Sarah Winnemucca(1844 — 1891)

Sarah Winnemucca

États-Unis

7 min de lecture

PolitiqueLettresSociétéXIXe siècleConquête de l'Ouest américain et guerres indiennes du second XIXe siècle, marquées par la dépossession des terres autochtones et la politique des réserves

Militante et autrice paiute du Nevada, Sarah Winnemucca défendit les droits de son peuple amérindien face à la colonisation américaine. En 1883, elle devint la première Amérindienne à publier un livre en anglais, témoignage majeur sur la condition des nations autochtones.

Questions fréquentes

Sarah Winnemucca, de son nom paiute Thocmetony (« Fleur de coquillage »), était une militante et autrice paiute du Nevada. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle fut la première Amérindienne à publier un livre en anglais en 1883, Life Among the Piutes: Their Wrongs and Claims. Moins une simple autobiographie, son œuvre est un plaidoyer politique qui dénonce la politique des réserves et la dépossession des terres autochtones. Elle incarne une voix exceptionnelle dans un contexte où les peuples amérindiens étaient systématiquement réduits au silence.

Faits marquants

  • Née vers 1844 dans le nord-ouest du Nevada au sein du peuple paiute du Nord
  • Servit d'interprète et de médiatrice entre les Paiutes et l'armée américaine durant les guerres indiennes des années 1860-1870
  • Donna de nombreuses conférences sur la côte Est pour dénoncer le sort fait aux Amérindiens dans les réserves
  • Publia en 1883 « Life Among the Piutes: Their Wrongs and Claims », premier livre écrit en anglais par une Amérindienne
  • Morte en 1891 dans le Montana après avoir fondé une école pour enfants paiutes

Œuvres & réalisations

Life Among the Piutes: Their Wrongs and Claims (1883)

Premier livre publié en anglais par une femme amérindienne ; témoignage de référence sur la vie des Paiutes et sur la politique des réserves.

Tournées de conférences (env. 300 discours) (1879-1884)

De San Francisco aux grandes villes de l'Est, elle alerta l'opinion publique sur le sort de son peuple et devint l'une des premières oratrices amérindiennes célèbres.

Service d'interprète et d'éclaireuse pendant la guerre des Bannocks (1878)

Au service du général Howard, elle traduisit, transmit des messages et organisa le sauvetage de son père retenu prisonnier.

Rencontre avec le président Hayes (1880)

Reçue à Washington, elle plaida directement auprès du pouvoir fédéral pour obtenir des terres et de meilleures conditions pour les Paiutes.

Pétition au Congrès (1884)

Elle réunit des milliers de signatures pour réclamer des terres en pleine propriété aux Paiutes, faisant adopter un projet de loi resté lettre morte.

Peabody Indian School (1885)

École qu'elle ouvrit près de Lovelock, au Nevada, où elle enseignait aux enfants paiutes dans leur langue et en anglais, modèle d'éducation bilingue rare pour l'époque.

Anecdotes

Quand Sarah était toute petite, la rumeur courait chez les Paiutes que les colons blancs dévoraient les Indiens. Un jour où des hommes blancs approchaient, ses proches enterrèrent les enfants jusqu'au cou et leur couvrirent le visage de feuilles de sauge pour les cacher. Restée des heures sous la terre, terrifiée à l'idée d'être déterrée et mangée, elle raconta plus tard cette scène dans son livre.

Son grand-père Truckee, qui avait guidé des explorateurs américains, conservait précieusement une lettre de recommandation que des Blancs lui avaient remise. Persuadé que ce papier pouvait « parler » pour lui et prouver son amitié, il l'appelait son « ami de chiffon » et le montrait fièrement à tous ceux qu'il rencontrait.

Pendant la guerre des Bannocks, en 1878, Sarah servit d'éclaireuse et d'interprète pour l'armée américaine. Au péril de sa vie, elle parcourut plus de cent cinquante kilomètres à cheval en territoire hostile pour aller délivrer son père et d'autres Paiutes retenus prisonniers par des combattants bannocks.

Pour émouvoir le public des grandes villes de l'Est, Sarah donna près de trois cents conférences vêtue d'une robe de peau frangée, présentée sous le nom de « Princesse Sarah ». Sur scène, elle dénonçait avec talent la misère imposée à son peuple dans les réserves.

En 1883, elle devint la première femme amérindienne à publier un livre en anglais. Sa mémoire est aujourd'hui honorée par une statue à son effigie qui représente l'État du Nevada au Capitole des États-Unis, dans la National Statuary Hall, depuis 2005.

Sources primaires

Life Among the Piutes: Their Wrongs and Claims (ouverture) (1883)
Je suis née quelque part vers 1844, mais je ne connais pas la date exacte. J'étais une toute petite enfant quand les premiers Blancs arrivèrent dans notre pays. Ils vinrent comme un lion, oui, comme un lion rugissant, et n'ont cessé de l'être depuis ; jamais je n'ai oublié leur première venue.
Life Among the Piutes (l'enfant enterrée) (1883)
Oh, qui pourrait imaginer ce que je ressentais, enterrée vivante, croyant à chaque instant qu'on allait me déterrer pour me dévorer, ces gens que mon grand-père aimait tant ?
Préface de l'éditrice Mary Peabody Mann à Life Among the Piutes (1883)
C'est la première prise de parole de l'Indien d'Amérique dans la littérature humaine, et elle n'a qu'un seul but : dire la vérité telle que cette femme l'a vue de ses propres yeux.

Lieux clés

Région du lac Humboldt, Nevada

Territoire des Paiutes du Nord où naquit Sarah vers 1844, dans un Grand Bassin encore peu touché par la colonisation.

Réserve du lac Pyramid, Nevada

Réserve paiute du Nevada où vécut une partie de sa famille et de son peuple, marquée par la guerre du lac Pyramid en 1860.

Réserve de Malheur, Oregon

Réserve où Sarah travailla comme interprète auprès de l'agent indien et observa de près les abus de l'administration.

Washington, D.C.

Capitale fédérale où elle se rendit en 1880 pour rencontrer le président Hayes et plaider la cause des Paiutes, puis présenter sa pétition au Congrès.

Boston et Cambridge, Massachusetts

Centre de ses tournées de conférences dans l'Est, où ses soutiens Elizabeth Peabody et Mary Mann l'aidèrent à publier son livre en 1883.

Monida, Montana

Lieu où Sarah Winnemucca mourut en 1891, chez sa sœur, près de Henry's Lake, après s'être retirée de la vie publique.

Voir aussi