Il profite du sommeil et de la vulnérabilité des femmes pour leur rendre visite sous une forme séduisante ou terrifiante. Les rites de protection nocturne — eau bénite, crucifix, prières à saint Michel archange — étaient pratiqués chaque soir pour se prémunir de ses visites.
Alimentation
Être spirituel et démoniaque, l'incube ne se nourrit pas de nourriture matérielle selon la démonologie médiévale. Il se repait de l'énergie vitale et spirituelle de ses victimes, les laissant épuisées et amaigries au réveil. Certains textes évoquent qu'il se nourrit également du péché et de la corruption morale qu'il provoque, grandissant en puissance à mesure que ses victimes sombrent dans le désespoir.
Vêtements
Dans les représentations iconographiques médiévales, l'incube apparaît souvent nu ou recouvert de fourrure sombre, avec des attributs animaux (cornes, griffes, ailes de chauve-souris, queue) rappelant sa nature bêtiale et démoniaque. Parfois, il prend l'apparence d'un bel homme élégamment vêtu pour mieux tromper ses victimes, portant des habits sombres et luxueux évoquant la séduction et le péché.
Habitat
L'incube réside dans les ténèbres de l'Enfer ou dans les espaces obscurs entre les mondes — grottes, forêts profondes, lieux maudits abandonnés des hommes. Dans l'imaginaire médiéval, il hante aussi les chambres et alcôves des châteaux et monastères où il trouve ses victimes. Les cimetières et les carrefours, lieux liminaires par excellence, étaient également associés aux rassemblements de démons.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Le style visuel de l'incube s'inspire des enluminures médiévales et de la peinture gothique sombre : ombres dramatiques, rouges et bleus profonds sur fond de ténèbres, créature ailée et menaçante veillant sur une victime endormie sous la lueur d'une chandelle.
Ambiance sonore
L'atmosphère sonore de l'incube est celle de la nuit médiévale angoissante : cloches sonnant les heures nocturnes, vent glacé dans les couloirs de pierre, prières chuchotées en latin et souffle d'une bougie vacillant dans l'obscurité.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
La Cité de Dieu (De Civitate Dei) — saint Augustin
413-426
Summa Theologica — Thomas d'Aquin
1265-1274
Malleus Maleficarum (Le Marteau des sorcières) — Kramer et Sprenger
1486
Histoire de Merlin — compilations arthuriennes médiévales
XIIe-XIIIe siècles
La Divine Comédie — Dante Alighieri
1304-1321
Discours des sorciers — Henri Boguet
1602





