Michelangelo Antonioni(1912 — 2007)

Michelangelo Antonioni

Italie, royaume d'Italie

7 min de lecture

SpectacleArts visuelsRéalisateur/triceXXe siècleItalie du XXe siècle, du néoréalisme d'après-guerre au cinéma moderne européen des années 1960-1970

Cinéaste italien majeur de l'après-guerre, Michelangelo Antonioni (1912-2007) a renouvelé le langage cinématographique en explorant l'incommunicabilité et le vide existentiel de la modernité. Ses films marquent une rupture avec le récit classique au profit du temps mort et de la composition plastique.

Faits marquants

  • Né en 1912 à Ferrare (Italie), mort en 2007 à Rome
  • Réalise L'Avventura en 1960, hué puis primé au Festival de Cannes, manifeste d'un nouveau langage cinématographique
  • Compose la 'trilogie de l'incommunicabilité' avec L'Avventura (1960), La Nuit (1961) et L'Éclipse (1962)
  • Tourne Blow-Up en 1966, Palme d'or à Cannes en 1967, son premier film en anglais
  • Reçoit un Oscar d'honneur pour l'ensemble de sa carrière en 1995

Œuvres & réalisations

Chronique d'un amour (Cronaca di un amore) (1950)

Premier long métrage de fiction d'Antonioni, déjà centré sur un couple et le malaise des sentiments dans la bourgeoisie moderne.

L'Avventura (1960)

Sifflé puis primé à Cannes, ce film sur une disparition jamais élucidée ouvre la « trilogie de l'incommunicabilité » et révèle l'actrice Monica Vitti.

La Nuit (La Notte) (1961)

Deuxième volet de la trilogie, il suit un couple en crise au fil d'une seule nuit milanaise. Ours d'or à Berlin.

L'Éclipse (L'Eclisse) (1962)

Conclusion de la trilogie, célèbre pour sa séquence finale presque sans personnages, pur portrait du vide de la ville moderne.

Le Désert rouge (Il deserto rosso) (1964)

Premier film en couleurs d'Antonioni, où la peinture des décors traduit l'angoisse face au monde industriel. Lion d'or à Venise.

Blow-Up (1966)

Tourné à Londres, ce film sur un photographe et un meurtre incertain remporte la Palme d'or à Cannes en 1967 et devient culte.

Zabriskie Point (1970)

Tourné aux États-Unis, ce film sur la jeunesse contestataire et la société de consommation marque sa période américaine.

Profession : reporter (Professione: reporter) (1975)

Avec Jack Nicholson, l'histoire d'un journaliste qui échange son identité avec un mort ; sommet de son cinéma de l'errance et du doute.

Anecdotes

À Cannes en 1960, la projection de « L'Avventura » tourne au scandale : le public siffle et hue ce film où une jeune femme disparaît sans qu'on la retrouve jamais et sans que le mystère soit résolu. Quelques mois plus tard, le même film est salué comme un chef-d'œuvre, et un groupe de cinéastes signe un texte pour défendre Antonioni. Le jury lui décerne finalement un Prix spécial.

En 1966, Antonioni tourne « Blow-Up » à Londres, en pleine époque des Beatles et de la mode « swinging ». L'histoire d'un photographe qui croit avoir capté un meurtre sur une de ses photos fascine le monde entier, et le film remporte la Palme d'or à Cannes en 1967. C'est l'un de ses rares films en anglais.

En 1985, un accident vasculaire cérébral le laisse en partie paralysé et incapable de parler. Pourtant, il continue à réaliser des films en se faisant aider, désignant ses choix par gestes et par dessins. Il coréalise ainsi « Par-delà les nuages » en 1995 avec le cinéaste allemand Wim Wenders.

En 1995, à plus de 80 ans, il reçoit un Oscar d'honneur pour l'ensemble de sa carrière, remis par l'acteur Jack Nicholson. Une anecdote frappante : la statuette fut un temps volée puis retrouvée. Antonioni, qui ne pouvait plus parler, accepta le prix sans un mot, debout aux côtés de sa femme.

Antonioni est mort le 30 juillet 2007, le même jour qu'un autre géant du cinéma européen, le Suédois Ingmar Bergman. La coïncidence frappa le monde du cinéma : deux maîtres de la modernité, qui avaient marqué les années 1960, disparaissaient en quelques heures d'intervalle.

Sources primaires

Déclaration sur « L'Avventura », distribuée au Festival de Cannes (1960)
Aujourd'hui le monde est dominé par une morale rigide que nous savons archaïque et pourtant nous la respectons. L'homme moderne porte ce poids d'une morale qu'il n'a plus la force de soutenir.
Entretien d'Antonioni sur sa méthode de travail (1961)
Je commence un film sans savoir exactement comment je vais le développer. Je ne supporte pas l'idée d'avoir tout prévu à l'avance ; je veux laisser une place à ce que la réalité m'apporte pendant le tournage.
« Quel bowling sul Tevere » (Ce bowling sur le Tibre), recueil de récits et projets de films (1983)
Toutes ces histoires ne sont que des points de départ ; ce sont des images surgies un jour et que je n'ai pas réalisées, mais qui contiennent déjà la matière d'un film.
Propos d'Antonioni sur la couleur dans « Le Désert rouge » (1964)
J'ai voulu peindre le film comme on peint un tableau. J'ai même fait repeindre les arbres, l'herbe et la rue pour obtenir exactement les couleurs qui exprimaient l'état d'âme de mon personnage.

Lieux clés

Ferrare

Ville de la plaine du Pô où naît Antonioni en 1912. Ses brumes et ses rues désertes marqueront durablement son goût pour les paysages vides et silencieux.

Université de Bologne

Antonioni y étudie les sciences économiques et commerciales avant de se tourner vers le cinéma et la critique de films.

Rome

Capitale italienne où se concentre l'industrie du cinéma autour des studios de Cinecittà. Antonioni y travaille la majeure partie de sa carrière et y meurt en 2007.

Festival de Cannes

Lieu du scandale de « L'Avventura » en 1960, puis du triomphe de « Blow-Up », Palme d'or en 1967.

Londres

Décor de « Blow-Up » (1966), film qui saisit l'effervescence de la jeunesse et de la mode britanniques des années 1960.

Vallée de la Mort (Zabriskie Point)

Désert de Californie qui donne son titre à « Zabriskie Point » (1970), film d'Antonioni sur la jeunesse contestataire américaine.

Voir aussi