Sergueï Eisenstein(1898 — 1948)

Sergueï Eisenstein

Union soviétique, Empire russe

7 min de lecture

SpectacleArts visuelsRéalisateur/triceXXe sièclePremière moitié du XXe siècle, à l'époque de la Russie révolutionnaire puis de l'Union soviétique sous Lénine et Staline, âge d'or du cinéma muet et naissance du cinéma comme art de propagande.

Cinéaste et théoricien soviétique, pionnier du langage cinématographique. Il a révolutionné l'art du film par sa théorie du montage des attractions, illustrée dans des œuvres comme Le Cuirassé Potemkine.

Questions fréquentes

Sergueï Eisenstein (1898-1948) est un cinéaste et théoricien soviétique qui a révolutionné le langage cinématographique. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a inventé le montage des attractions, une théorie où le choc de deux plans crée une idée nouvelle, bien plus qu'une simple addition d'images. Son film Le Cuirassé Potemkine (1925) est l'un des plus influents de l'histoire, notamment pour sa célèbre scène de l'escalier d'Odessa. Eisenstein a transformé le cinéma en un art de propagande au service de la révolution bolchevique, tout en posant les bases du montage moderne.

Citations célèbres

« Le montage est l'art de produire un sens nouveau par la collision de deux images. »

Faits marquants

  • Naît en 1898 à Riga, dans l'Empire russe.
  • Réalise Le Cuirassé Potemkine en 1925, dont la célèbre scène de l'escalier d'Odessa.
  • Réalise Octobre (1928) sur la révolution bolchevique de 1917.
  • Développe la théorie du montage des attractions, fondement du langage cinématographique moderne.
  • Tourne Ivan le Terrible (1944-1946) avant de mourir à Moscou en 1948.

Œuvres & réalisations

La Grève (Statchka) (1925)

Premier long métrage d'Eisenstein, sur une grève ouvrière réprimée. Le héros n'y est plus un individu mais la masse, idée centrale de son cinéma.

Le Cuirassé Potemkine (1925)

Chef-d'œuvre sur la mutinerie de 1905 et sa célèbre scène de l'escalier d'Odessa. Souvent cité parmi les films les plus influents de l'histoire du cinéma.

Octobre (Dix jours qui ébranlèrent le monde) (1928)

Reconstitution épique de la révolution de 1917, commandée pour son dixième anniversaire. Eisenstein y pousse à l'extrême son montage « intellectuel ».

La Ligne générale (L'Ancien et le Nouveau) (1929)

Film sur la collectivisation des campagnes et la modernisation agricole. Il illustre la mise du cinéma au service de la politique soviétique.

¡Que viva México! (1931-1932)

Vaste projet inachevé sur l'histoire et la culture mexicaines. Les bobines, confisquées, furent montées par d'autres bien plus tard.

Alexandre Nevski (1938)

Fresque historique sur le prince qui repoussa les chevaliers teutoniques au XIIIe siècle. Son premier film entièrement sonore, avec la musique de Prokofiev.

Ivan le Terrible (1944-1958)

Diptyque sur le premier tsar de Russie : la première partie fut primée, la seconde interdite par Staline et sortie seulement en 1958.

Écrits théoriques sur le montage (1923-1948)

Essais fondateurs (Le Montage des attractions, La Forme du film, Le Sens du film) qui ont profondément marqué la pensée du cinéma.

Anecdotes

La célèbre scène du massacre sur l'escalier d'Odessa, dans Le Cuirassé Potemkine, n'a jamais eu lieu dans la réalité : Eisenstein l'a entièrement inventée. La scène est devenue si puissante que beaucoup de spectateurs, encore aujourd'hui, croient qu'un vrai massacre s'est déroulé sur ces marches en 1905.

Pour les premières projections du Cuirassé Potemkine en 1925, Eisenstein a fait peindre à la main, image par image, le drapeau hissé sur le navire mutiné pour qu'il apparaisse en rouge vif sur la pellicule en noir et blanc. Ce drapeau rouge, dans un film muet, électrisait littéralement les salles.

En février 1947, Eisenstein et l'acteur Nikolaï Tcherkassov furent convoqués en pleine nuit au Kremlin par Staline en personne, mécontent de la deuxième partie d'Ivan le Terrible. Staline reprochait au film de montrer un tsar hésitant « comme Hamlet » et une garde rapprochée évoquant le Ku Klux Klan : le film fut interdit et ne sortit qu'en 1958, dix ans après la mort du cinéaste.

Invité à Hollywood par la Paramount au début des années 1930, Eisenstein ne tourna aucun film américain. Il partit alors filmer au Mexique un projet ambitieux, ¡Que viva México!, mais le financier Upton Sinclair coupa les vivres et confisqua les bobines : Eisenstein dut rentrer en URSS sans jamais pouvoir monter lui-même ces images.

Eisenstein dessinait sans cesse : il a laissé des milliers de croquis préparatoires pour ses films, certains d'une grande virtuosité. Grand érudit polyglotte, il puisait ses idées de montage aussi bien dans les estampes japonaises que dans les écrits de Marx ou les caricatures de Daumier.

Sources primaires

Le Montage des attractions, revue LEF (1923)
L'attraction est tout moment agressif du spectacle, c'est-à-dire tout élément qui soumet le spectateur à une action sensorielle ou psychologique vérifiée par l'expérience et calculée pour produire certains chocs émotionnels.
Dramaturgie de la forme filmique (essai théorique d'Eisenstein) (1929)
Le montage n'est pas une idée composée de plans successifs, mais une idée qui naît de la collision de deux plans indépendants l'un de l'autre. De la confrontation de deux fragments naît un concept.
Compte rendu de l'entretien avec Staline au sujet d'Ivan le Terrible (26 février 1947)
Le tsar Ivan était un homme très cruel. On peut le montrer cruel. Mais il faut montrer pourquoi il fallait être cruel.
Mémoires (Mémoires immorales / Au-delà des étoiles) (rédigées vers 1946)
Je ne me souviens pas d'un temps où je ne dessinais pas. Le crayon m'a toujours accompagné, bien avant la caméra.

Lieux clés

Riga

Ville natale d'Eisenstein, alors port prospère de l'Empire russe. Il y grandit dans une famille d'ingénieur avant de partir étudier à Petrograd.

Odessa

Port de la mer Noire où eut lieu la mutinerie du Potemkine en 1905. Eisenstein y tourna la fameuse séquence de l'escalier, devenu depuis « escalier Potemkine ».

Léningrad (Saint-Pétersbourg)

Ancienne capitale impériale où Eisenstein tourna Octobre, reconstituant la prise du Palais d'Hiver de 1917 sur les lieux mêmes des événements.

Mexique

Pays où Eisenstein tourna le projet inachevé ¡Que viva México! au début des années 1930. L'aventure se solda par la perte du contrôle de ses bobines.

Hollywood (Los Angeles)

Eisenstein y fut accueilli par la Paramount vers 1930, mais aucun de ses projets américains n'aboutit. Le contraste avec l'industrie hollywoodienne nourrit sa réflexion théorique.

Moscou

Centre de sa carrière soviétique : théâtre du Proletkult, studios, enseignement au VGIK (école de cinéma). Il y mourut en 1948.

Voir aussi