Biographie

Sculpteur et peintre suisse, figure majeure de l'art du XXe siècle. Après une période surréaliste, il développe un style unique fait de figures humaines extrêmement allongées et amincies, devenues l'emblème de la condition humaine d'après-guerre.

Alberto Giacometti(1901 — 1966)

Alberto Giacometti

Suisse, France

6 min de lecture

Arts visuelsArtisteXXe sièclePremière moitié et milieu du XXe siècle, marqués par le surréalisme, la Seconde Guerre mondiale et l'existentialisme dans le Paris d'après-guerre.
Découvrir5 recettes

Questions fréquentes

Alberto Giacometti (1901-1966) est un sculpteur et peintre suisse, figure majeure du XXe siècle. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a inventé un style unique de figures humaines extrêmement allongées et amincies, devenues l'emblème de la condition humaine d'après-guerre. Après une période surréaliste, il développe cette esthétique filiforme qui interroge la perception de l'espace et de la distance. Son œuvre emblématique L'Homme qui marche (1947) symbolise la fragilité et la solitude de l'homme moderne.

Citations célèbres

« Dans la rue les gens se dissolvent au loin comme de l'eau.»

Faits marquants

  • Né en 1901 à Borgonovo, dans le val Bregaglia (Suisse), au sein d'une famille d'artistes
  • S'installe à Paris en 1922 et fréquente le mouvement surréaliste dans les années 1930
  • Développe après 1945 ses figures filiformes caractéristiques (L'Homme qui marche)
  • Reçoit le Grand Prix de sculpture à la Biennale de Venise en 1962
  • Meurt en 1966 à Coire (Suisse) ; son œuvre figure sur l'ancien billet suisse de 100 francs

Œuvres & réalisations

Boule suspendue (1930-1931)

Sculpture surréaliste à mécanisme suspendu, jugée provocante et chargée de tension érotique. Elle assoit sa réputation auprès des surréalistes.

Le Palais à quatre heures du matin (1932)

Construction fragile en bois et fil de fer, comme une architecture de rêve. Une des œuvres majeures du surréalisme.

L'Homme qui marche (1947 puis 1960)

Figure filiforme en pleine marche, devenue l'emblème de l'art de Giacometti et de la condition humaine d'après-guerre.

L'Homme au doigt (1947)

Grande figure tendant le bras, l'une de ses sculptures les plus célèbres. Un bronze de cette œuvre a battu des records de vente.

La Place (City Square) (1948)

Petites figures dispersées sur un socle, évoquant la solitude des passants dans la ville moderne.

Femmes de Venise (1956)

Série de figures féminines hiératiques présentées à la Biennale de Venise. Variations sur un même thème modelé puis fondu.

Grande Femme debout (1960)

Série de figures monumentales et immobiles destinées à une place de New York. Contrepoint statique à L'Homme qui marche.

Caroline (portraits peints) (1961-1965)

Série de portraits peints aux lignes nerveuses, témoignant de sa quête obsessionnelle de la ressemblance.

Anecdotes

Giacometti grandit dans le petit village de Stampa, en Suisse italienne, dans une famille d'artistes : son père Giovanni était un peintre postimpressionniste reconnu. Enfant, Alberto réalisa sa première sculpture, un buste de son frère Diego, vers l'âge de 13 ans. Diego deviendra son assistant et son modèle pour toute la vie.

Dans les années 1930, Giacometti faisait partie du groupe surréaliste autour d'André Breton. Mais il fut exclu du mouvement en 1935 car il avait recommencé à travailler d'après modèle vivant, ce que les surréalistes jugeaient trop traditionnel.

Pendant des années, Giacometti fut hanté par un problème étrange : ses sculptures rétrécissaient sous ses doigts jusqu'à devenir minuscules, parfois pas plus grandes qu'une tête d'épingle. Il raconta qu'à la fin de la guerre, toutes ses figures de plusieurs mois de travail tenaient dans six boîtes d'allumettes.

En 1938, Giacometti fut renversé par une voiture place des Pyramides à Paris et se blessa au pied, ce qui le laissa boiteux toute sa vie. Il dit pourtant avoir éprouvé un curieux sentiment de joie, comme si quelque chose lui arrivait enfin.

Son atelier parisien de la rue Hippolyte-Maindron, qu'il occupa de 1926 à sa mort, mesurait à peine plus de 20 m². Minuscule, poussiéreux et encombré, il y vécut et travailla quarante ans, refusant de déménager même lorsqu'il devint célèbre et riche.

Sources primaires

Le Rêve, le Sphinx et la mort de T. (texte d'Alberto Giacometti, revue Labyrinthe) (1946)
Toutes mes figures s'obstinaient à se réduire à une petitesse vertigineuse. Une grande figure me semblait fausse et une petite intolérable, puis souvent elles devenaient si minuscules qu'avec un dernier coup de couteau elles disparaissaient dans la poussière.
Entretien avec Georges Charbonnier (Le Monologue du peintre) (1951)
Je ne sais pas si je travaille pour faire quelque chose ou pour savoir pourquoi je ne peux pas faire ce que je voudrais faire. C'est dans la ressemblance la plus exacte que se loge l'inconnu.
Jean-Paul Sartre, « La recherche de l'absolu », préface au catalogue de l'exposition Giacometti (galerie Pierre Matisse, New York) (1948)
À mi-chemin entre l'être et le néant, ses statues réinventent l'homme à distance. Giacometti sait que l'espace est un cancer de l'être, qui ronge tout.
James Lord, Un portrait de Giacometti (récit des séances de pose) (1965)
Il répétait sans cesse que c'était impossible, qu'il n'arriverait jamais à rendre ce qu'il voyait, et recommençait le visage encore et encore en effaçant ce qu'il venait de peindre.

Lieux clés

Stampa / Borgonovo (Val Bregaglia, Suisse)

Village natal de Giacometti dans une vallée alpine italophone. Il y revint régulièrement toute sa vie pour travailler dans l'atelier familial.

Atelier rue Hippolyte-Maindron, Paris (14e)

Atelier minuscule et encombré où il vécut et travailla de 1926 à 1966. Lieu mythique de l'art du XXe siècle.

Académie de la Grande Chaumière, Paris

École d'art de Montparnasse où il étudia la sculpture avec Antoine Bourdelle à partir de 1922.

Genève (Suisse)

Ville où il se réfugia pendant la Seconde Guerre mondiale, de 1941 à 1945. Il y rencontra Annette Arm, sa future épouse.

Coire (Chur, Suisse)

Ville des Grisons où Giacometti mourut le 11 janvier 1966. Il est enterré près de Stampa.

Voir aussi