Henry Drewal(1943 — ?)

Henry John Drewal

États-Unis

6 min de lecture

Arts visuelsCultureLettresXXe siècleSeconde moitié du XXe siècle et début du XXIe siècle, période de structuration des études sur les arts africains et de leur reconnaissance dans les musées et universités occidentales.

Henry John Drewal est un historien de l'art américain, spécialiste reconnu des arts de l'Afrique et de la diaspora africaine, en particulier de l'art yoruba. Professeur à l'université du Wisconsin-Madison, il a profondément renouvelé l'étude des cultures visuelles africaines.

Questions fréquentes

Ce qu'il faut retenir, c'est que Henry John Drewal est un historien de l'art américain né en 1943 qui a révolutionné notre compréhension des arts d'Afrique et de la diaspora. Spécialiste de l'art yoruba, il a passé des années sur le terrain au Nigeria, apprenant la langue et participant aux rituels. Ce qui rend son travail décisif, c'est qu'il a imposé l'idée que les œuvres africaines ne sont pas de simples objets exotiques, mais des créations aussi complexes et anciennes que l'art européen. Il a formé des générations d'étudiants à l'université du Wisconsin-Madison et a organisé des expositions majeures qui ont fait entrer ces arts dans les grands musées.

Faits marquants

  • Spécialiste de l'art yoruba (Afrique de l'Ouest, notamment Nigeria et Bénin)
  • Professeur d'histoire de l'art africain à l'université du Wisconsin-Madison
  • Auteur de travaux majeurs sur le culte de Mami Wata et les divinités aquatiques de la diaspora africaine
  • A développé le concept de « sensiotics », approche de l'art mobilisant l'ensemble des sens
  • Figure centrale des études sur les arts de l'Afrique et de sa diaspora à la fin du XXe siècle

Œuvres & réalisations

Gelede: Art and Female Power among the Yoruba (1983)

Étude de référence, coécrite avec Margaret Thompson Drewal, sur le spectacle masqué Gelede et le pouvoir des femmes dans la société yoruba.

Yoruba: Nine Centuries of African Art and Thought (1989)

Exposition et catalogue majeurs retraçant neuf siècles de création yoruba, qui ont marqué la reconnaissance de cet art dans les grands musées.

Mami Wata: Arts for Water Spirits in Africa and Its Diasporas (2008)

Livre et exposition explorant la figure de l'esprit de l'eau Mami Wata et son voyage entre l'Afrique et les Amériques.

Concept de « sensiotics » (2005)

Approche théorique proposant d'étudier l'art comme une expérience multisensorielle et incarnée, et non purement visuelle.

Carrière d'enseignant à Madison (1991-2010s)

Formation de plusieurs générations d'historiens de l'art africain, contribuant à institutionnaliser cette discipline aux États-Unis.

Anecdotes

Pour comprendre l'art yoruba, Henry Drewal ne s'est pas contenté de lire des livres : il est parti vivre au Nigeria au début des années 1970 et a appris la langue yoruba pour discuter directement avec les sculpteurs et les prêtres. Il dit souvent qu'un masque ne se comprend que lorsqu'on l'a vu danser, accompagné de tambours, de chants et de la foule.

Avec son épouse Margaret Thompson Drewal, il a étudié la fête Gelede, où des hommes portent des masques colorés pour honorer la puissance des « mères », les femmes âgées que les Yoruba considèrent comme détentrices d'un grand pouvoir spirituel. Leur livre commun de 1983 reste une référence mondiale sur ce sujet.

Drewal a inventé le mot « sensiotics » pour défendre une idée simple mais nouvelle : on ne regarde pas seulement une œuvre africaine avec les yeux, on la vit avec tout le corps — l'odeur de l'encens, le son des tambours, le contact des matières. Il invite à étudier l'art avec les cinq sens, pas seulement la vue.

Il a consacré des années à la figure de Mami Wata, esprit de l'eau mi-femme mi-poisson, vénéré en Afrique de l'Ouest et jusque dans les Amériques. En 2008, il a monté une grande exposition itinérante montrant comment cette image a voyagé à travers l'océan avec la diaspora africaine.

Devenu professeur à l'université du Wisconsin-Madison, Drewal a formé des dizaines d'étudiants en histoire de l'art africain et a aidé à faire reconnaître ces arts comme dignes d'être étudiés dans les universités et exposés dans les grands musées, au même titre que l'art européen.

Sources primaires

Gelede: Art and Female Power among the Yoruba (H. J. Drewal & M. T. Drewal) (1983)
L'ouvrage présente le spectacle Gelede comme un hommage public à l'« awon iya wa » (« nos mères »), associant masques sculptés, danse et chant pour honorer le pouvoir spirituel des femmes chez les Yoruba.
Yoruba: Nine Centuries of African Art and Thought (Drewal, Pemberton, Abiodun) (1989)
Catalogue d'exposition retraçant neuf siècles de création yoruba, des bronzes d'Ife aux objets rituels, afin de montrer la profondeur historique et la cohérence d'une tradition artistique africaine.
Mami Wata: Arts for Water Spirits in Africa and Its Diasporas (2008)
L'étude suit l'image de Mami Wata, esprit aquatique, depuis l'Afrique de l'Ouest jusqu'aux Amériques, en montrant comment les peuples de la diaspora ont réinventé cette figure au fil des migrations.
« Senses in Understandings of Art » (article sur la sensiotics) (2005)
Drewal y propose d'étudier l'art comme une expérience multisensorielle et incarnée, refusant de réduire les œuvres à leur seule apparence visuelle.

Lieux clés

Université Columbia, New York

Université où Drewal a effectué ses études supérieures et obtenu son doctorat en histoire de l'art au début des années 1970.

Pays yoruba (Nigeria)

Région du sud-ouest du Nigeria où Drewal a mené de longues enquêtes de terrain sur les masques, les fêtes et les rituels yoruba.

Université du Wisconsin-Madison

Université où Drewal a enseigné comme professeur titulaire de la chaire Evjue-Bascom et formé de nombreux spécialistes des arts africains.

Fowler Museum, UCLA (Los Angeles)

Musée d'art mondial où a été inaugurée en 2008 la grande exposition itinérante *Mami Wata* organisée par Drewal.

Ife (Nigeria)

Ville sacrée des Yoruba, célèbre pour ses têtes de bronze médiévales, au cœur des recherches de Drewal sur l'histoire longue de l'art yoruba.

Voir aussi