Interview imaginaire avec Aimé Césaire
par Charactorium · Aimé Césaire (1913 — 2008) · Lettres · Politique · 5 min de lecture
Deux élèves de 12 ans, en classe découverte, ont rendez-vous avec un vieux monsieur à Fort-de-France. Il les accueille avec un grand sourire, content que des enfants viennent l'écouter. Il les fait asseoir près de sa bibliothèque et commence à raconter.
—Vous aviez quel âge quand vous êtes parti étudier à Paris ?
J'avais dix-huit ans, mon enfant. En 1931, j'ai quitté ma Martinique grâce à une bourse. Imagine : un garçon des Antilles qui débarque dans une grande ville froide et grise, loin du soleil et de la mer. Au lycée Louis-le-Grand, j'ai rencontré un autre étudiant venu d'Afrique, Léopold Sédar Senghor. On était deux gamins un peu perdus, fiers et timides à la fois. On parlait de nos pays pendant des heures. Tu sais, on croit toujours que les grandes choses naissent dans les palais. Non. Elles naissent souvent entre deux amis qui se sentent seuls et qui refusent de se taire.
Les grandes choses naissent souvent entre deux amis qui refusent de se taire.
—C'est vrai que vous avez inventé un mot ? Lequel ?
Oui ! Avec mes amis, on a forgé le mot Négritude. À l'époque, on nous disait que le mot "nègre" était une insulte. Alors on a décidé de le retourner, comme on retourne une arme. On l'a rendu fier. Avec Senghor et un autre camarade, Léon-Gontran Damas, on a même créé un petit journal d'étudiants, L'Étudiant noir, en 1935. Imagine une feuille de papier toute simple, tirée à peu d'exemplaires. La Négritude, c'est juste ça : dire qu'être noir, ce n'est pas une honte, c'est une beauté et une histoire. Un mot peut redresser le dos de tout un peuple.
On a pris une insulte et on en a fait une fierté.
—C'était comment, d'écrire votre grand poème loin de chez vous ?
C'était douloureux et brûlant à la fois. À Paris, j'avais le mal du pays. Alors j'ai écrit le Cahier d'un retour au pays natal, en 1939. C'est un long poème où je rentre chez moi par les mots, puisque je ne pouvais pas y rentrer pour de vrai. J'y écris que je voudrais être un "homme-crier", quelqu'un qui hurle pour réveiller les autres. Imagine un cri si fort qu'il fait tomber les murs de la peur. Je n'écrivais pas pour être joli. J'écrivais pour que mon peuple relève la tête. Ce poème, c'est mon cœur posé sur du papier.
Je rentrais chez moi par les mots, puisque je ne pouvais pas y rentrer pour de vrai.
—Pourquoi vous vouliez crier dans vos poèmes au lieu de parler doucement ?
Bonne question, mon enfant. Parce qu'on avait ordonné à mon peuple de se taire pendant des siècles. Quand on t'a fait taire si longtemps, parler tout bas ne suffit plus. Imagine une classe où un enfant n'a jamais eu le droit de lever la main. Le jour où il parle, sa voix tremble et monte fort. Mon poème, c'était ce cri-là. Je voulais réveiller les Antillais, leur dire : votre peau, votre histoire, vos ancêtres, tout cela est digne. Le surréalisme, cet art qui libère l'imagination, m'a aidé à trouver des mots neufs. La poésie, vois-tu, c'est une arme douce et terrible.
Quand on t'a fait taire si longtemps, parler tout bas ne suffit plus.
—Vous disiez que coloniser, c'était de la barbarie. Pourquoi ?
Parce que c'était vrai, mon enfant. En 1950, j'ai écrit le Discours sur le colonialisme. On me parlait de "civilisation", de routes et d'écoles apportées aux colonies. Mais moi je voyais la faim, le mépris, les peuples saignés. Imagine quelqu'un qui te vole ta maison et qui te dit ensuite : "Regarde, je t'ai construit une jolie porte." Coloniser un peuple, c'est l'abaisser, et abaisser l'autre, ça finit toujours par abaisser celui qui domine aussi. Ce petit livre est devenu une arme pour tous les peuples qui voulaient leur décolonisation, leur liberté. On peut combattre une injustice immense avec quelques pages bien écrites.
On peut combattre une injustice immense avec quelques pages bien écrites.

—C'est vrai que vous avez été maire pendant super longtemps ?
Cinquante-six ans, mon enfant ! De 1945 à 2001, maire de Fort-de-France, ma ville. C'est presque toute une vie. Imagine : des bébés que j'ai vus naître étaient devenus grands-parents quand j'ai quitté la mairie. Le matin, je lisais mon courrier sur mon bureau, je recevais les gens, je m'occupais des rues, de l'eau, des écoles. Et le soir, je redevenais poète, j'écrivais tard dans la nuit. Deux métiers dans un seul homme. Ce n'était pas toujours facile de passer des poèmes aux problèmes de tuyaux ! Mais servir sa ville, c'est aussi une forme de poésie, tu sais.
Servir sa ville, c'est aussi une forme de poésie.
—Ça sentait quoi chez vous le matin ? Vous mangiez quoi ?
Ah, tu me ramènes à la maison ! Le matin, ça sentait le café et les fruits mûrs. Je prenais un petit-déjeuner créole, tout léger, à cause de la chaleur. Chez nous, on mange des accras, du court-bouillon de poisson, des ignames, des bananes. Quand il y avait une fête, un peu de rhum agricole pour les grands. Imagine une cuisine où entrent par la fenêtre l'odeur de la mer et le bruit des oiseaux. Ma maison était pleine de livres, des murs entiers de livres. Je vivais entre deux choses que j'aimais : la table de ma terre, et la bibliothèque du monde entier.
Je vivais entre deux choses que j'aimais : la table de ma terre, et la bibliothèque du monde.

—Vous étiez dans un parti politique. Pourquoi vous l'avez quitté ?
Oui, j'étais au Parti communiste. Mais en 1956, j'ai claqué la porte. J'ai écrit une lettre à son chef, Maurice Thorez, pour expliquer pourquoi. Tu sais, ce parti regardait surtout les problèmes de l'Europe, et il oubliait nous, les peuples noirs et colonisés. Imagine que tu fais partie d'une équipe, mais qu'on ne t'écoute jamais et qu'on décide tout sans toi. Un jour, tu pars. Je voulais défendre les miens avec mes propres mots, pas répéter ceux des autres. Quitter, ce n'est pas trahir. Parfois, partir, c'est rester fidèle à soi-même.
Quitter, ce n'est pas trahir. Parfois, partir, c'est rester fidèle à soi-même.
—Et après, vous avez fait quoi ? Vous avez abandonné la politique ?
Oh non, mon enfant, je n'abandonne jamais ! Deux ans après, en 1958, j'ai fondé mon propre parti, le Parti progressiste martiniquais. Je voulais que la Martinique décide davantage de ses propres affaires, tout en restant liée à la France. Imagine un grand enfant qui veut faire ses choix lui-même, sans pour autant quitter sa famille. C'était ça, mon idée. Je continuais à être maire, député, et à écrire en même temps. Quand on croit à quelque chose, on ne reste pas les bras croisés à se plaindre. On construit un nouvel outil et on se remet au travail.
Quand on croit à quelque chose, on ne se plaint pas : on se remet au travail.
—Si on retient une seule chose de vous, ce serait quoi ?
Retiens ceci, mes jeunes amis : personne n'a le droit de te faire croire que tu vaux moins qu'un autre. J'ai passé ma vie, avec mes poèmes comme le Cahier d'un retour au pays natal et mes combats, à dire aux miens : tenez-vous droits. Imagine une graine plantée dans une terre dure : si on l'arrose un peu, elle finit par soulever la pierre. Les mots, c'est cette eau-là. Vous êtes jeunes, vous lirez, vous parlerez à votre tour. Alors arrosez la dignité autour de vous. C'est le plus beau métier du monde, et il n'a pas d'âge.
Personne n'a le droit de te faire croire que tu vaux moins qu'un autre.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Aimé Césaire. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



