Mère Jones

Mary Harris Jones

10 min de lecture

SociétéPolitiqueXIXe siècleÈre de l'industrialisation américaine, des Gilded Age et des premières grandes luttes ouvrières (fin XIXe – début XXe siècle)

Surnommée « Mère Jones », Mary Harris Jones fut l'une des militantes syndicales les plus redoutables des États-Unis. Organisatrice pour les mineurs de charbon et les ouvriers du textile, elle lutta toute sa vie contre l'exploitation des travailleurs et le travail des enfants.

Questions fréquentes

Ce qu'il faut retenir, c'est que Mary Harris Jones (vers 1837–1930), plus connue sous le nom de Mother Jones, fut l'une des organisatrices syndicales les plus influentes des États-Unis à l'époque de l'industrialisation sauvage. Après avoir perdu son mari et ses quatre enfants lors de l'épidémie de fièvre jaune de 1867 à Memphis, elle se consacra entièrement à la défense des travailleurs, notamment les mineurs de charbon et les ouvriers du textile. Contrairement à beaucoup de militants de son temps, elle n'était pas une intellectuelle mais une femme de terrain, parcourant sans relâche les bassins miniers des Appalaches pour recruter des syndiqués. Son surnom de « mère » n'était pas une simple formule : elle incarnait une figure maternelle protectrice pour des milliers d'ouvriers exploités.

Citations célèbres

« Pray for the dead and fight like hell for the living.»
« I'm not a humanitarian, I'm a hell-raiser.»

Faits marquants

  • 1837 : naissance à Cork, Irlande
  • 1867 : perd son mari et ses quatre enfants lors d'une épidémie de fièvre jaune à Memphis
  • 1877 : s'implique activement dans le mouvement ouvrier après la grande grève des chemins de fer
  • 1903 : organise la « Marche des enfants » de Philadelphie à Washington pour dénoncer le travail des enfants
  • 1930 : décès à l'âge de 93 ans, après une vie entière de militantisme

Œuvres & réalisations

Organisation des mineurs de l'United Mine Workers of America (UMWA) (1897-1920)

Pendant plus de deux décennies, Mary Jones parcourut les bassins houillers des Appalaches pour recruter des mineurs dans le syndicat UMWA. Son travail d'organisation contribua directement à la reconnaissance du droit syndical dans les mines américaines et à l'amélioration des conditions de travail.

La Marche des enfants des filatures (Children's Crusade) (1903)

Mary Jones organisa une marche de plusieurs centaines d'enfants ouvriers de Philadelphie jusqu'à la résidence présidentielle d'Oyster Bay, sur près de 200 kilomètres. Cette action spectaculaire choqua l'opinion publique américaine et alimenta le mouvement législatif pour l'abolition du travail des enfants.

Participation à la fondation des Industrial Workers of the World (IWW) (1905)

Mary Jones fut l'une des figures présentes à la convention fondatrice des IWW à Chicago, syndicat révolutionnaire prônant l'organisation de tous les travailleurs sans distinction de métier, de race ou de nationalité.

Mobilisation lors de la grande grève de l'anthracite (1902)

Lors de la grève de 140 000 mineurs en Pennsylvanie, Mary Jones organisa les femmes et les familles des grévistes pour maintenir la pression sur les compagnies. La grève aboutit à une commission d'arbitrage présidentielle, première intervention fédérale dans un conflit du travail américain.

The Autobiography of Mother Jones (1925)

Dictée à Mary Field Parton, cette autobiographie retrace les grandes batailles ouvrières auxquelles Mary Jones participa depuis la Reconstruction jusqu'aux années 1920. Ouvrage fondateur de la mémoire du mouvement ouvrier américain, il reste disponible en édition moderne.

Témoignages devant le Congrès américain et les commissions d'enquête fédérales (1900-1915)

Mary Jones témoigna à plusieurs reprises devant des commissions du Congrès sur le travail des enfants, les conditions dans les mines et la violence patronale. Ses dépositions contribuèrent à sensibiliser les législateurs aux conditions réelles de vie des travailleurs industriels.

Anecdotes

En 1867, une épidémie de fièvre jaune ravage Memphis, dans le Tennessee, emportant le mari de Mary et ses quatre enfants en l'espace de quelques semaines. Loin de se laisser briser, elle resta en ville pour soigner les malades avant de repartir reconstruire sa vie. Cette tragédie personnelle forgea en elle une détermination absolue à lutter contre la misère des travailleurs.

En 1903, Mary Jones organisa la célèbre « Marche des enfants des filatures » : elle mena des centaines d'enfants ouvriers de Philadelphie jusqu'à Oyster Bay (New York), résidence estivale du président Theodore Roosevelt, pour lui montrer leurs corps mutilés par les machines. Roosevelt refusa de les recevoir, mais l'événement choqua l'opinion publique et contribua au débat national sur l'abolition du travail des enfants.

Lors de la grande grève des mines de Virginie-Occidentale en 1912, Mary Jones fut arrêtée et traduite devant un tribunal militaire alors qu'elle avait plus de 75 ans. Un procureur de l'État la qualifia de « femme la plus dangereuse d'Amérique », titre qu'elle porta avec fierté pour le reste de sa vie.

Mary Jones portait invariablement une longue robe noire de grand-mère et un bonnet de dentelle, tenue délibérément choisie pour déstabiliser ses adversaires. Elle expliquait que l'apparence d'une vieille dame inoffensive lui permettait de pénétrer dans les camps miniers sous surveillance armée sans éveiller les soupçons des gardes des compagnies.

Lors du massacre de Ludlow en avril 1914, où des soldats et des gardes de la compagnie Rockefeller massacrèrent des familles de grévistes dans un camp de tentes au Colorado, Mary Jones, alors âgée d'environ 77 ans, parcourut le pays pour témoigner et alerter l'opinion publique. Son témoignage devant le Congrès américain contribua à mettre en lumière la violence patronale exercée contre les ouvriers et leurs familles.

Sources primaires

The Autobiography of Mother Jones (1925)
I am not afraid of the pen, or the scaffold, or the sword. I will tell the truth wherever I please.
Témoignage de Mary Jones devant la Commission sur les relations industrielles (U.S. Commission on Industrial Relations) (1915)
I have been in jail more than once and I expect to go again. If you ought to be there it is all right to go.
Discours attribué à Mary Jones lors de la grève des mineurs de charbon anthracite de Pennsylvanie (1902)
Pray for the dead and fight like hell for the living.
Lettre de Mary Jones adressée au président Theodore Roosevelt à l'occasion de la Marche des enfants des filatures (1903)
The children ask, Mr. President, that they be not compelled to work in the mills and factories of Philadelphia until they are fifteen years of age.

Lieux clés

Cork, Irlande

Ville natale présumée de Mary Harris, vers 1837, dans une famille de paysans irlandais catholiques. L'Irlande de la Grande Famine forgea sa compréhension profonde de la pauvreté et de l'oppression des classes populaires.

Memphis, Tennessee, États-Unis

Ville où Mary Jones perdit son mari George Jones et ses quatre enfants lors de l'épidémie de fièvre jaune de 1867. Ce deuil tragique fut le point de basculement de sa vie vers le militantisme ouvrier à plein temps.

Chicago, Illinois, États-Unis

Ville où Mary Jones dirigea son atelier de couture avant le Grand Incendie de 1871. Chicago était le cœur de l'industrialisation américaine et le foyer principal du mouvement syndical naissant, notamment des Chevaliers du Travail.

Bassins houillers de Pennsylvanie (région de Scranton–Wilkes-Barre)

Cœur de l'industrie du charbon anthracite où Mary Jones organisa des dizaines de grèves et de marches à partir des années 1890. C'est ici qu'elle acquit sa réputation nationale de militante ouvrière redoutable.

Ludlow, Colorado, États-Unis

Site du massacre de Ludlow (20 avril 1914), où des mineurs en grève et leurs familles furent tués par la garde nationale financée par la famille Rockefeller. Mary Jones témoigna de cette tragédie devant le Congrès américain.

Mount Olive, Illinois, États-Unis

Lieu de sépulture de Mary Jones, dans le cimetière syndical des mineurs (Union Miners Cemetery), aux côtés des victimes de la grève de Virden de 1898. Elle avait elle-même demandé à y être enterrée, parmi « ses hommes ».

Voir aussi