Féministe et écrivaine japonaise (1886-1971), fondatrice de la revue littéraire Seitō (« Bluestocking ») en 1911. Elle fut une figure centrale du mouvement des droits des femmes au Japon et milita toute sa vie pour l'égalité et le pacifisme.
Hiratsuka Raichō
Hiratsuka Raichō
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Questions fréquentes
Citations célèbres
« À l'origine, la femme était le soleil. Une personne authentique. Aujourd'hui, la femme est la lune.»
Faits marquants
- 1911 : fonde la revue littéraire et féministe Seitō avec d'autres écrivaines
- 1920 : cofonde la Nouvelle Association des femmes (Shin Fujin Kyōkai) pour obtenir des droits politiques
- 1921 : obtient l'abrogation de l'article 5 de la loi sur la police qui interdisait aux femmes de participer à des réunions politiques
- 1955 : s'engage dans le mouvement pour la paix et contre les armes nucléaires
- 1971 : décède à Tokyo à 85 ans, reconnue comme pionnière du féminisme japonais
Œuvres & réalisations
Revue fondée et dirigée par Raichō, premier espace d'expression pour les femmes écrivaines japonaises. Elle abordait des sujets tabous (sexualité, avortement, droits civiques) et fut plusieurs fois censurée, devenant le symbole fondateur du féminisme japonais moderne.
Ce court manifeste, écrit pour le premier numéro de Seitō, est considéré comme la déclaration fondatrice du féminisme japonais. Sa phrase d'ouverture reste l'une des plus citées de toute l'histoire des droits des femmes en Asie.
Série d'articles et de lettres ouvertes dans lesquels Raichō défendit l'idée que l'État devait protéger et financer la maternité pour que les femmes soient réellement libres. Ce débat avec Yosano Akiko reste une référence incontournable du féminisme nippon.
Organisation militante co-fondée avec Ichikawa Fusae, dont l'action aboutit à la révision partielle de l'article 5 en 1922. Ce fut la première victoire législative concrète du mouvement des droits des femmes au Japon.
Après la guerre, Raichō articula féminisme et pacifisme dans un engagement commun contre le réarmement japonais et les essais nucléaires. Sa démarche influença durablement la façon dont le mouvement des femmes au Japon pensa la question de la paix.
Autobiographie publiée l'année de sa mort, dans laquelle Raichō retrace soixante ans d'engagement féministe et pacifiste. Ouvrage de référence pour comprendre l'histoire du mouvement des droits des femmes au Japon du XXe siècle.
Anecdotes
En septembre 1911, Hiratsuka Raichō ouvrit le premier numéro de la revue Seitō par une déclaration retentissante : « En l'origine, la femme était le soleil. Elle était un être humain authentique. Aujourd'hui, la femme est la lune — vivant par les autres, brillant de la lumière des autres. » Écrite par une jeune femme de 25 ans, cette phrase provoqua un choc dans la société japonaise encore très conservatrice et reste l'une des déclarations féministes les plus citées de l'histoire du Japon.
Hiratsuka choisit le pseudonyme « Raichō », qui signifie « oiseau tonnerre » — terme japonais désignant le lagopède, un oiseau des montagnes symbole de liberté. Elle abandonna son prénom officiel Haru pour affirmer une identité nouvelle, indépendante de celle que la société lui imposait. Ce geste symbolique illustrait sa conviction profonde que les femmes devaient se définir elles-mêmes plutôt que d'être définies par les autres.
En 1908, alors étudiante, Hiratsuka fut impliquée dans un scandale public : elle et un écrivain marié, Morita Sōhei, avaient tenté de mettre fin à leurs jours ensemble dans la station thermale de Shiobara, sans y parvenir. La presse s'empara de l'affaire et en fit une sensation nationale. Loin d'être détruite par ce scandale, Raichō l'utilisa comme point de départ de sa réflexion sur la condition imposée aux femmes japonaises.
La revue Seitō fut rapidement dans le collimateur des autorités : plusieurs numéros furent saisis et interdits car ils abordaient des sujets jugés scandaleux comme l'avortement, la prostitution ou l'amour libre. Loin de se décourager, Raichō et ses collaboratrices continuèrent à publier jusqu'en 1916, faisant de Seitō un symbole de résistance intellectuelle féminine, dont certains exemplaires circulaient sous le manteau.
Après la Seconde Guerre mondiale, Hiratsuka Raichō devint une ardente militante pacifiste et s'opposa notamment aux essais nucléaires américains dans le Pacifique. À plus de 70 ans, elle continuait à marcher dans les manifestations pour la paix et co-fonda en 1953 la Fédération des femmes du Japon, illustrant une remarquable cohérence entre ses idéaux de jeunesse et ses engagements de vieillesse.
Sources primaires
元始、女性は太陽であった。真正の人であった。今、女性は月である。他によって生き、他の光によって輝く、病人のような蒼白い顔の月である。— « En l'origine, la femme était le soleil. Elle était un être humain authentique. Aujourd'hui, la femme est la lune. Vivant par les autres, brillant de la lumière des autres, elle est la lune au visage blême d'une malade. »
Raichō y retrace son parcours de la fondation de Seitō à son engagement pacifiste, affirmant que la libération des femmes est indissociable d'un idéal de paix universelle et que chaque femme doit retrouver en elle-même le soleil qu'elle était à l'origine.
Raichō y défend que l'État a le devoir de protéger et de financer la maternité, car une femme qui ne peut subvenir à ses besoins ne peut être véritablement libre. Ce débat public avec la poétesse Yosano Akiko, qui défendait l'indépendance économique individuelle, reste une référence du féminisme japonais.
Raichō y affirme que la « Nouvelle Femme » japonaise n'imite pas l'Occident, mais développe une conscience de soi authentique fondée sur sa propre expérience. Elle appelle les femmes à ne pas se définir par le regard des hommes ni par les idéaux imposés par l'État.
Lieux clés
Hiratsuka Raichō naquit en 1886 dans le quartier d'Akasaka à Tokyo, dans une famille de fonctionnaires aisés de l'ère Meiji. La capitale en pleine modernisation fut le cadre de son enfance, de sa formation intellectuelle et de la fondation de Seitō.
Raichō y fit ses études supérieures, découvrant la littérature, la philosophie et les idées féministes occidentales. C'est dans ce cadre éducatif avant-gardiste pour l'époque qu'elle forma sa conscience et noua les premières relations intellectuelles qui mèneraient à la création de Seitō.
Cette station thermale de la montagne fut le théâtre en 1908 de la tentative de suicide de Raichō avec l'écrivain Morita Sōhei. L'affaire, étalée dans la presse nationale, marqua durablement la vie publique de Raichō et nourrit sa réflexion sur les contraintes imposées aux femmes.
Raichō s'installa à Kamakura avec son compagnon puis époux, le peintre Okumura Hiroshi, et y vécut la majeure partie de sa vie d'adulte. Cette ville côtière, refuge de nombreux artistes et intellectuels, fut le cadre de son engagement pacifiste après 1945.
C'est à Tokyo que Raichō co-fonda en 1920, avec Ichikawa Fusae, cette organisation militante dont l'action directe aboutit en 1922 à la première révision législative favorable aux droits politiques des femmes japonaises.
Objets typiques

Outils d'écriture traditionnels japonais maîtrisés depuis l'enfance. La femme assise à sa table, écrivant librement, était en soi une image subversive dans le Japon de l'ère Meiji où les femmes étaient censées consacrer leur énergie au foyer et non à la littérature.

Les fascicules de la revue qu'elle fonda et dirigea de 1911 à 1916 constituent son œuvre la plus emblématique. Plusieurs numéros, saisis par la censure, circulaient clandestinement, transformant ces petits cahiers imprimés en véritables actes de résistance politique.

Raichō fut profondément marquée par ses lectures de Schopenhauer, Nietzsche et de la féministe suédoise Ellen Key, dont elle découvrit les œuvres à l'université. Ces livres importés nourrirent sa conviction que les femmes devaient développer une identité propre, libérée des attentes sociales.

Raichō entretenait une correspondance active avec les contributrices de Seitō et d'autres intellectuelles japonaises. Ses lettres ouvertes publiées dans la revue — notamment le grand débat avec Yosano Akiko — constituèrent des documents fondateurs du féminisme nippon.

Les femmes de la mouvance « Nouvelle Femme » adoptaient parfois la robe occidentale comme symbole d'émancipation, à une époque où le kimono traditionnel pouvait symboliser les contraintes imposées à la femme. Le choix vestimentaire était lui-même un acte politique débattu dans les pages de Seitō.

Meuble central de son quotidien d'intellectuelle, où elle rédigeait articles, correspondances et textes de Seitō. Que ce soit dans sa maison tokyoïte ou plus tard à Kamakura, l'espace de travail personnel qu'elle préservait était l'affirmation concrète de son indépendance.
Programmes scolaires
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Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
Raichō se levait tôt, suivant les habitudes de la vie japonaise traditionnelle. Dans les années de Seitō (1911-1916), ses matinées étaient souvent consacrées à la rédaction d'articles ou à la relecture des textes envoyés par les contributrices. Elle commençait parfois par un moment de lecture philosophique, héritage de sa formation universitaire.
Après-midi
Les après-midi étaient dédiées aux réunions du cercle Seitō, aux visites d'écrivaines et d'intellectuelles, ou aux démarches liées à la publication de la revue. Raichō recevait aussi de jeunes femmes qui venaient la consulter sur leurs textes ou leurs engagements, faisant de son domicile un véritable salon littéraire féministe informel.
Soir
Le soir, elle retrouvait son compagnon Okumura Hiroshi, peintre plus jeune qu'elle avec qui elle vécut en union libre pendant de nombreuses années avant de se marier officiellement. Leur vie commune délibérément non conventionnelle était elle-même un manifeste vivant : une femme indépendante choisissant librement son mode de vie.
Alimentation
L'alimentation de Raichō suivait les habitudes japonaises de son époque : riz, soupe miso, légumes de saison, poisson, tofu. Avec la modernisation de l'ère Meiji, certains aliments occidentaux (pain, produits laitiers) faisaient leur apparition dans les foyers des classes moyennes éduquées, mais la cuisine restait fondamentalement japonaise.
Vêtements
Dans sa jeunesse, Raichō portait le kimono, vêtement universel des femmes japonaises de l'époque. À mesure de son engagement, elle adopta parfois des éléments de la mode occidentale — symbole d'une modernité revendiquée — et ses contemporaines de Seitō débattirent du sens politique de ces choix vestimentaires dans les pages mêmes de la revue.
Habitat
Raichō vécut dans des maisons japonaises traditionnelles (bois, tatamis, jardins), d'abord à Tokyo puis à Kamakura. Son intérieur reflétait le mélange de tradition et de modernité propre aux intellectuels de l'ère Taishō : des livres partout, quelques meubles et objets occidentaux, mais une architecture et une esthétique résolument japonaises.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Seitō (青鞜, « Bluestocking »), revue littéraire
1911-1916
Éditorial d'ouverture de Seitō — « En l'origine, la femme était le soleil »
Septembre 1911
Débat sur la protection de la maternité (Bosei hogo ronsō)
1918-1919
Co-fondation de la Nouvelle Association des Femmes (Shin Fujin Kyōkai)
1920
Engagement pacifiste et co-fondation de la Fédération des femmes du Japon
1953
Genshi, josei wa taiyō de atta (元始、女性は太陽であった) — autobiographie
1971






