Diane Arbus(1923 — 1971)
Diane Arbus
États-Unis
9 min de lecture
Photographe américaine (1923-1971), Diane Arbus est célèbre pour ses portraits de personnes en marge de la société : nains, géants, travestis, nudistes. Son œuvre a profondément renouvelé le regard documentaire en photographie.
Questions fréquentes
Citations célèbres
« Un photographe fait un portrait pour une raison que le sujet ignore.»
« La photographie est un secret sur un secret. Plus elle vous dit, moins vous savez.»
Faits marquants
- 1923 : naissance à New York dans une famille de la haute bourgeoisie juive
- 1941 : épouse le photographe Allan Arbus, avec qui elle travaille en publicité
- 1956 : quitte la photographie publicitaire pour se consacrer à la photographie documentaire
- 1967 : expose au MoMA dans l'exposition « New Documents » aux côtés de Lee Friedlander et Garry Winogrand
- 1971 : décès par suicide à New York ; en 1972, première photographe américaine exposée à la Biennale de Venise
Œuvres & réalisations
Portrait d'un jeune garçon en chemise blanche tenant une grenade jouet, le visage crispé dans une grimace saisissante. L'une des premières images emblématiques d'Arbus, révélant la tension sous la surface de l'enfance américaine des années 1960.
Portrait de deux sœurs jumelles habillées à l'identique mais aux expressions légèrement discordantes. Devenue l'une des photographies les plus célèbres du XXe siècle, elle a directement inspiré la scène des jumelles dans 'Shining' de Stanley Kubrick.
Eddie Carmel, atteint d'acromégalie, se tient courbé sous le plafond de l'appartement familial, ses parents minuscules à ses pieds. Image obsessionnelle, fruit de dix ans de rencontres répétées avec le même sujet, symbole de l'altérité radicale chère à Arbus.
Portrait d'un jeune homme portant des bigoudis dans les cheveux, photographié dans l'intimité de son appartement. L'image témoigne de la bienveillance d'Arbus envers les identités non conformes, à une époque où l'homosexualité était encore criminalisée aux États-Unis.
Femme âgée en fauteuil roulant portant un masque de fête, photographiée dans le jardin d'une institution. Issue de ses séries dans les hôpitaux psychiatriques, cette image interroge la frontière entre dignité, folie et carnaval.
Publié à titre posthume avec l'aide de sa fille Doon Arbus et du graphiste Marvin Israel, ce livre rassemble 80 photographies et des textes de la photographe. Il s'est vendu à plus de 100 000 exemplaires en quelques mois, devenant l'un des livres de photographie les plus vendus de l'histoire.
Anecdotes
Née Diane Nemerov en 1923 dans une famille juive aisée propriétaire de Russeks, un grand magasin de mode sur la Cinquième Avenue à New York, Diane grandit dans un milieu protégé et luxueux qu'elle trouvait étouffant. À 18 ans, elle épouse Allan Arbus et tous deux deviennent photographes de mode ; leurs images élégantes paraissent dans Vogue et Harper's Bazaar. Mais Diane se sent prisonnière d'un monde où la beauté est une obligation, et rêve de photographier tout ce que sa classe sociale préfère ignorer.
Vers 1956, Diane Arbus suit les cours de Lisette Model à la New School for Social Research de New York. Lisette Model, grande photographe austro-américaine connue pour ses portraits de gens ordinaires, lui aurait dit : 'Photographie ce dont tu as peur.' Ce conseil change sa vie : elle abandonne la mode et se consacre aux portraits de personnes marginalisées — nains, travestis, nudistes, patients psychiatriques.
En 1967, le Museum of Modern Art de New York présente l'exposition 'New Documents', réunissant les photographies de Diane Arbus, Lee Friedlander et Garry Winogrand. Cette exposition marque une révolution dans la photographie américaine : finies les images édifiantes à la Dorothea Lange, place à un regard direct et sans jugement sur la réalité quotidienne. Certains visiteurs, scandalisés, crachèrent sur les tirages d'Arbus exposés.
Sa photographie 'Jumelles identiques, Roselle, New Jersey' (1967), représentant deux sœurs vêtues à l'identique mais aux expressions légèrement discordantes, est devenue l'une des images les plus célèbres du XXe siècle. Stanley Kubrick en était tellement fasciné qu'il gardait une reproduction épinglée sur son mur pendant le tournage de 'Shining' (1980) ; l'image inspira directement la scène des deux petites filles dans le couloir de l'hôtel.
En 1963 puis en 1966, Arbus reçoit deux fois la bourse Guggenheim, l'une des récompenses les plus prestigieuses du monde artistique américain. Elle utilise ces fonds pour photographier des camps de nudistes au New Jersey, des fêtes foraines et des institutions psychiatriques. Épuisée et souffrant de dépression, elle meurt le 26 juillet 1971. L'année suivante, elle devient la première photographe américaine présentée à la Biennale de Venise, à titre posthume.
Sources primaires
Je veux photographier les cérémonies considérables de notre présent : les salons de beauté, les halls d'hôtels, les chambres de nudistes, les boudoirs, les vitrines de Noël — ce que nous faisons semblant de ne pas voir.
Je pensais que je ne pourrais jamais perdre quiconque si je le photographiais assez. En fait, mes photos me montrent à quel point je connais peu les gens que je photographie.
Les 'freaks', je les ai beaucoup photographiés. C'était l'une des premières choses que j'ai photographiées, et cela avait pour moi un genre d'excitation extraordinaire. La plupart des gens traversent la vie avec une peur terrible de vivre une expérience traumatisante. Les freaks sont nés avec leur traumatisme. Ils ont passé leur épreuve. Ils sont une sorte d'aristocratie.
Je travaille à partir de la maladresse. Je ne veux pas arranger les choses. Si je me tiens devant quelque chose, au lieu de l'arranger, je m'arrange moi-même.
Lieux clés
Ville natale de Diane Arbus et cadre principal de son travail photographique. Elle y a photographié les rues, les parcs, les fêtes foraines et les appartements privés, capturant la diversité radicale de la métropole américaine.
Quartier bohème de Manhattan où vivait Diane Arbus, foyer de la contre-culture, des artistes et de la communauté LGBTQ+. Elle y avait son appartement et son laboratoire photographique, notamment à Westbeth Artists Community à partir de 1970.
Parc d'attractions populaire en bord de mer que Diane Arbus fréquentait régulièrement pour photographier les estivants, les baraques foraines et les 'freaks shows' encore présents dans les années 1950-1960.
Arbus obtint l'autorisation de photographier des camps de nudistes au New Jersey grâce à ses bourses Guggenheim. Ces séries menées entre 1963 et 1965 constituent l'une de ses explorations les plus singulières de la normalité et de la nudité comme égalisateur social.
Institution où fut présentée en 1967 l'exposition fondatrice 'New Documents', révélant Diane Arbus au grand public. Une rétrospective posthume y fut organisée en 1972 puis parcourut dix villes américaines.
Université progressiste de Greenwich Village où Diane Arbus étudia la photographie avec Lisette Model entre 1956 et 1957, rencontre décisive qui orienta définitivement sa carrière vers le documentaire social.






