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Le gebeta — le grand plateau d'injera partagé
À la table éthiopienne, et plus encore à la table impériale, on ne dresse pas des assiettes séparées en entrée-plat-dessert. On étale une vaste galette de teff, l'injera, sur un plateau commun (mesob d'osier tressé) : elle sert à la fois de nappe, d'assiette et de couvert. On y dépose en petites mares colorées les ragoûts (wat), les purées et les légumes. Chacun déchire un morceau d'injera de la main droite pour saisir une bouchée ; le geste d'amitié suprême est le gursha, porter soi-même la bouchée à la bouche de son convive. Le calendrier de l'Église orthodoxe Tewahedo rythme tout : près de deux cents jours de jeûne (tsom) sans viande ni produits animaux alternent avec les jours de fête où le doro wat trône au centre. Le repas s'achève souvent par la cérémonie du café (buna), trois tournées rituelles.
Signature : Le berbéré et le niter kibbeh
Deux âmes de la cuisine éthiopienne. Le berbéré est un mélange d'épices rouge feu (piment séché, fenugrec, cardamome korarima, ajowan, clou de girofle, gingembre, ail) ; le niter kibbeh est un beurre clarifié parfumé d'épices et d'herbes. Ensemble ils donnent aux wat impériaux leur couleur profonde, leur chaleur et leur parfum reconnaissable entre tous.

Haile Selassie à table

1892 — 1975

5 recettes d’époque