Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Aimé Césaire

par Charactorium · Aimé Césaire (1913 — 2008) · Lettres · Politique · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans la fraîcheur d'une véranda de Fort-de-France, en cette année 1983, que Léopold Sédar Senghor retrouve son vieux compagnon, peu après la parution de Moi, laminaire. Le ventilateur brasse une chaleur de fin d'après-midi ; sur la table, un exemplaire corné du recueil voisine avec un verre de rhum agricole. Les deux hommes se connaissent depuis le lycée Louis-le-Grand, où ils s'étaient découverts un demi-siècle plus tôt. Senghor, le Sénégalais devenu poète et chef d'État, vient interroger l'enfant de Basse-Pointe sur le chemin parcouru depuis leurs années étudiantes.

Aimé, je me souviens du jour où je t'ai vu arriver à Louis-le-Grand, en 1931, ce Martiniquais farouche. Que cherchais-tu dans ce Paris ?

Toi qui étais déjà là, Léopold, tu sais ce que j'ai éprouvé. J'arrivais de Basse-Pointe avec une bourse et la tête pleine de Latin, persuadé que la métropole me dirait qui j'étais. Or c'est le contraire qui s'est produit. En te rencontrant, toi l'Africain, j'ai compris que je ne savais rien de l'Afrique, et donc rien de moi. Paris m'a appris mon exil avant de m'apprendre mon retour. Je cherchais une culture ; j'ai trouvé une amputation. Ce vide-là, cette absence de pays au cœur d'un homme qui en possédait pourtant un, voilà ce qui allait devenir ma matière première. Sans cette blessure parisienne, je crois que je n'aurais jamais écrit une ligne qui vaille.

Je cherchais une culture ; j'ai trouvé une amputation.

Lorsque nous avons lancé L'Étudiant noir avec Damas, en 1935, ce mot de « négritude » que tu as forgé — d'où t'est-il venu ?

Il est né d'une colère, Léopold, et tu l'as vu naître mieux que personne. On nous jetait « nègre » comme une injure, comme une tare à cacher derrière l'assimilation. Alors j'ai décidé de ramasser ce mot dans la boue et d'en faire un drapeau. La négritude, ce n'était pas une doctrine de salon : c'était la reconnaissance simple et fière du fait d'être noir, de notre histoire, de notre culture africaine. Toi tu en faisais une douceur, une civilisation de l'émotion ; moi j'en faisais une révolte. Mais nous regardions dans la même direction. Dans L'Étudiant noir, nous avons cessé de nous excuser d'exister. C'était cela, l'acte fondateur : transformer la honte qu'on nous imposait en dignité que nous nous donnions.

J'ai décidé de ramasser ce mot dans la boue et d'en faire un drapeau.

Ton Cahier d'un retour au pays natal, tu l'as pourtant écrit là-bas, dans nos chambres froides de Paris. Comment écrit-on le retour quand on est en exil ?

On l'écrit justement parce qu'on est loin, Léopold. La Martinique, de Basse-Pointe, je ne la voyais pas ; il a fallu la distance des pavés parisiens pour qu'elle me revienne tout entière, avec ses mornes, sa misère, ses cases et sa lumière. Le Cahier est un cri poussé vers une île que je tenais d'autant plus fort qu'elle m'échappait. J'y ai mis tout : la révolte contre la colonie, la honte vaincue, l'amour de mon peuple debout. Je l'ai commencé vers 1936, je l'ai retravaillé des années, et il a paru en 1939. Les premiers lecteurs furent rares, l'écho fut lent à venir. Mais j'avais compris une chose : pour retrouver son pays natal, il faut d'abord avoir le courage de le nommer dans toute sa vérité, sans le farder.

Il a fallu la distance des pavés parisiens pour que mon île me revienne tout entière.

Et puis tu es rentré enseigner au lycée Schœlcher, en 1939. Toi qui aurais pu rester près de nous, pourquoi ce retour ?

Parce qu'un poème ne suffit pas, Léopold. J'avais célébré mon pays sur le papier ; il fallait maintenant y vivre et y travailler. Au lycée Schœlcher, j'ai eu devant moi des jeunes Martiniquais que l'on dressait à mépriser leur propre peau, comme on avait voulu nous dresser. Leur ouvrir les yeux, leur rendre une fierté, c'était prolonger le Cahier autrement. Avec Suzanne, nous avons bientôt fondé la revue Tropiques, en pleine guerre, sous l'œil de Vichy. Enseigner, publier, résister : tout cela tenait ensemble. Je ne voulais pas être un poète d'exportation, applaudi à Paris et absent de chez lui. Mon combat n'avait de sens que les pieds dans la terre rouge de la Martinique, parmi les miens.

En 1950, ton Discours sur le colonialisme a frappé comme un coup de tonnerre. As-tu mesuré la violence de ce que tu y affirmais ?

Je l'ai pesée, et je l'assume encore aujourd'hui, Léopold. On me parlait de civilisation : moi, je parlais de prolétarisation et de mystification. Mon idée était simple et terrible : la colonisation déshumanise d'abord le colonisateur. L'Europe qui s'était habituée à traiter les peuples d'outre-mer en bêtes a fini par retourner contre elle-même cette même barbarie. J'ai osé écrire que les crimes coloniaux avaient préparé le terrain de ce que l'Europe a subi dans ses propres guerres. Ce texte n'était pas un essai d'universitaire ; c'était une arme tendue aux peuples qui se levaient en Afrique et en Asie. On m'a accusé d'exagérer. Mais regarde autour de nous : ce sont ces pages-là, plus que mes poèmes, qui ont voyagé jusqu'aux maquis de la décolonisation.

La colonisation déshumanise d'abord le colonisateur.
Philippe Mouillon avec Aimé Césaire 002
Philippe Mouillon avec Aimé Césaire 002Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Jean Baptiste Devaux

En 1946, tu as porté la loi de départementalisation. Toi, le chantre de la négritude, faisant de la Martinique un département français — n'était-ce pas un paradoxe ?

On me l'a assez reproché, Léopold, et je comprends la question. Mais souviens-toi de l'état de nos îles en 1945 : misère, abandon, citoyens de seconde zone privés des droits de la métropole. La départementalisation, pour moi, ce n'était pas une dilution dans la France ; c'était d'abord exiger l'égalité réelle, le même droit social, le même statut, qu'on nous refusait depuis l'abolition. Je réclamais que la République tienne enfin ses promesses à l'égard des descendants d'esclaves. La fierté noire et la justice sociale n'étaient pas pour moi des combats séparés. Je savais le risque de l'assimilation, je l'ai dit et redit. Mais en 1946, donner du pain et des droits à mon peuple passait avant les querelles de théorie. La dignité commence aussi par l'hôpital et l'école.

Voilà près de quarante ans que tu es maire de cette ville. Comment l'écrivain et le bâtisseur de routes cohabitent-ils dans le même homme ?

Difficilement, et merveilleusement, Léopold — toi qui as gouverné un État, tu sais de quoi je parle. Le matin appartient au maire : les égouts, les écoles, le logement des familles entassées, les comptes de la commune. Le poète, lui, doit attendre la nuit, quand la ville se tait. Longtemps j'ai cru que la politique allait dévorer l'écriture. Et puis j'ai compris qu'elles se nourrissaient. Administrer Fort-de-France, c'est encore aimer mon peuple, mais avec des trottoirs et des canalisations au lieu de métaphores. La mairie m'a gardé les pieds dans le réel, m'a empêché de devenir un poète de nuées. Si Moi, laminaire a paru l'an dernier, c'est parce que ces quarante années de service m'ont donné quelque chose de dur et de vrai à dire sur les hommes.

Administrer ma ville, c'est aimer mon peuple avec des trottoirs au lieu de métaphores.
Rano et Césaire
Rano et CésaireWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Hector Desrosiers

En 1956, ta Lettre à Maurice Thorez a fait grand bruit. Rompre avec le Parti communiste, après tant d'années, fut-ce un déchirement ?

Ce fut une nécessité, et oui, un déchirement. J'avais milité avec ces hommes, j'avais cru à leur combat contre l'exploitation. Mais le Parti voulait penser à notre place, plier notre lutte particulière à sa doctrine européenne. Or aucune doctrine venue d'ailleurs ne pouvait épuiser le problème noir, le problème colonial, qui est singulier. Quand j'ai vu son silence sur les crimes du stalinisme et son aveuglement à notre égard, j'ai écrit à Thorez que je refusais de troquer ma fraternité noire contre une fraternité abstraite. Je voulais une voie qui parte de nous, des Antilles, de l'Afrique. On m'a dit isolé. Mais mieux vaut une solitude lucide qu'une obéissance qui vous mutile. Cette lettre, vois-tu, c'était encore de la négritude : le refus qu'un autre décide de qui nous sommes.

Mieux vaut une solitude lucide qu'une obéissance qui vous mutile.

Deux ans plus tard, en 1958, tu fondais le Parti progressiste martiniquais. Quelle voie cherchais-tu, entre l'indépendance et la France ?

Une voie martiniquaise, Léopold, à notre mesure. Toi tu as conduit le Sénégal à la souveraineté ; nos îles, elles, sont autres — petites, marquées par des siècles d'assimilation, économiquement enchaînées. Proclamer l'indépendance d'un claquement de doigts eût été une aventure cruelle pour mon peuple. Mais l'assimilation totale, je n'en voulais pas davantage : elle nous effaçait. Avec le PPM, j'ai cherché l'autonomie : que les Martiniquais gèrent leurs propres affaires, sur leur terre, selon leur génie, sans rompre brutalement tous les liens. On m'a trouvé trop prudent d'un côté, trop hardi de l'autre. Mais la liberté d'un peuple n'est pas une formule de manuel ; elle se taille sur mesure. J'ai préféré une émancipation patiente à une indépendance qui aurait affamé les miens.

Un demi-siècle après nos chambres de Paris, que reste-t-il, pour toi, de cet enfant de Basse-Pointe qui voulait nommer son pays ?

Il reste l'essentiel, Léopold : il a tenu parole. Ce gamin venu du nord de l'île avec une bourse et une rage, il voulait rendre la dignité à son peuple et nommer sa terre sans la farder — et je crois qu'il s'y est tenu, du Cahier jusqu'à ce Moi, laminaire qui repose là entre nous. La laminaire, c'est cette algue qui s'accroche au rocher battu par la mer et qui pourtant tient bon. Voilà ce que je me sens être : enraciné, secoué, mais debout. Je n'ai pas tout réussi, les blessures de l'esclavage et de la colonie ne se referment pas en une vie. Mais nous avons, toi et moi, ouvert un chemin où d'autres marchent déjà. Le pays natal, finalement, je ne l'ai pas seulement retrouvé : j'ai essayé de le rendre habitable.

Enraciné, secoué, mais debout : voilà ce que je me sens être.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Aimé Césaire. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.