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La sufra des humbles de Bassorah
Dans l'Iraq abbasside du VIIIe siècle, on ne mange pas en plats successifs : on déploie au sol la sufra, une simple nappe de cuir ou d'étoffe, autour de laquelle on s'assied en cercle. Tout y est posé en même temps — le pain qui sert de support et de couvert, une bouillie ou un brouet partagé du bout des doigts de la main droite, des dattes, une cruche d'eau. Chez les riches émirs de la ville, la sufra croule sous les viandes parfumées ; chez les ascètes et les pauvres des faubourgs, comme Rābiʿa, elle se réduit au pain d'orge, à quelques dattes et à l'eau. C'est cette table dépouillée, où le moindre aliment devient un acte de gratitude envers Dieu, que nous reconstituons ici.
Signature : L'orge (shaʿīr) et la datte (tamr)
L'orge, céréale du pauvre, et la datte, fruit-énergie du désert irakien, forment le socle de toute cette cuisine ascétique. Là où la cour abbasside raffine le froment, le sucre et les épices d'Orient, Rābiʿa s'en tient volontairement aux deux aliments les plus humbles de Bassorah — ceux qui nourrissent sans attacher le cœur aux plaisirs du monde.

Rābiʿa al-ʿAdawiyya à table

vers 717 — 801

5 recettes d’époque