Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Sor Juana Inés de la Cruz

par Charactorium · Sor Juana Inés de la Cruz (1651 — 1695) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Mexico, été 1690. Dans une cellule du couvent de San Jerónimo où s'entassent quatre mille volumes, l'air sent l'encre, la cire et le chocolat refroidi. Une religieuse au voile blanc repose sa plume d'oie pour répondre à nos questions, entre deux offices.

Comment une petite fille du village de Nepantla a-t-elle appris à lire dans une époque qui ne l'attendait pas des femmes ?

À San Miguel Nepantla, je n'avais pas trois ans que je suivais ma sœur aînée jusqu'à l'école des dames. Mais c'est dans la bibliothèque de mon grand-père que tout s'est joué : j'y descendais en cachette, comme on vole un fruit défendu, et je dévorais les volumes reliés de cuir un à un. J'ai appris le latin en une vingtaine de leçons, puis je me suis attaquée au grec et au nahuatl de notre terre. Je me coupais les cheveux pour me punir quand je n'avançais pas assez vite dans mes études : il ne me semblait pas juste qu'une tête fût parée de cheveux et vide de savoir. La faim de connaître m'est venue avant la faim tout court.

Il ne me semblait pas juste qu'une tête fût parée de cheveux et vide de savoir.

Pourquoi ce besoin d'apprendre en secret, plutôt qu'au grand jour ?

Parce que le grand jour n'était pas fait pour nous. Une fille de la Nouvelle-Espagne se mariait ou prenait le voile ; l'étude n'entrait dans aucun de ces deux chemins. J'avais supplié ma mère de me déguiser en garçon pour entrer à l'université de Mexico — elle a ri, et j'ai compris que ma seule université serait le silence d'une bibliothèque. Alors je lisais à la lumière qui restait, je cachais mes parchemins, j'apprenais l'astronomie dans les marges des livres de théologie. On m'a souvent reproché cette curiosité comme un vice. Pourtant je n'ai jamais su étudier autrement qu'en aimant, et l'on ne commande pas plus à l'esprit qu'au cœur.

Ma seule université serait le silence d'une bibliothèque.

On raconte qu'à la cour du vice-roi, quarante savants vous ont soumise à un examen public. Vous en souvenez-vous ?

Comment l'oublier ? Le vice-roi, ayant entendu parler de cette religieuse qui passait pour un prodige, voulut en avoir le cœur net. Il convoqua au Palais du Vice-roi une quarantaine d'hommes savants — théologiens, mathématiciens, poètes, juristes — pour me presser de questions, chacun dans sa discipline. Je n'avais que mon habit et ma mémoire. On me dit ensuite que j'avais répondu comme un galion royal assailli par quelques barques de pêcheurs : sans couler. Je ne sais si la comparaison est juste, mais je sais que ce jour-là mon nom courut dans toute la Nouvelle-Espagne. La gloire est une étrange monnaie : on la reçoit pour ce qu'on est, on la paie souvent de ce qu'on aime.

On la reçoit pour ce qu'on est, on la paie souvent de ce qu'on aime.

Que vous a apporté, et coûté, ce mécénat de la cour vice-royale ?

Il m'a donné des protecteurs, et un peu d'air. Les vice-rois aimaient les vers, et j'en composais pour leurs fêtes : ce Neptuno Alegórico de 1680, un arc de triomphe tout en allégories, dressé pour accueillir le nouveau vice-roi à son entrée dans la cité. On me commandait des villancicos pour la cathédrale, des comédies pour le palais comme Los Empeños de una casa. Cela me valait des livres, du papier, de l'encre — et une certaine liberté que ma seule cellule n'aurait jamais pu m'acheter. Mais la faveur des grands est un toit de paille : tant qu'il pleut doucement, il abrite ; vienne l'orage de l'Église, et il ne reste rien sur la tête.

Décrivez-nous votre cellule au couvent de San Jerónimo. À quoi ressemblent vos journées d'écriture ?

Ma cellule n'est pas une cellule : c'est un cabinet d'étude que la prière traverse. J'y ai rassemblé plus de quatre mille volumes, des instruments de musique, des cartes, quelques curiosités de mathématique. Avant l'aube, les offices ; un peu de pain et de chocolat au réfectoire ; puis l'après-midi m'appartient. Je trempe ma plume d'oie dans l'encrier de céramique et j'écris jusqu'aux vêpres. C'est ainsi qu'est né mon Primero Sueño, plus de neuf cents vers où l'âme, pendant le sommeil du corps, entreprend son vol à travers les sphères du savoir pour contempler l'ordre de la création. Je l'ai écrit pour moi seule, sans qu'on me le commande — la seule œuvre, peut-être, que j'aie faite par pur plaisir de comprendre.

Ma cellule n'est pas une cellule : c'est un cabinet d'étude que la prière traverse.
Sor Juana Inés de la Cruz (Juan de Miranda)
Sor Juana Inés de la Cruz (Juan de Miranda)Wikimedia Commons, Public domain — Juan de Miranda (c.1667?-1714)

Pourquoi avoir choisi le couvent, plutôt que le mariage, pour mener cette vie de l'esprit ?

Parce que le couvent était la moins mauvaise des prisons. Je n'avais, je l'avoue, aucune inclination pour le mariage ; et comme il fallait bien vivre quelque part, j'ai jugé que la clôture des Jéronymites, en 1668, me laisserait au moins une cellule, des heures à moi et le droit de posséder des livres. J'ai pris l'habit blanc et le scapulaire en sachant ce que je sacrifiais et ce que je gagnais. La règle pèse, certes : les offices coupent le jour, la communauté réclame son dû. Mais entre les murs d'un couvent une femme pouvait étudier sans qu'on la mariât de force à un homme ou à l'ignorance. J'ai préféré obéir à une règle qu'à un mari.

Vos quatrains contre les hommes ont fait scandale. Que vouliez-vous leur dire ?

Je voulais leur tendre un miroir. Dans mes redondillas, je leur ai écrit : « Hombres necios que acusáis a la mujer sin razón, sin ver que sois la ocasión de lo mismo que culpáis » — hommes déraisonnables qui accusez les femmes sans raison, sans voir que vous êtes l'occasion du mal même que vous leur reprochez. Ils nous veulent vertueuses et nous courtisent pour notre chute ; ils nous méprisent ignorantes et nous interdisent le savoir. Cette comptabilité-là me révolte. Je n'ai pas écrit ces vers en colère froide, mais en logicienne : si l'on tient les deux bouts de la chaîne, qu'on cesse de feindre que la femme seule la forge.

Ils nous veulent vertueuses et nous courtisent pour notre chute.
Sor Juana Inés de la Cruz
Sor Juana Inés de la CruzWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Juan de Miranda

Comment justifiez-vous, face aux hommes d'Église, votre droit à l'étude ?

Par la vérité, fût-elle inconfortable. Dans ma Respuesta a sor Filotea, j'ai confessé sans détour : « je suis tombée dans le labyrinthe de ces études mondaines, et je ne peux m'en retirer », même en sachant que je dois en rendre compte à Dieu. Mais j'ai aussi rappelé que si Aristote avait fait la cuisine, il aurait écrit bien davantage — car on philosophe jusque dans la marmite, et la nature ne défend nulle part à une femme de penser. Comment comprendre saint Jérôme sans la grammaire, la logique, l'histoire ? Le savoir profane est l'escalier du savoir sacré. M'en interdire la montée, c'est me vouloir aveugle au pied même de l'autel.

Le savoir profane est l'escalier du savoir sacré.

Parlez-nous de cette lettre, la 'Carta Atenagórica', publiée sans votre accord. Que s'est-il passé ?

J'avais écrit, à la demande pressante d'un prélat, une critique d'un sermon ancien — un exercice de théologie, rien de plus. On l'a fait imprimer à mon insu sous le nom de Carta Atenagórica, puis l'évêque de Puebla, se déguisant en sor Filotea, m'a publiquement réprimandée : qu'une religieuse se mêlât d'argumenter sur l'Écriture, voilà qui sentait l'orgueil. C'est à cette feinte sœur que j'ai répondu, en 1691, pour défendre toute ma vie d'étude. Mais j'avais désormais l'Église sur les épaules, et la censure inquisitoriale veille de près sur les femmes qui raisonnent trop haut. On ne me pardonnait pas d'avoir raison ; on me pardonnait encore moins d'être femme et d'avoir raison.

Vous vous êtes peu à peu détournée de l'écriture. Est-ce un renoncement, ou autre chose ?

C'est une reddition, je ne le déguiserai pas. La pression s'est faite trop lourde ; mon propre confesseur, mes supérieurs, tout me ramenait au silence comme à une vertu. J'ai commencé à me défaire de ma bibliothèque, ces quatre mille volumes amassés au long d'une vie — vendus, donnés, dispersés au profit des pauvres. J'ai signé de mon sang des protestations de foi. On dira que je me suis soumise ; je dis que j'ai choisi la paix de l'âme contre l'orgueil de l'esprit, quitte à laisser la plume d'oie sécher dans l'encrier. Si, par quelque hasard, on me lisait encore dans un siècle, j'aimerais qu'on se souvienne non de mon silence, mais des questions que j'ai osé poser avant lui.

On ne me pardonnait pas d'avoir raison ; on me pardonnait encore moins d'être femme et d'avoir raison.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Sor Juana Inés de la Cruz. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.