Claude Louis Berthollet(1748 — 1822)

Claude-Louis Berthollet

France, royaume de Sardaigne

8 min de lecture

SciencesScientifiqueMédecinTemps modernesÉpoque des Lumières et de la Révolution française, âge d'or de la chimie scientifique

Chimiste français (1748-1822), collaborateur de Lavoisier et fondateur de la chimie moderne. Il découvrit les propriétés décolorantes du chlore et formula les lois de l'affinité chimique, remettant en cause la notion de réaction chimique complète.

Questions fréquentes

Claude-Louis Berthollet (1748-1822) est un chimiste français qui a collaboré avec Lavoisier pour fonder la chimie moderne. Ce qui le rend décisif, c'est qu'il a non seulement participé à la réforme de la nomenclature chimique en 1787, mais il a aussi introduit des concepts fondamentaux comme l'équilibre chimique et l'influence des masses dans les réactions. Il a découvert les propriétés décolorantes du chlore, menant à l'invention de l'eau de Javel, et a écrit l'Essai de statique chimique (1803), qui pose les bases de la thermodynamique chimique. Son importance tient à ce qu'il a transformé la chimie d'une science descriptive en une science prédictive.

Faits marquants

  • 1748 : naissance à Talloires en Savoie
  • 1785 : découverte des propriétés décolorantes du chlore, appliquées au blanchiment des textiles
  • 1787 : co-auteur de la nouvelle nomenclature chimique avec Lavoisier, Guyton de Morveau et Fourcroy
  • 1803 : publication de l'Essai de statique chimique, théorisant les lois d'affinité
  • 1822 : mort à Arcueil, où il avait fondé la Société d'Arcueil

Œuvres & réalisations

Méthode de nomenclature chimique (1787)

Ouvrage collectif coécrit avec Lavoisier, Guyton de Morveau et Fourcroy, qui remplace les noms alchimiques par une terminologie logique fondée sur la composition des substances. Il reste le texte fondateur de la chimie moderne comme science du langage.

Observations sur quelques combinaisons de l'acide nitreux (1785)

Mémoire présenté à l'Académie dans lequel Berthollet décrit les propriétés de l'acide muriatique oxygéné (chlore) et son pouvoir décolorant, posant les bases du blanchiment industriel.

Éléments de l'art de la teinture (1791)

Traité pratique et théorique sur la teinture des étoffes, alliant chimie des colorants et savoir-faire artisanal. Il témoigne de la volonté des Lumières d'appliquer la science à l'industrie.

Recherches sur les lois de l'affinité (1801)

Premier grand exposé théorique de Berthollet sur les forces qui gouvernent les réactions chimiques, contestant l'idée de réactions complètes et introduisant l'idée d'équilibre dépendant des masses en présence.

Essai de statique chimique (1803)

Chef-d'œuvre théorique de Berthollet en deux volumes, posant les fondements de ce que la science nommera plus tard la thermodynamique chimique et la notion d'équilibre chimique. Traduit en plusieurs langues, il influence profondément la chimie européenne.

Anecdotes

En 1785, Berthollet présente à l'Académie des sciences ses travaux sur les propriétés décolorantes du chlore. Il comprend que ce gaz, récemment découvert par Scheele, peut blanchir les textiles sans soleil ni longues journées de séchage à l'air. Grâce à lui, une manufacture s'installe au village de Javel, près de Paris, donnant naissance à la fameuse « eau de Javel » encore utilisée aujourd'hui.

En 1798, Berthollet rejoint l'expédition d'Égypte de Napoléon Bonaparte en tant que savant de la Commission des sciences et arts. Observant les lacs de natron dans le désert égyptien — des étendues d'eau saturées de carbonate de soude — il comprend que des réactions chimiques peuvent s'inverser selon les conditions. Cette découverte en plein désert allait bouleverser la chimie théorique.

De retour en France, Berthollet soutient que les réactions chimiques ne vont pas toujours jusqu'à leur terme et que la composition d'un composé peut varier selon les proportions initiales des réactifs. Son collègue Joseph Louis Proust s'y oppose fermement. Cette « querelle des proportions définies », qui dura de 1801 à 1808, est l'une des plus célèbres controverses de l'histoire de la chimie — et c'est finalement Proust qui avait raison, même si Berthollet avait mis le doigt sur une vraie complexité.

Dans sa propriété d'Arcueil, en banlieue parisienne, Berthollet et le mathématicien Laplace réunissent chaque semaine une petite élite de jeunes scientifiques : Gay-Lussac, Humboldt, Biot, Arago. Ces réunions informelles, connues sous le nom de Société d'Arcueil, donnent naissance à des travaux fondateurs sur les gaz, la chaleur et la lumière. Berthollet finance lui-même les expériences et met son laboratoire à leur disposition.

Berthollet fut l'un des quatre savants — avec Lavoisier, Guyton de Morveau et Fourcroy — qui rédigèrent en 1787 la « Méthode de nomenclature chimique ». Ce texte remplaça des noms alchimiques obscurs comme « vitriol de Vénus » ou « sel de Saturne » par des termes logiques tels que « sulfate de cuivre » ou « acétate de plomb ». C'est cette réforme qui donna à la chimie son langage scientifique universel.

Sources primaires

Méthode de nomenclature chimique (1787)
On a cherché à établir une nomenclature chimique fondée sur des bases philosophiques et susceptible d'exprimer d'une manière précise la nature et la composition des substances.
Mémoire sur l'acide muriatique oxygéné (1785)
L'acide muriatique oxygéné possède la propriété de détruire la couleur de la plupart des matières végétales et animales, propriété qui peut être utilisée pour le blanchiment des toiles et des fils.
Recherches sur les lois de l'affinité (1801)
L'affinité n'agit pas seule pour déterminer le résultat d'une réaction chimique ; la masse des substances en présence joue également un rôle déterminant dans le produit obtenu.
Essai de statique chimique (1803)
Il n'existe pas de réaction chimique complète dans le sens absolu du terme. Toute combinaison est susceptible de se décomposer partiellement si les conditions de masse et de température varient, et l'état final est un état d'équilibre entre les forces opposées.
Description de l'art du blanchiment par l'acide muriatique oxygéné (1789)
Le procédé consiste à exposer les étoffes à l'action de l'acide muriatique oxygéné dissous dans l'eau, ce qui permet d'obtenir en quelques heures un blanchiment que le soleil et l'air n'auraient pu produire qu'en plusieurs semaines.

Lieux clés

Talloires, Haute-Savoie

Village au bord du lac d'Annecy où Berthollet naît le 9 décembre 1748. Il est alors sujet du roi de Sardaigne et ne deviendra français qu'après la Révolution.

Académie royale des sciences, Paris

Institution où Berthollet est admis en 1777 et où il présente ses travaux sur le chlore et la nomenclature chimique. C'est là qu'il rencontre Lavoisier et engage la réforme du langage chimique.

Propriété d'Arcueil, Val-de-Marne

Demeure et laboratoire personnel de Berthollet à Arcueil, au sud de Paris, où il fonde la Société d'Arcueil avec Laplace et accueille les meilleurs savants de son temps.

Lac de Natron, Égypte

Lac salé du désert égyptien où Berthollet, lors de l'expédition de 1798, observe la formation naturelle de carbonate de soude à partir de sel marin. Cette observation l'inspire à formuler sa théorie des équilibres chimiques.

Manufacture de Javel, Paris

Fabrique installée au village de Javel (aujourd'hui dans le 15e arrondissement de Paris) qui commercialise le premier produit de blanchiment au chlore, l'eau de Javel, mis au point grâce aux travaux de Berthollet.

Voir aussi