Sor Juana Inés de la Cruz(1651 — 1695)

Juana Inés de la Cruz

Empire espagnol

8 min de lecture

LettresPoète(sse)DramaturgeThéologien(ne)Temps modernesLa Nouvelle-Espagne du XVIIe siècle est une colonie baroque sous domination espagnole, où l'Église catholique contrôle la vie intellectuelle et où les femmes n'ont accès à la culture qu'à travers le couvent.

Juana Inés de la Cruz est une poétesse et dramaturge mexicaine du XVIIe siècle, figure majeure du Baroque hispanique. Religieuse autodidacte en Nouvelle-Espagne, elle défendit le droit des femmes au savoir dans une société coloniale dominée par les hommes.

Questions fréquentes

Sor Juana Inés de la Cruz était une poétesse et dramaturge mexicaine du XVIIe siècle, figure majeure du Baroque hispanique. Ce qui la rend exceptionnelle, c'est qu'elle a été une religieuse autodidacte en Nouvelle-Espagne qui a défendu le droit des femmes au savoir dans une société coloniale dominée par les hommes. Son œuvre la plus célèbre, Respuesta a sor Filotea de la Cruz (1691), est un véritable manifeste féministe précurseur. Elle est aujourd'hui considérée comme l'une des plus grandes intellectuelles du monde hispanique.

Citations célèbres

« Hombres necios que acusáis a la mujer sin razón, sin ver que sois la ocasión de lo mismo que culpáis.»
« Yo no estudio para saber más, sino para ignorar menos.»

Faits marquants

  • Vers 1651 : naissance à San Miguel Nepantla, en Nouvelle-Espagne (actuel Mexique)
  • 1669 : entrée au couvent de San Jerónimo à Mexico, où elle consacre sa vie à l'étude et à l'écriture
  • Années 1680-1690 : rédaction de ses œuvres majeures, dont les Redondillas critiquant la misogynie
  • 1690-1691 : rédaction de la Respuesta a Sor Filotea, véritable plaidoyer pour le droit des femmes à l'éducation
  • 1695 : mort lors d'une épidémie en soignant ses consœurs au couvent

Œuvres & réalisations

Respuesta a sor Filotea de la Cruz (Réponse à sœur Philothée de la Croix) (1691)

Lettre autobiographique majeure où Sor Juana défend le droit des femmes à l'éducation et à la vie intellectuelle. C'est un manifeste féministe précurseur qui justifie sa passion pour les études face aux critiques religieuses.

Primero Sueño (Le Premier Rêve) (1692)

Poème philosophique en vers de plus de 900 lignes explorant la connaissance, l'âme et l'univers. Considéré comme son chef-d'œuvre poétique, il révèle l'influence du baroque et de la pensée cartésienne.

Los Empeños de una casa (Les Efforts d'une maison) (1683)

Comédie théâtrale en trois actes mêlant intrigue amoureuse et critique sociale. C'est une contribution significative au théâtre colonial mexicain du XVIIe siècle.

Inundación castálida (Inondation castalide) (1689)

Premier recueil publié de ses œuvres poétiques et dramatiques à Madrid, contenant sonnets, romances et villancicos. Son publication marque la reconnaissance de son talent dans la métropole espagnole.

Neptuno Alegórico (Neptune allégorique) (1680)

Arch de triomphe poétique composé pour célébrer l'arrivée du vice-roi du Mexique. Œuvre de commande montrant sa maîtrise des formes poétiques complexes et de l'allégorie mythologique.

Villancicos et compositions musicales (1670-1690)

Ensemble de poèmes chantés composés pour les célébrations religieuses de la cathédrale de Mexico. Ils témoignent de sa capacité à fusionner poésie lyrique et musique, tout en abordant des thèmes spirituels et profanes.

Anecdotes

Sor Juana Inés de la Cruz a appris à lire et à écrire en secret, cachée dans la bibliothèque de son grand-père au Mexique. Alors que les filles de son époque recevaient peu d'éducation, elle a dévoré les livres avec une telle passion qu'elle a maîtrisé le latin, le grec, le nahuatl et plusieurs autres langues avant l'âge de dix ans.

À la cour du vice-roi de Nouvelle-Espagne, Sor Juana a impressionné l'assemblée en répondant correctement à des questions difficiles posées par quarante savants différents, comme si elle était une machine à connaître. Cette démonstration de son savoir extraordinaire l'a rendue célèbre dans toute la Nouvelle-Espagne.

Sor Juana a dû prendre le voile et entrer au couvent des Jerónimas à Mexico en 1668, car c'était l'un des rares endroits où une femme pouvait poursuivre ses études sans se marier. Dans sa cellule du couvent, elle a transformé sa chambre en véritable bibliothèque personnelle avec plus de quatre mille volumes.

L'archevêque de Mexico a publié sans permission une lettre critique de Sor Juana intitulée la 'Carta Atenagórica', puis l'a réprimandée publiquement pour avoir osé commenter les questions théologiques. Cette attaque a forcé Sor Juana à renoncer à l'écriture et à se consacrer entièrement à des tâches religieuses et charitables à la fin de sa vie.

Sor Juana a écrit des pièces de théâtre, des poèmes et des textes philosophiques qui circulaient dans toute l'Amérique espagnole et jusqu'en Espagne. Malgré les restrictions imposées aux femmes savantes de son époque, elle est restée l'une des plus grandes intellectuelles du XVIIe siècle américain.

Sources primaires

Respuesta a Sor Filotea de la Cruz (Réponse à Sœur Philothée de la Croix) (1691)
Je confesse que je suis tombée dans le labyrinthe de ces études mondaines, et que je ne peux m'en retirer, même en sachant que je travaille contre ma profession religieuse et que je dois rendre compte à Dieu de ce temps que j'ai employé à des choses si profanes.
Primero Sueño (Le Premier Rêve) (1692)
En silence je m'endormis, et dans le sommeil, l'âme entreprit son vol nocturne à travers les sphères du savoir, dépassant les limites du corps pour contempler l'ordre universel de la création.
Redondillas (Quatrains) (vers 1680)
Hombres necios que acusáis / a la mujer sin razón, / sin ver que sois la ocasión / de lo mismo que culpáis. (Hommes déraisonnables qui accusez les femmes sans raison, sans voir que vous êtes l'occasion du mal que vous leur reprochez.)
Inundación Castálida de la Excelentísima Musa Mexicana (Inondation du Castalie) (1689)
Cette première compilation de ses œuvres contient des sonnets, des romances et des compositions poétiques qui démontrent l'étendue de son talent littéraire et sa maîtrise de multiples genres poétiques.

Lieux clés

San Miguel Nepantla

Village du Mexique colonial où est née Juana Inés de la Cruz en 1651. C'est dans ce petit village situé à proximité de Mexico qu'elle passa son enfance et développa sa précocité intellectuelle remarquable.

Couvent de San Jerónimo

Couvent de la Cité de Mexico où Sor Juana Inés de la Cruz entra comme religieuse en 1669. Elle y résida pendant plus de 25 ans, écrivant la majorité de ses œuvres littéraires, scientifiques et théologiques tout en menant une vie de méditation et d'étude.

Cité de Mexico

Capitale du Mexique colonial où Sor Juana établit sa renommée littéraire. Elle y fréquenta l'élite intellectuelle et spirituelle, reçut le mécénat de nobles et devint une figure majeure de la vie culturelle du XVIIe siècle.

Palais du Viceroi de Mexico

Lieu où Sor Juana fut employée comme dame de compagnie et où elle put accéder à la culture classique européenne. Elle y bénéficia du mécénat du vice-roi et de contacts privilegiés avec l'élite intellectuelle.

Bibliothèque personnelle du Couvent

Collection exceptionnelle de plus de 4000 livres que Sor Juana accumula au couvent de San Jerónimo, témoignant de son érudition remarquable et de ses recherches en théologie, philosophie, sciences et littérature.

Mexique colonial (1651-1695)

Le contexte géographique plus large de la Nouvelle-Espagne coloniale où Sor Juana vécut et écrivit. Elle représente une figure exceptionnelle du baroque latino-américain et de la littérature féminine au XVIIe siècle.

Liens externes & ressources

Œuvres

Redondillas (Hombres necios que acusáis)

vers 1689

El Divino Narciso (auto sacramental)

vers 1689

Los empeños de una casa (comédie de cape et d'épée)

1683

Villancicos pour les cathédrales de Mexico et Puebla

1676–1692

Inundación Castálida (Œuvres complètes, tome I)

1689, Madrid

Voir aussi