Rangda
Rangda
Rangda est la reine-démon de la mythologie balinaise, incarnation du mal et des forces obscures. Elle mène une armée de sorcières appelées Leyaks et s'oppose éternellement à Barong, l'esprit protecteur du bien. Ce combat cosmique est au cœur de la spiritualité et du théâtre rituel de Bali.
Faits marquants
- Rangda est la figure centrale du drame rituel Barong, joué encore aujourd'hui à Bali
- Son nom signifie 'veuve' en vieux javanais, associant la figure féminine au deuil et au danger
- Elle est liée à la déesse Durga et à la sorcière Calon Arang dans la tradition hindoue balinaise
- Le combat Rangda-Barong représente l'équilibre cosmique entre forces destructrices et protectrices
- Les Leyaks, ses servantes, sont des sorcières capables de se transformer en animaux fantastiques
Œuvres & réalisations
Texte sacré narrant la veuve-sorcière de Girah et son combat contre le saint Mpu Bharadah. Fondement littéraire et théologique du mythe de Rangda, il est encore récité lors des cérémonies d'exorcisme balinaises.
Drame sacré combinant danse, musique gamelan et transe rituelle, représentant le combat cosmique entre Rangda et Barong. Il n'existe pas de vainqueur : la pièce illustre l'équilibre nécessaire entre les forces opposées.
Ensemble de masques sculptés conservés dans les temples balinais, dont certains sont considérés comme dotés d'une puissance (sakti) autonome. Chaque masque ancien est une œuvre d'art cultuelle unique, façonnée selon des canons iconographiques stricts.
Corpus d'inscriptions royales en vieux-balinais documentant le règne d'Udayana et la présence de la reine Mahendradatta, figure historique à l'origine du mythe de Rangda. Ces textes sont les premières sources primaires reliant l'histoire à la légende.
Tradition picturale du village de Kamasan illustrant les épopées et mythes balinais, incluant les scènes du Calon Arang avec Rangda. Ces œuvres sur toile d'écorce ou tissu servent à la fois de supports dévotionnels et d'enseignement des mythes sacrés.
Anecdotes
Rangda serait l'incarnation mythifiée de la reine Mahendradatta, princesse javanaise de la dynastie Isyana qui épousa le roi Udayana de Bali vers 989. Accusée de pratiquer la magie noire contre la seconde épouse du roi, elle fut bannie de la cour. Après la mort de son mari, la légende dit qu'elle se vengea en répandant la peste sur le royaume.
Dans le récit du Calon Arang, texte sacré en vieux-javanais du XIe siècle, Rangda entraîne des veuves isolées dans les cimetières lors des nuits sans lune pour leur enseigner les arts des leyaks — ces sorcières capables de changer de forme et de dévorer les entrailles des vivants. Ce texte est encore récité lors de cérémonies d'exorcisme à Bali.
Lors du rituel du Barong, des danseurs en transe brandissent des kris (poignards cérémoniels) et tentent de se les enfoncer dans la poitrine sous l'emprise de Rangda. La magie protectrice du Barong rend leur corps invulnérable : les lames se tordent sans blesser les danseurs. Ce moment de transe collective est considéré comme une communication directe avec le monde des esprits.
Le masque de Rangda est l'un des objets rituels les plus sacrés de Bali. Conservé dans des temples spéciaux appelés pura dalem, il ne peut être manipulé que par un prêtre purifié (pemangku). On dit que certains masques très anciens possèdent une puissance (sakti) si intense qu'ils peuvent provoquer des transes involontaires chez ceux qui les approchent sans protection.
Le combat entre Rangda et Barong ne connaît jamais de vainqueur définitif : c'est une lutte éternelle et nécessaire entre le mal et le bien, l'obscurité et la lumière. Pour les Balinais, l'absence de l'un rendrait l'autre sans signification. Ce principe d'équilibre cosmique, appelé rwa bhineda (la dualité), est au fondement même de la philosophie spirituelle balinaise.
Sources primaires
La veuve de Girah, maîtresse des leyaks, invoqua les puissances des cimetières et répandit la maladie sur les villages. Nul remède ne put enrayer le fléau jusqu'à l'intervention du saint Mpu Bharadah.
Gunapriya Dharmapatni, épouse du roi Dharmawangsa Udayana, était réputée pour sa connaissance des sciences occultes. Son exil et sa mort marquèrent le début d'une période de troubles sur l'île.
L'île de Bali, bénie des dieux, vénère ses ancêtres royaux issus de Java. Les rituels d'apaisement des forces sombres y sont célébrés avec ferveur dans les temples des morts.
Le masque de Rangda, avec ses cheveux hirsutes, sa langue pendante et ses yeux exorbités, représente la mort elle-même. Les prêtres balinais affirment que ce masque ne doit jamais être conservé dans une maison ordinaire sous peine de calamités.
La danse du Barong et de Rangda constitue le drame rituel le plus complet de la tradition balinaise, mêlant exorcisme, théologie et catharsis collective. Elle ne saurait être réduite à un simple spectacle.
Lieux clés
Temple des morts de Peliatan, l'un des sanctuaires où est conservé un masque de Rangda d'une grande ancienneté. C'est dans ce type de temple, dédié à la déesse de la mort Durga, que les rituels d'exorcisme impliquant Rangda sont célébrés.
Grand temple mère du volcan Gunung Agung, centre spirituel de Bali. C'est ici que sont orchestrées les grandes cérémonies cosmiques dans lesquelles le combat entre Rangda et Barong représente l'équilibre du monde.
Lieu légendaire mentionné dans le Calon Arang comme le village de la sorcière-veuve, prototype de Rangda. Certains érudits balinais l'identifient avec des sites de l'est de l'île, là où les pratiques de magie noire (pengiwa) sont encore craintes.
Ancienne capitale du royaume de Bali au temps du roi Udayana, où aurait vécu la reine Mahendradatta avant son exil. Ce site archéologique concentre les premières inscriptions attestant des pratiques religieuses syncrétiques qui nourrirent le mythe de Rangda.
Centre culturel balinais où la danse Barong-Rangda est régulièrement performée, à la fois comme rituel religieux vivant et comme manifestation de l'identité culturelle balinaise. Les troupes d'Ubud sont considérées comme les gardiennes des formes les plus orthodoxes de ce drame sacré.
Galerie

COLLECTIE TROPENMUSEUM Een batikster tijdens het vervaardigen van een doek met een afbeelding van Rangda TMnr 20018445
Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Boy Lawson
Collectie NMvWereldculturen, TM-20024404, Dia- Twee borden langs de weg, ter gelegenheid van 46 jaar onafhankelijkheid, Liesbet Ruben, 1992
Wikimedia Commons, CC BY 4.0 — Liesbet Ruben







