Oni
Oni
Les Oni sont des créatures démoniaques du folklore japonais, représentés comme des ogres géants aux cornes, armés de massues de fer (kanabō). Associés à l'enfer bouddhiste (Jigoku), ils servent de bourreaux chargés de châtier les âmes des défunts.
Faits marquants
- Les Oni apparaissent dans des textes japonais dès le VIIIe siècle, notamment dans le Nihon Shoki et le Kojiki
- Ils sont classiquement représentés rouges ou bleus, avec des cornes et une massue de fer (kanabō)
- Associés au bouddhisme, ils servent de gardiens et bourreaux dans l'enfer japonais (Jigoku) sous les ordres du roi Enma
- La fête de Setsubun (fête du printemps) comprend un rituel de chasse aux Oni : on leur lance des fèves en criant 'Oni wa soto !' (Démons dehors !)
- Les Oni influencent de nombreux arts médiévaux japonais : théâtre Nô, peintures bouddhistes, contes populaires (comme Momotarō)
Œuvres & réalisations
Ce rouleau peint d'une beauté terrifiante représente les huit grands enfers bouddhistes et les Oni qui les peuplent. Chef-d'œuvre de la peinture de la période Heian tardive, il est conservé au Musée national de Tokyo et au Musée national de Nara.
Cette cérémonie de purification, ancêtre du Setsubun, réunissait des officiants masqués chassant symboliquement les Oni hors de l'espace sacré. Sa codification à la cour de Heian témoigne de l'importance des Oni dans la vie religieuse médiévale.
Ce rouleau narratif raconte la légende de Shuten-dōji et de la victoire du héros Minamoto no Raikō sur le roi des Oni. C'est l'une des œuvres fondatrices du genre 'oni-mono' (récits de démons) dans la littérature japonaise classique.
Le théâtre Nō, codifié par Zeami Motokiyo, mit en scène de nombreux Oni transformés ou en quête de rédemption. Ces pièces révèlent la complexité philosophique du rapport japonais aux démons : êtres de terreur mais aussi âmes souffrantes.
Les nombreuses versions illustrées de ce recueil de contes diffusèrent les représentations visuelles canoniques des Oni — cornes, massue, peau de tigre — dans tout le Japon et auprès de toutes les classes sociales.
Les masques sculptés en bois laqué représentant des Oni (hannya pour les femmes jalouses métamorphosées, shikami ou ko-tobide pour les démons masculins) constituent des œuvres d'art majeures qui codifièrent durablement l'apparence des Oni dans l'imaginaire japonais.
Anecdotes
Chaque année au Japon, lors de la fête de Setsubun (début février), les familles lancent des haricots grillés (fèves de soja) en criant « Oni wa soto ! Fuku wa uchi ! » (Dehors les démons ! Entrez le bonheur !). Ce rituel de purification, codifié à l'époque Heian, est encore pratiqué aujourd'hui dans tout l'archipel.
Dans les représentations bouddhistes japonaises, les Oni servent directement le roi des enfers, Emma-ō (l'équivalent japonais du dieu indien Yama). Ils pèsent les âmes des défunts sur une balance, consultant un grand miroir qui révèle tous les péchés commis durant la vie — aucune faute ne pouvait leur échapper.
Les Oni se déclinent en plusieurs couleurs, chacune symbolisant un type de faute humaine : le rouge (aka-oni) représente la cupidité, le bleu (ao-oni) la colère, le jaune la tromperie. Cette codification chromatique reflète l'influence profonde du bouddhisme tantrique sur l'imaginaire japonais médiéval.
La légende de Shuten-dōji, le roi des Oni installé sur le mont Ōe près de Kyoto, est l'une des plus célèbres du Japon médiéval. Ce géant rouge, amateur de saké et d'enlèvements, fut finalement tué par le guerrier Minamoto no Raikō grâce à un stratagème : lui offrir du saké empoisonné déguisé en boisson divine. L'histoire illustre comment l'intelligence humaine peut triompher de la force brute démoniaque.
Contrairement à leur image terrifiante, certaines traditions bouddhistes présentent des Oni convertis au bouddhisme devenus protecteurs des temples. La figure de Raijin, dieu du tonnerre souvent représenté comme un Oni, incarne cette ambivalence : être à la fois source de terreur et gardien de l'ordre cosmique.
Sources primaires
Des récits de démons (oni) châtiant les pêcheurs dans l'au-delà bouddhiste apparaissent dès ce recueil, le plus ancien de contes bouddhistes japonais. Le moine Kyōkai y décrit des créatures servant de bourreaux dans le royaume des morts.
Ce vaste recueil de contes rapporte de nombreuses rencontres entre humains et Oni, notamment à Kyoto. Les Oni y enlèvent des voyageurs imprudents la nuit, et certaines histoires décrivent leur organisation hiérarchique sous l'autorité d'Emma-ō.
Ce rouleau illustré représente avec une précision terrifiante les différents cercles de l'enfer bouddhiste (Jigoku) et les Oni qui y sévissent, armés de leurs kanabō, contraignant les âmes à subir divers supplices selon leurs péchés.
Ce texte illustré raconte la légende de Shuten-dōji, roi des Oni du mont Ōe, sa cour démoniaque et l'expédition du guerrier Minamoto no Raikō pour délivrer les nobles femmes enlevées. Il constitue l'une des sources narratives les plus complètes sur la mythologie des Oni.
L'essayiste Kenkō mentionne les croyances populaires liées aux Oni et aux esprits mauvais, reflétant leur place centrale dans la cosmologie religieuse japonaise de l'époque Kamakura.
Lieux clés
Repaire légendaire de Shuten-dōji, le plus célèbre roi des Oni japonais, ce massif montagneux était réputé inaccessible et peuplé de démons. La légende de sa conquête par Minamoto no Raikō en fit un haut lieu de la mythologie héroïque japonaise.
Cette porte monumentale en ruine à l'entrée sud de l'ancienne capitale était, selon les croyances médiévales, un lieu de prédilection des Oni et des esprits errants. Elle fut immortalisée par le conte 'Rashōmon' du Konjaku Monogatarishū, repris par l'écrivain Akutagawa.
Siège du bouddhisme Tendai au Japon, ce temple était considéré comme le principal rempart spirituel protégeant Kyoto des Oni venus du nord-est (kimon). Les moines y pratiquaient des rituels réguliers d'exorcisme et de répulsion des démons.
Ce sanctuaire situé dans une gorge au nord de Kyoto était associé aux rituels de malédiction (ushi no koku mairi) et aux esprits vengeurs que les Oni étaient censés escorter. La forêt environnante passait pour être hantée la nuit.
Première grande capitale bouddhiste du Japon, Nara fut le lieu de compilation des premiers textes intégrant la démonologie bouddhiste chinoise et indienne au folklore japonais, donnant naissance aux premières représentations canoniques des Oni.
Galerie
Anders Zorn – Peasant Girl Hall Kesti
Wikimedia Commons, Public domain — Internet Archive Book Images
Gettysburg. Description of the painting of the repulse of Longstreet's assault painted by James Walker
Wikimedia Commons, Public domain — Bachelder, John Badger. [from old catalog]
A history of painting... / with a preface by Frank Brangwyn
Wikimedia Commons, Public domain — Macfall, Haldane, 1860-1928
Polygraphice: or The arts of drawing, engraving, etching, limning, painting, washing, varnishing, gilding, colouring, dying, beautifying and perfuming. : In four books ... to which is added a discour
Wikimedia Commons, Public domain — Salmon, William, 1644-1713
Biandintz eta zaldiak - modified2
Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — Mikel Ortega from Errenteria, Basque Country, Spain, with a retouche by Richard Bartz. See the original file here.






