Tchinguiz Aïtmatov(1928 — 2008)

Tchinguiz Aïtmatov

Kirghizistan, Union soviétique

6 min de lecture

LettresÉcrivain(e)PolitiqueXXe sièclePériode soviétique et post-soviétique, du dégel khrouchtchévien à l'effondrement de l'URSS et l'indépendance du Kirghizistan

Tchinguiz Aïtmatov (1928-2008) est un écrivain kirghize de langue kirghize et russe, figure majeure de la littérature soviétique. Ses romans mêlent réalisme, légendes ancestrales et critiques sociales, célébrant la culture nomade d'Asie centrale.

Questions fréquentes

Ce qu'il faut retenir, c'est qu'Aïtmatov est un écrivain kirghize qui a su mêler les légendes nomades d'Asie centrale aux réalités soviétiques, créant une œuvre unique. Né en 1928 dans un village du Kirghizistan, il devient une figure majeure de la littérature soviétique grâce à des romans comme Djamilia ou Une journée plus longue qu'un siècle. Ce qui le rend singulier, c'est son bilinguisme (kirghize et russe) et sa capacité à critiquer le régime tout en restant un auteur officiel. Il est l'un des rares écrivains soviétiques à avoir une reconnaissance internationale de son vivant.

Faits marquants

  • Né le 12 décembre 1928 dans le village de Cheker, au Kirghizistan soviétique
  • Publie en 1958 la nouvelle « Djamilia », saluée par Louis Aragon comme « la plus belle histoire d'amour du monde »
  • Reçoit le prix Lénine en 1963 pour son recueil « Récits des montagnes et des steppes »
  • Publie en 1980 son roman majeur « Une journée plus longue qu'un siècle »
  • Décède le 10 juin 2008 à Nuremberg, en Allemagne

Œuvres & réalisations

Djamilia (1958)

Nouvelle d'amour sur fond de vie kolkhozienne pendant la guerre. Traduite par Aragon, elle révèle Aïtmatov au monde.

Le Premier Maître (1962)

Récit d'un jeune instituteur komsomol apportant l'école dans un village reculé. Adapté au cinéma par Andreï Kontchalovski.

Récits des montagnes et des steppes (1963)

Recueil de nouvelles couronné par le prix Lénine, consacrant Aïtmatov comme grand écrivain soviétique.

Adieu, Goulsary ! (1966)

Roman où le destin d'un cheval ambleur reflète les épreuves d'un berger kirghize face au pouvoir. Distingué par le prix d'État de l'URSS.

Le Bateau blanc (1970)

Récit poétique et tragique d'un enfant rêveur confronté à la cruauté des adultes, mêlant légende de la Mère-Biche et réalité.

Une journée plus longue qu'un siècle (1980)

Premier grand roman d'Aïtmatov, où la légende du mankurt devient une métaphole de la mémoire perdue et de la fidélité aux racines.

Le Billot (1986)

Roman de la perestroïka abordant la drogue, la corruption et la foi, porté par le couple de loups Akbara et Tachtchaïnar.

Anecdotes

Tchinguiz Aïtmatov n'a que neuf ans lorsque son père Törökul, haut cadre communiste kirghize, est arrêté en 1937 puis fusillé en 1938 durant la Grande Terreur de Staline. Élevé comme « fils d'ennemi du peuple », le garçon grandit en écoutant sa grand-mère lui raconter les contes et légendes nomades qui nourriront plus tard ses romans.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que les hommes adultes sont au front, l'adolescent Aïtmatov, âgé de quatorze ans, devient secrétaire du soviet de son village parce qu'il sait lire et écrire. Il doit notamment collecter les impôts et annoncer aux familles la mort de leurs soldats.

En 1958, le poète français Louis Aragon découvre la nouvelle Djamilia, la traduit en français et la qualifie de « plus belle histoire d'amour du monde ». Cette préface fait connaître Aïtmatov en Occident et lance sa réputation internationale.

Le mot « mankurt », inventé par Aïtmatov dans son roman de 1980, désigne un esclave qui a perdu toute mémoire de ses origines. Le terme est entré dans la langue russe et les langues d'Asie centrale pour désigner une personne coupée de sa culture et de son histoire.

En 1991, un charnier de victimes des purges staliniennes est découvert à Chong-Tash, près de Bichkek. Aïtmatov y reconnaît les restes de son père et contribue à créer le mémorial d'Ata-Beyit, où il sera lui-même enterré à sa mort en 2008.

Sources primaires

Louis Aragon, préface à l'édition française de Djamilia (1959)
Djamilia est pour moi la plus belle histoire d'amour du monde.
Tchinguiz Aïtmatov, Une journée plus longue qu'un siècle (légende du mankurt) (1980)
Les Jouan-jouan transformaient leurs captifs en mankurts : ils leur rasaient le crâne et y plaquaient une peau de chameau qui, en séchant, broyait la mémoire ; l'esclave ne se souvenait alors plus ni de son nom, ni de sa mère, ni de son peuple.
Tchinguiz Aïtmatov, sur son bilinguisme littéraire (entretiens) (années 1970)
J'écris en kirghize et en russe : ces deux langues sont pour moi comme mes deux mains, et je ne saurais renoncer à aucune des deux.

Lieux clés

Sheker (vallée de Talas, Kirghizistan)

Village natal d'Aïtmatov, au pied des montagnes du Tian Shan. C'est là qu'il découvre la vie nomade et les légendes que lui conte sa grand-mère.

Frunze (aujourd'hui Bichkek)

Capitale de la RSS kirghize où Aïtmatov étudie à l'institut agricole puis mène sa carrière d'écrivain et de figure publique.

Institut littéraire Maxime-Gorki, Moscou

École de formation des écrivains soviétiques qu'Aïtmatov fréquente de 1956 à 1958. Il y parfait son art au cœur de la vie littéraire de l'URSS.

Bruxelles, Belgique

Siège diplomatique où Aïtmatov représente le Kirghizistan indépendant comme ambassadeur auprès de l'Union européenne et du Benelux.

Nuremberg, Allemagne

Ville où Aïtmatov, hospitalisé, meurt le 10 juin 2008 d'une insuffisance rénale.

Mémorial Ata-Beyit (Chong-Tash)

Lieu de mémoire des victimes des purges staliniennes, où furent retrouvés les restes de son père. Aïtmatov y est enterré à sa demande.

Voir aussi