Biographie

Pierre Soulages (1919-2022) est un peintre et graveur français, figure majeure de l'abstraction lyrique. Il est mondialement connu pour son exploration de la couleur noire et de la lumière, qu'il nomme « l'outrenoir ».

Pierre Soulages(1919 — 2022)

Pierre Soulages

France

10 min de lecture

Arts visuelsArtisteXXe siècleXXe siècle — art abstrait d'après-guerre, expressionnisme abstrait, art contemporain

Questions fréquentes

Pierre Soulages est un peintre et graveur français né en 1919 à Rodez et mort en 2022 à 102 ans. Ce qui le rend unique, c'est sa quête de toute une vie autour de la couleur noire : il a inventé le concept d'outrenoir, des toiles entièrement noires dont la texture capte la lumière ambiante pour produire des reflets changeants. Moins un peintre du noir qu'un sculpteur de lumière, il est considéré comme l'un des géants de l'abstraction lyrique, aux côtés de Hans Hartung et Georges Mathieu. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a porté une seule idée — faire jaillir la lumière du noir — pendant plus de soixante-dix ans, ce qui lui a valu une reconnaissance mondiale.

Citations célèbres

« Ce n'est pas le noir qui m'intéresse, mais la lumière que le noir reflète.»
« La peinture, c'est de la lumière transformée.»

Faits marquants

  • Né le 24 décembre 1919 à Rodez (Aveyron)
  • Développe à partir des années 1970 le concept d'« outrenoir » — lumière réfléchie par le noir
  • Crée les vitraux de l'abbatiale Sainte-Foy de Conques (1994), reconnus internationalement
  • Rétrospective au Centre Pompidou en 2009 célébrant ses 90 ans
  • Décède le 25 octobre 2022 à Paris, à 102 ans

Œuvres & réalisations

Brou de noix sur papier (premières séries) (1946)

Premières œuvres abstraites réalisées avec du brou de noix sur papier, médium naturel que Soulages détourne de son usage traditionnel. Ces compositions gestuelles préfigurent toute sa démarche et révèlent l'unité profonde d'une œuvre qui commence dès l'après-guerre.

Peinture 195 × 130 cm, 23 décembre 1953 (1953)

Grande huile sur toile représentative de la première période de Soulages, avec ses puissants traits horizontaux et verticaux noirs sur fond clair. Des œuvres de cette série sont entrées dans les collections du MoMA de New York et du Centre Pompidou, assurant sa reconnaissance internationale.

Peinture 222 × 314 cm, 13 mars 1960 (1960)

Composition monumentale illustrant l'ampleur croissante des formats de Soulages et l'évolution vers des surfaces plus sombres et plus denses. La taille de l'œuvre dépasse l'échelle humaine et impose au spectateur une relation corporelle et non plus seulement visuelle avec la peinture.

Série des Outrenoir (à partir de 1979) (1979)

Ensemble de toiles entièrement couvertes de peinture noire travaillée en textures et reliefs variés, explorant la lumière réfléchie. Ces œuvres, produites sur plus de quarante ans, constituent l'apport le plus original de Soulages à l'histoire de l'art et lui valent une reconnaissance mondiale.

Vitraux de l'abbatiale Sainte-Foy de Conques (1994)

Ensemble de 104 vitraux translucides réalisés pour l'église romane de Conques, sans couleur ni figure, diffusant une lumière douce et uniforme. Cette commande publique est considérée comme l'une des grandes réussites de la rencontre entre l'art contemporain et le patrimoine médiéval.

Polyptyque XI, 1999 (1999)

Ensemble de grands panneaux verticaux noirs aux textures contrastées appartenant à la série des outrenoirs. Ce polyptyque illustre la façon dont Soulages organise un dialogue entre les panneaux et fait circuler la lumière à travers tout un espace d'exposition.

Anecdotes

À l'âge de neuf ans, Pierre Soulages couvre une feuille de papier blanc avec du cirage noir. Interrogé par sa maîtresse, il répond qu'il fait « de la neige ». Cette anecdote, souvent racontée par l'artiste lui-même, révèle que dès l'enfance il pensait le noir non comme absence de lumière, mais comme révélateur de blancheur et de clarté — intuition qui guidera toute son œuvre.

En 1938, à dix-neuf ans, Soulages visite pour la première fois l'abbatiale Sainte-Foy de Conques, un village médiéval de l'Aveyron. Il est frappé par la manière dont la lumière pénètre dans l'édifice roman et par la sobriété de ses chapiteaux sculptés. Quarante-neuf ans plus tard, en 1987, c'est précisément lui que l'on choisit pour réaliser les nouveaux vitraux de cette même église — boucle extraordinaire entre une révélation d'adolescence et une commande de vieux maître.

En 1979, Soulages travaille sur une toile entièrement noire qu'il juge ratée. Au lieu de la détruire, il recule et observe : la surface ne donne pas à voir du noir, mais une lumière réfléchie changeante selon l'angle du regard. C'est la naissance de l'« outrenoir » — un concept qui désigne ce qui est au-delà du noir. Il consacre les quarante années suivantes à explorer exclusivement ce phénomène lumineux.

Quand la Commission des Monuments historiques l'invite à proposer des projets pour les vitraux de Conques, Soulages refuse catégoriquement tout verre coloré. Il fait développer avec un verrier spécialisé un verre translucide unique, légèrement teinté d'une nuance dorée invisible, qui diffuse une lumière douce et unifiée sans raconter d'histoire figurative. Cette décision audacieuse, d'abord très contestée, est aujourd'hui unanimement saluée comme un chef-d'œuvre de l'art sacré contemporain.

En novembre 2021, une peinture de Soulages est adjugée 26,2 millions d'euros chez Christie's à Paris, record mondial pour un artiste français vivant. L'artiste a alors 101 ans. Face aux journalistes, il reste laconique et discret, rappelant simplement que la valeur d'une œuvre ne se mesure pas à son prix de vente. Il s'éteint moins d'un an plus tard, à 102 ans, laissant une œuvre de plusieurs centaines de toiles présentes dans les plus grands musées du monde.

Sources primaires

Soulages — L'outrenoir, dialogues avec Pierre Encrevé (Gallimard) (2012)
Ce qui m'intéresse, ce n'est pas le noir, c'est ce que le noir fait. Quand je travaille une surface noire, ce que je vois n'est pas le noir : c'est la lumière que le noir révèle, une lumière venue du tableau lui-même.
Entretien de Pierre Soulages avec Georges Charbonnier (radio française, émission sur les artistes contemporains) (1958)
Le noir est pour moi la couleur la plus lumineuse. Il ne s'agit pas de peindre le noir, mais de peindre avec le noir pour faire surgir la lumière. C'est une lumière intérieure au tableau, pas une lumière qu'on lui apporte de dehors.
Déclaration de Pierre Soulages sur les vitraux de Conques (catalogue de l'inauguration) (1994)
Je ne voulais pas de couleur. Je ne voulais pas d'images. Je voulais une lumière qui soit elle-même l'événement, une lumière neutre, qui ne raconte rien, mais qui transforme l'espace et le temps à l'intérieur de l'église.
Catalogue de la rétrospective Soulages au Centre Pompidou — Noir Lumière (2009)
L'outrenoir n'est pas une couleur parmi d'autres. C'est un champ mental différent, une façon de voir qui s'ouvre lorsque le regard accepte de s'abandonner à la surface noire et de recevoir ce qu'elle réfléchit.

Lieux clés

Rodez (Aveyron, France)

Ville natale de Pierre Soulages où il naît en 1919 et grandit entouré de l'art roman aveyronnais. Rodez abrite depuis 2014 le Musée Soulages, conçu par les architectes RCR Arquitectes, qui conserve la plus grande collection d'œuvres de l'artiste au monde.

Paris (France)

Soulages s'installe à Paris en 1946 et y développe toute sa carrière internationale, participant aux Salons d'avant-garde et exposant dans les galeries qui font de lui l'une des figures centrales de l'abstraction lyrique européenne.

Abbatiale Sainte-Foy de Conques (Aveyron, France)

Lieu de révélation pour Soulages dès 1938, puis de création entre 1987 et 1994 : il y réalise 104 vitraux translucides qui transforment la lumière intérieure de l'église romane en une expérience visuelle et spirituelle inédite.

Montpellier (France)

Soulages étudie à l'École des Beaux-Arts de Montpellier en 1941, où il découvre des œuvres de Cézanne et de Picasso qui renforcent sa vocation abstraite avant son départ pour Paris.

New York (États-Unis)

Dès les années 1950, New York est un lieu essentiel pour la reconnaissance internationale de Soulages : ses œuvres entrent dans les collections du MoMA et il y expose régulièrement, dialoguant avec les expressionnistes abstraits américains.

Voir aussi