Interview imaginaire avec Amenhotep III
par Charactorium · Amenhotep III (1399 av. J.-C. — 1350 av. J.-C.) · Politique · Arts visuels · Spiritualité · 5 min de lecture

Rive occidentale de Thèbes, à l'heure où le soleil bascule derrière les collines libyques. Le pharaon Amenhotep III nous reçoit dans une salle du palais de Malkata, les pieds nus sur un sol peint couleur d'eau du Nil. Dehors, sur le lac creusé pour son épouse, une barque attend l'aube ; ici, entouré de scarabées de faïence bleue, il consent à parler comme jamais un dieu vivant ne le fait — à la première personne.
—Comment vous est venue l'idée de graver vos actes sur ces petits scarabées de faïence plutôt que sur la pierre des temples ?
La pierre demeure, mais elle demeure là où on l'a dressée. Un scarabée, lui, voyage. J'en ai fait cuire plus de deux cents en faïence bleu-vert, la couleur de la renaissance, et je les ai lancés comme on lance des graines : jusqu'aux cours de Syrie, jusqu'aux temples de Nubie. Chacun portait une nouvelle du règne — mon mariage, mes chasses, le creusement du lac. Ainsi le scribe d'un roi lointain qui n'entrera jamais dans Karnak tient pourtant dans sa paume la voix de Nebmaâtrê. Le bousier roule sa boule et fait lever le soleil chaque matin ; mes scarabées, eux, roulent mon nom d'un bout à l'autre du monde connu.
Je les ai lancés comme on lance des graines : jusqu'aux cours de Syrie, jusqu'aux temples de Nubie.
—L'un de ces scarabées annonce que vous avez abattu cent deux lions. Pourquoi tenir un tel décompte ?
Parce qu'un chiffre est une prière rendue visible. Cent deux lions de ma propre main, entre l'an un et l'an dix de mon règne — le scarabée le dit sans fard. Le fauve n'est pas seulement une bête ; il est le désordre qui rôde aux lisières, l'ennemi de la maât. Quand mon arc se tend et que la flèche part, ce n'est pas un chasseur qui vise, c'est Rê qui repousse la nuit. Le peuple qui reçoit ce scarabée ne compte pas des trophées : il apprend que son roi tient encore le chaos à la gorge. Voilà pourquoi je grave le nombre, précis, comme on scelle un serment.
Un chiffre est une prière rendue visible.
—Vous avez épousé Tiye, fille d'un noble de province et non du sang royal. Qu'est-ce qui a guidé ce choix ?
On me l'a assez reproché en silence. Tiye n'est pas née d'une lignée de rois : son père est Youya, sa mère Touya, gens de qualité mais de province. Et pourtant je l'ai faite Grande Épouse royale, et je l'ai proclamé sur un scarabée envoyé à tout l'empire, en nommant ses parents comme on nomme une frontière — de Karouy au sud jusqu'à Naharina au nord. Que le monde entier sache d'où vient ma reine. Je n'ai pas choisi un ventre, j'ai choisi une intelligence ; elle lit les affaires de l'État par-dessus mon épaule et les rois étrangers eux-mêmes lui écrivent. Le sang fait les princesses ; l'esprit fait les reines.
Le sang fait les princesses ; l'esprit fait les reines.
—Vous souvenez-vous de l'inauguration du lac que vous avez fait creuser pour elle ?
Comme d'un matin volé aux dieux. J'avais ordonné qu'on creuse pour Tiye, dans la ville de son père, un lac de trois mille sept cents coudées de long — l'affaire de quelques jours à peine, tant les bras étaient nombreux. Au troisième mois de la première saison, au jour premier, l'eau était là où il n'y avait que sable. J'ai fait mettre à flot la barque nommée Aton-brille, et nous avons navigué, elle et moi, sur une étendue née de ma seule parole. Songez-y : un roi dit « qu'il y ait un lac », et le lendemain le vent y ride une eau nouvelle. Ce jour-là j'ai su que Malkata serait ma demeure d'éternité.
Un roi dit « qu'il y ait un lac », et le lendemain le vent y ride une eau nouvelle.
—À Soleb, en Nubie, vous avez consacré un temple à votre propre divinité. Comment un homme se rend-il un culte à lui-même ?
Vous parlez d'un homme ; moi je parle du fils d'Amon-Rê. Depuis toujours le pharaon est pont entre les dieux et les vivants — mais à Soleb, j'ai laissé la vérité prendre sa pleine mesure. Sur les relifs, on me voit officier, encens à la main, devant ma propre effigie rayonnante, celle de Nebmaâtrê, seigneur de Nubie. Cela vous étonne : que le prêtre et le dieu aient un seul visage. Mais qui, mieux que moi, connaît l'offrande due à ma part divine ? Aucun pharaon avant moi n'était allé si loin de son vivant. Je n'usurpe rien : je révèle seulement, au grand jour et dans la pierre nubienne, ce que le trône contient depuis l'origine.
Cela vous étonne : que le prêtre et le dieu aient un seul visage.

—Que répondez-vous à ceux qui trouvent démesuré qu'un roi se fasse dieu avant même sa mort ?
Que la démesure serait de faire moins. J'ai célébré non pas un mais trois jubilés Heb-Sed, ces fêtes qui régénèrent le pouvoir après trente ans de règne ; à chaque fois, ma vitalité divine s'est renouvelée sous les yeux des grands prêtres. Un pharaon usé par l'âge qui renaît trois fois, cela ne se rationne pas. Mon nom même, Nebmaâtrê, dit « Maître de la maât est Rê » — je ne porte pas la justice, je la suis. Les temples que je dresse, de Louxor à Soleb, ne sont pas des vantardises : ce sont les preuves matérielles qu'à travers moi l'ordre du monde tient bon. Retirez le dieu du roi, et l'Égypte n'est plus qu'une terre parmi les terres.
Je ne porte pas la justice, je la suis.
—Le roi de Babylone vous a réclamé une princesse égyptienne en mariage. Comment gouverne-t-on par ces lettres échangées entre souverains ?
Chaque après-midi, à Malkata, les tablettes s'entassent devant mes scribes comme les crues déposent leur limon. Kadashman-Enlil de Babylone me presse : pourquoi ne lui ai-je pas envoyé une de mes filles ? Qu'il m'en donne une, écrit-il, et l'or coulera en retour. Je réponds sans me fâcher, mais je ne cède pas : jamais fille de roi d'Égypte ne quitte les Deux Terres pour un lit étranger — c'est notre loi, et l'or que j'expédie déjà en quantité vaut mieux qu'une princesse. Avec le Mitanni, avec l'Arzawa, c'est le même jeu patient : je prends leurs filles, je donne mon or, je ne rends pas les miennes. On me croit paisible ; je suis simplement plus riche, et la richesse est une armée qui ne saigne pas.
La richesse est une armée qui ne saigne pas.
—Pourquoi refuser si fermement de marier vos filles à l'étranger, quand cela scellerait de puissantes alliances ?
Parce qu'une fille de pharaon porte en elle un peu du dieu, et le dieu ne s'exporte pas. Les rois du Mitanni m'envoient volontiers les leurs, et je les accueille dans mon harem avec leurs suivantes et leurs dots ; l'or de mes mines de Nubie, lui, part par convois entiers vers l'orient. L'échange est déjà généreux — que réclament-ils de plus ? Céder une princesse égyptienne, ce serait admettre qu'un autre trône vaut le mien, et aucun ne le vaut. Je tisse la paix avec des cadeaux, des tablettes et des mariages entrants ; je ne la tisse pas avec le sang sacré de ma maison. Un roi habile donne beaucoup pour ne jamais donner l'essentiel.
Une fille de pharaon porte en elle un peu du dieu, et le dieu ne s'exporte pas.
—Sur la rive ouest, deux colosses de dix-huit mètres gardent votre temple funéraire. Qu'avez-vous voulu bâtir là ?
Le plus grand temple que l'Égypte ait jamais porté — si vaste qu'on eût dit vouloir loger l'éternité elle-même à Kom el-Hetan. Devant son entrée, j'ai fait dresser deux géants de quartzite rouge, hauts de dix-huit mètres, tirés du sol et traînés jusqu'à Thèbes par des milliers d'hommes. Ils me représentent assis, mains sur les genoux, le regard vers le levant, gardiens de ma demeure des millions d'années. Autour d'eux se pressaient des centaines de statues, des sphinx, des stèles — une foule de pierre pour escorter mon nom au-delà de la mort. Que les crues rongent le reste ; ces deux-là veilleront quand tout le temple aura fondu dans le limon.
Deux géants de quartzite rouge, gardiens de ma demeure des millions d'années.
—On raconte que l'un de ces colosses se met à chanter au lever du jour. Que vous inspire cette voix née de la pierre ?
De mon vivant ils se taisent, et c'est bien ainsi : un dieu n'a pas à s'expliquer. Mais si l'un d'eux devait un jour élever la voix au premier rayon de l'aube, j'y verrais Rê lui-même me saluant à travers mon image, l'ordre du matin répondant à l'ordre que j'ai tenu ma vie durant. On me dit que des voyageurs venus de très loin y entendraient la plainte d'un héros pleurant sa mère l'Aurore — qu'importe le récit qu'ils y logeront. L'essentiel est que la pierre parle encore quand la bouche du roi s'est tue. Un pharaon réussit sa mort le jour où son silence continue de faire du bruit.
Un pharaon réussit sa mort le jour où son silence continue de faire du bruit.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Amenhotep III. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.

