Les enfants interrogent Andrea Dworkin
par Charactorium · Andrea Dworkin (1946 — 2005) · Société · Philosophie · Lettres · 5 min de lecture

Deux élèves de cinquième, en classe découverte, ont poussé la porte d'un petit appartement de New York, encombré de livres et de dossiers. Une femme en salopette de denim les attend, assise au milieu de ses manuscrits couverts de ratures. Elle s'appelle Andrea Dworkin, et elle a accepté de répondre à leurs questions.
—C'était comment, votre vie à Amsterdam quand vous étiez jeune ?
Tu sais, je suis arrivée à Amsterdam en 1968. J'avais à peine plus de vingt ans, et je croyais y trouver la liberté. Imagine une ville pleine de canaux, très belle à regarder. Mais moi, j'avais souvent le ventre vide. J'ai connu la misère, la vraie, celle où tu comptes chaque pièce. Et j'ai vu comment, quand une femme est pauvre, certains hommes croient pouvoir l'acheter comme un objet. Ces trois années-là m'ont tout appris. Pas dans les livres, non. Dans ma propre peau. C'est là que j'ai commencé à comprendre ce que je combattrais toute ma vie.
—Votre mari, il était méchant avec vous ?
Oui, mon enfant. Je me suis mariée là-bas, en 1969, avec un homme nommé Ivar. Au début, je l'aimais. Puis il a commencé à me frapper. Encore, et encore. J'avais peur, la nuit surtout. Mais tu sais ce qui m'a sauvée ? D'autres femmes. Des presque inconnues qui m'ont ouvert leur porte, cachée, nourrie, jusqu'à ce que je puisse fuir en 1971. Seule, je n'y serais jamais arrivée. C'est pour ça que, plus tard, j'ai toujours cru en une chose toute simple : les femmes doivent se tenir les coudes. Quand l'une tombe, les autres la relèvent.
—Vous aviez quel âge quand on vous a arrêtée ?
J'avais 18 ans, en 1965. J'étais une gamine révoltée. Je manifestais devant le grand bâtiment des Nations unies, à New York, contre une guerre lointaine, au Viêtnam. La police m'a arrêtée. Et en détention, on m'a fait subir un examen médical brutal et humiliant, sans aucun respect pour mon corps. J'avais mal. J'avais honte, alors que je n'avais rien fait de mal. Mais j'ai fait une chose que les puissants détestent : j'ai parlé. J'ai raconté partout, à qui voulait l'entendre, ce qu'on m'avait fait. Ce jour-là, sans le savoir, une militante est née.
—Pourquoi ça vous a changée à ce point ?
Parce que j'ai compris quelque chose ce jour-là. Ce n'était pas juste un policier méchant, un accident. C'était le système lui-même, les institutions, qui se permettait de faire mal au corps d'une femme. Il existe un mot pour ça, apparu à mon époque : la violence faite aux femmes. Ça désigne toutes les violences qu'on subit juste parce qu'on est une fille. À l'école, on m'avait appris que la loi protège. Moi, j'ai découvert qu'elle pouvait aussi blesser. Alors j'ai décidé d'y consacrer ma vie : faire en sorte qu'on écoute les femmes, et surtout qu'on les croie quand elles racontent.
—Pourquoi vous portez toujours cette salopette en jean ?
Ah, tu l'as remarquée ! Regarde : une salopette en denim, un simple t-shirt, des chaussures plates. Je porte ça presque tous les jours. Ce n'est pas par hasard, tu sais. À mon époque, on attendait des femmes qu'elles se serrent dans des habits inconfortables, qu'elles se maquillent, qu'elles soient jolies à regarder pour les hommes. Moi, j'ai dit non. Je m'habille pour être libre de mes mouvements, pour travailler, pour marcher droit. Cette salopette, c'est comme un petit drapeau. Une façon silencieuse de dire que je ne m'habille pour plaire à personne.
Mon corps n'est pas une décoration à regarder.

—C'était comment, votre journée quand vous écriviez ?
Alors là, tu serais surprise ! Je n'écrivais pas assise, bien sagement à un bureau. Non. J'écrivais debout, devant une table haute, pendant des heures entières. Souvent l'après-midi, parfois une partie de la nuit. Une fois lancée, je ne pouvais plus m'arrêter. C'était comme si les idées coulaient toutes seules, et que ma main courait derrière pour les rattraper. On appelle ça être dans une sorte de transe. Autour de moi, des piles de livres, des notes, des dossiers partout. Mes feuilles étaient couvertes de ratures et de mots ajoutés au crayon. Ma pensée se construisait là, directement sur le papier.
—Ça ne vous faisait pas mal au dos, d'écrire debout ?
Un peu, oui ! Mais vois-tu, j'avais besoin de ça. Debout, je me sentais prête au combat, comme une boxeuse avant le match. Écrire, pour moi, ce n'était pas me reposer. C'était lutter. Chaque phrase devait frapper juste. Je relisais, je raturais, je recommençais dix fois. Près de moi vivait un homme que j'aimais, John Stoltenberg, un écrivain lui aussi. On partageait un petit appartement plein de papiers. Je mangeais peu, vite, sans y penser vraiment. La nourriture m'ennuyait. Seuls comptaient les mots, et l'idée qu'ils pouvaient, un jour, changer la vie d'une femme quelque part.

—C'est vrai que vous avez écrit un livre entier sur un sujet interdit ?
Oui. En 1981, j'ai publié un livre au titre difficile : Pornography: Men Possessing Women. Je vais te l'expliquer simplement. Il existe des images qui montrent les femmes comme des objets qu'on peut utiliser, blesser, puis jeter. Ça, ça m'a révoltée. J'ai voulu montrer que ce n'était pas juste « pour rire », mais que ça faisait du mal aux vraies femmes, dans la vraie vie. J'ai passé des années à tout étudier, à tout documenter, comme une enquêtrice. Mon livre a déclenché une immense dispute dans le monde entier. Beaucoup m'ont détestée. Mais je n'ai jamais regretté d'avoir dit tout haut ce que d'autres préféraient taire.
—Et vous avez essayé de changer la loi, aussi ?
Exactement. En 1983, avec une avocate très brillante, Catharine MacKinnon, on a eu une idée neuve. À Minneapolis, on a écrit une loi de ville, une « ordonnance ». Jusque-là, on parlait de ces images comme d'une question de morale, de bien et de mal. Nous, on a dit autre chose : c'est une atteinte aux droits civiques des femmes, c'est-à-dire à leur droit d'être traitées à égalité. Imagine : pour la première fois, une femme blessée pouvait porter plainte. La loi a été votée deux fois... et bloquée deux fois par les puissants. On a perdu la bataille. Mais l'idée, elle, a voyagé partout.
On a perdu la bataille, mais l'idée a fait le tour du monde.
—Si des filles comme nous lisent votre histoire un jour, qu'est-ce que vous voulez qu'elles retiennent ?
Oh, cette question me touche, mon enfant. Je voudrais qu'elles retiennent une chose très simple. Quand une femme raconte ce qu'elle a vécu, quand elle dit « on m'a fait du mal », il faut la croire. Le plus grand mépris, c'est de ne pas être crue sur sa propre vie. Toute mon existence, du parvis des Nations unies à mes derniers livres, j'ai combattu pour ça. Je n'étais pas toujours douce, je le sais. J'étais en colère, souvent. Mais c'était une colère qui voulait protéger. Alors, à toi et à tes amies, je dis : n'ayez jamais honte de dire la vérité. Et tenez-vous les coudes.
Le plus grand mépris, c'est de ne pas être crue sur sa propre vie.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Andrea Dworkin. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


