Pierre Soulages (1919-2022) est un peintre et graveur français, figure majeure de l'abstraction lyrique. Il est mondialement connu pour son exploration de la couleur noire et de la lumière, qu'il nomme « l'outrenoir ».
Pierre Soulages(1919 — 2022)
Pierre Soulages
France
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Questions fréquentes
Citations célèbres
« Ce n'est pas le noir qui m'intéresse, mais la lumière que le noir reflète.»
« La peinture, c'est de la lumière transformée.»
Faits marquants
- Né le 24 décembre 1919 à Rodez (Aveyron)
- Développe à partir des années 1970 le concept d'« outrenoir » — lumière réfléchie par le noir
- Crée les vitraux de l'abbatiale Sainte-Foy de Conques (1994), reconnus internationalement
- Rétrospective au Centre Pompidou en 2009 célébrant ses 90 ans
- Décède le 25 octobre 2022 à Paris, à 102 ans
Œuvres & réalisations
Premières œuvres abstraites réalisées avec du brou de noix sur papier, médium naturel que Soulages détourne de son usage traditionnel. Ces compositions gestuelles préfigurent toute sa démarche et révèlent l'unité profonde d'une œuvre qui commence dès l'après-guerre.
Grande huile sur toile représentative de la première période de Soulages, avec ses puissants traits horizontaux et verticaux noirs sur fond clair. Des œuvres de cette série sont entrées dans les collections du MoMA de New York et du Centre Pompidou, assurant sa reconnaissance internationale.
Composition monumentale illustrant l'ampleur croissante des formats de Soulages et l'évolution vers des surfaces plus sombres et plus denses. La taille de l'œuvre dépasse l'échelle humaine et impose au spectateur une relation corporelle et non plus seulement visuelle avec la peinture.
Ensemble de toiles entièrement couvertes de peinture noire travaillée en textures et reliefs variés, explorant la lumière réfléchie. Ces œuvres, produites sur plus de quarante ans, constituent l'apport le plus original de Soulages à l'histoire de l'art et lui valent une reconnaissance mondiale.
Ensemble de 104 vitraux translucides réalisés pour l'église romane de Conques, sans couleur ni figure, diffusant une lumière douce et uniforme. Cette commande publique est considérée comme l'une des grandes réussites de la rencontre entre l'art contemporain et le patrimoine médiéval.
Ensemble de grands panneaux verticaux noirs aux textures contrastées appartenant à la série des outrenoirs. Ce polyptyque illustre la façon dont Soulages organise un dialogue entre les panneaux et fait circuler la lumière à travers tout un espace d'exposition.
Anecdotes
À l'âge de neuf ans, Pierre Soulages couvre une feuille de papier blanc avec du cirage noir. Interrogé par sa maîtresse, il répond qu'il fait « de la neige ». Cette anecdote, souvent racontée par l'artiste lui-même, révèle que dès l'enfance il pensait le noir non comme absence de lumière, mais comme révélateur de blancheur et de clarté — intuition qui guidera toute son œuvre.
En 1938, à dix-neuf ans, Soulages visite pour la première fois l'abbatiale Sainte-Foy de Conques, un village médiéval de l'Aveyron. Il est frappé par la manière dont la lumière pénètre dans l'édifice roman et par la sobriété de ses chapiteaux sculptés. Quarante-neuf ans plus tard, en 1987, c'est précisément lui que l'on choisit pour réaliser les nouveaux vitraux de cette même église — boucle extraordinaire entre une révélation d'adolescence et une commande de vieux maître.
En 1979, Soulages travaille sur une toile entièrement noire qu'il juge ratée. Au lieu de la détruire, il recule et observe : la surface ne donne pas à voir du noir, mais une lumière réfléchie changeante selon l'angle du regard. C'est la naissance de l'« outrenoir » — un concept qui désigne ce qui est au-delà du noir. Il consacre les quarante années suivantes à explorer exclusivement ce phénomène lumineux.
Quand la Commission des Monuments historiques l'invite à proposer des projets pour les vitraux de Conques, Soulages refuse catégoriquement tout verre coloré. Il fait développer avec un verrier spécialisé un verre translucide unique, légèrement teinté d'une nuance dorée invisible, qui diffuse une lumière douce et unifiée sans raconter d'histoire figurative. Cette décision audacieuse, d'abord très contestée, est aujourd'hui unanimement saluée comme un chef-d'œuvre de l'art sacré contemporain.
En novembre 2021, une peinture de Soulages est adjugée 26,2 millions d'euros chez Christie's à Paris, record mondial pour un artiste français vivant. L'artiste a alors 101 ans. Face aux journalistes, il reste laconique et discret, rappelant simplement que la valeur d'une œuvre ne se mesure pas à son prix de vente. Il s'éteint moins d'un an plus tard, à 102 ans, laissant une œuvre de plusieurs centaines de toiles présentes dans les plus grands musées du monde.
Sources primaires
Ce qui m'intéresse, ce n'est pas le noir, c'est ce que le noir fait. Quand je travaille une surface noire, ce que je vois n'est pas le noir : c'est la lumière que le noir révèle, une lumière venue du tableau lui-même.
Le noir est pour moi la couleur la plus lumineuse. Il ne s'agit pas de peindre le noir, mais de peindre avec le noir pour faire surgir la lumière. C'est une lumière intérieure au tableau, pas une lumière qu'on lui apporte de dehors.
Je ne voulais pas de couleur. Je ne voulais pas d'images. Je voulais une lumière qui soit elle-même l'événement, une lumière neutre, qui ne raconte rien, mais qui transforme l'espace et le temps à l'intérieur de l'église.
L'outrenoir n'est pas une couleur parmi d'autres. C'est un champ mental différent, une façon de voir qui s'ouvre lorsque le regard accepte de s'abandonner à la surface noire et de recevoir ce qu'elle réfléchit.
Lieux clés
Ville natale de Pierre Soulages où il naît en 1919 et grandit entouré de l'art roman aveyronnais. Rodez abrite depuis 2014 le Musée Soulages, conçu par les architectes RCR Arquitectes, qui conserve la plus grande collection d'œuvres de l'artiste au monde.
Soulages s'installe à Paris en 1946 et y développe toute sa carrière internationale, participant aux Salons d'avant-garde et exposant dans les galeries qui font de lui l'une des figures centrales de l'abstraction lyrique européenne.
Lieu de révélation pour Soulages dès 1938, puis de création entre 1987 et 1994 : il y réalise 104 vitraux translucides qui transforment la lumière intérieure de l'église romane en une expérience visuelle et spirituelle inédite.
Soulages étudie à l'École des Beaux-Arts de Montpellier en 1941, où il découvre des œuvres de Cézanne et de Picasso qui renforcent sa vocation abstraite avant son départ pour Paris.
Dès les années 1950, New York est un lieu essentiel pour la reconnaissance internationale de Soulages : ses œuvres entrent dans les collections du MoMA et il y expose régulièrement, dialoguant avec les expressionnistes abstraits américains.
Objets typiques

Soulages utilisait des raclettes, spatules et couteaux à palette plutôt que le pinceau pour travailler la peinture noire en épaisseur sur la toile, créant stries, reliefs et crêtes qui jouent différemment avec la lumière réfléchie. Ces outils sont la signature gestuelle et matérielle de son travail.

Avant la peinture à l'huile, le jeune Soulages utilisait le brou de noix — teinture naturelle brun-noir extraite de l'enveloppe des noix — pour ses premières œuvres sur papier dans les années 1940. Ce médium rustique, issu de la tradition populaire aveyronnaise, préfigurait son obsession pour les pigments sombres.

Soulages travaillait sur de très grandes toiles de lin brute dont la texture rugueuse interagissait avec les couches de peinture noire pour amplifier les effets de réflexion lumineuse. La monumentalité de ses formats impose au spectateur une présence physique immersive face à l'œuvre.

Pour l'abbatiale Sainte-Foy, Soulages a fait développer un verre translucide unique — ni transparent ni opaque — qui filtre la lumière naturelle sans la décomposer en couleurs. Ces 104 fenêtres constituent une œuvre architecturale et lumineuse sans précédent dans l'art sacré contemporain.

En parallèle de la peinture, Soulages a pratiqué la gravure et l'aquatinte sur métal, imprimées à la presse à estampe. Ce médium lui permettait de transposer ses recherches sur le noir dans le domaine de l'estampe, avec des effets de texture et de contraste propres à la taille-douce.

Le matériau central de toute l'œuvre de Soulages est la peinture noire appliquée en couches épaisses ou minces, lisse ou texturée selon l'effet recherché. Il passait de l'huile à l'acrylique selon les propriétés de séchage souhaitées pour créer des surfaces réfléchissantes ou mates.
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Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
Pierre Soulages commençait sa journée tôt, héritier de la rigueur rurale de l'Aveyron. Après un petit-déjeuner simple, il gagnait son atelier parisien dont il avait aménagé l'éclairage avec soin pour contrôler la lumière naturelle — condition indispensable pour observer les effets réfléchissants de ses surfaces noires à différentes heures de la journée.
Après-midi
L'après-midi était consacré au travail en atelier : debout face à la toile, il appliquait la peinture noire à la raclette ou au couteau, reculait de plusieurs mètres pour observer les variations de lumière réfléchie, puis revenait modifier la surface. Ce processus d'observation et d'intervention pouvait se prolonger pendant des heures dans un silence total, sans musique ni conversation.
Soir
Le soir, Soulages et sa femme Colette — sa compagne depuis leur jeunesse à Rodez et sa confidente intellectuelle de toujours — recevaient parfois amis peintres, poètes ou critiques d'art dans leur appartement sobre de Montparnasse. Grand lecteur de philosophie et de littérature, Soulages préférait ces dîners intimes aux vernissages mondains qu'il fuyait autant que possible.
Alimentation
Ses habitudes alimentaires restaient ancrées dans la tradition aveyronnaise : aligot, tripoux, fromages de brebis, cuisine simple et généreuse. Il se méfiait des modes gastronomiques parisiennes et mangeait de façon régulière et modérée. Sa longévité exceptionnelle — il décède à 102 ans — est souvent mise en relation avec cette hygiène de vie simple et constante.
Vêtements
Dans son atelier, Soulages portait des vêtements de travail ordinaires, souvent tachés de noir, indifférent à l'apparence. En public, il adoptait une tenue sobre et classique, sombre de préférence, sans aucune fantaisie vestimentaire. Son apparence discrète ne trahissait en rien le statut de peintre mondialement célèbre et multimillionnaire qu'il était devenu.
Habitat
Soulages et Colette ont vécu la plus grande partie de leur vie à Paris dans un appartement de Montparnasse, quartier historique des artistes. L'intérieur, selon les témoignages, était sobre, peu décoré, sans ostentation — quelques œuvres d'amis, des livres, une table de travail. Cette simplicité assumée tranchait avec la valeur astronomique des toiles qui sortaient de son atelier voisin.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Brou de noix sur papier (premières séries)
1946
Peinture 195 × 130 cm, 23 décembre 1953
1953
Vitraux de l'abbatiale Sainte-Foy de Conques
1994
Polyptyque XI, 1999
1999






