Les enfants interrogent Aretha Franklin
par Charactorium · Aretha Franklin (1942 — 2018) · Musique · Société · 5 min de lecture

Deux élèves de douze ans poussent la porte d'une loge tendue de velours. Sur une table basse, un chapeau gris à large nœud attend. La « Reine de la soul » leur fait signe de s'asseoir, un sourire dans la voix.
—C'est vrai que vous avez appris le piano toute seule quand vous étiez petite ?
Oui, mon enfant, et ça faisait rager mon professeur ! Je n'ai jamais pris de vrais cours. Dès mes cinq ans, j'entendais une mélodie à la radio, je courais au piano, et je la retrouvais toute seule, note après note. Imagine un enfant qui écoute un oiseau et qui, le soir, sait déjà le siffler. C'était ça, moi. Mon père était le révérend C.L. Franklin, pasteur à Detroit. À la maison passaient de grandes chanteuses de gospel comme Mahalia Jackson. Je les écoutais depuis l'escalier. C'était mon école à moi, sans pupitre ni cahier, juste des oreilles grandes ouvertes.
Je n'ai jamais appris la musique : je me souviens juste d'avoir toujours su.
—Vous chantiez dans l'église de votre papa ? Ça faisait quoi comme effet ?
Oh, je chantais à la New Bethel Baptist Church dès mes huit ans. Imagine une grande salle pleine de monde, et quand tout le monde chante ensemble, le plancher tremble sous tes pieds. Le gospel, c'est la musique sacrée qu'on chante à l'église chez nous, pour prier en chantant. Ce n'était pas un spectacle, c'était une prière qui montait très fort. J'y ai tout trouvé : ma voix, ma foi, ma force. Bien plus tard, en 1972, j'ai enregistré tout un disque de gospel dans une église, Amazing Grace. C'est resté le disque de gospel le plus vendu de tous les temps. Tu vois : je ne suis jamais vraiment sortie de cette église.
L'Église m'a tout donné : ma voix, ma foi, ma force.
—Votre chanson « Respect », c'était votre idée à vous ?
La chanson existait déjà ! Elle avait été écrite par un homme, Otis Redding. Dans sa version, c'était un mari qui rentrait du travail et réclamait de l'attention à sa femme. Moi, en 1967, j'ai tout retourné. J'ai changé des paroles, j'ai ajouté ce moment où j'épelle le mot lettre par lettre — R-E-S-P-E-C-T — comme quand un professeur écrit un mot au tableau pour qu'on ne l'oublie jamais. Et soudain, ce n'était plus l'histoire d'un couple. C'était le cri de toutes les femmes noires qui voulaient qu'on les respecte. La chanson est montée numéro un partout dans le pays.
J'ai pris la chanson d'un homme, et j'en ai fait le cri de toutes les femmes.
—Pourquoi cette chanson est devenue si importante pour tout le monde ?
Parce qu'elle arrivait au bon moment, mon enfant. À mon époque, dans le sud des États-Unis, des lois séparaient encore les Noirs et les Blancs : les mêmes écoles étaient interdites, les mêmes restaurants aussi. On appelait ça la ségrégation. Beaucoup de gens se battaient pour que ça cesse, aux côtés de Martin Luther King. Et voilà qu'une chanson disait tout haut : « respectez-moi ». Comme je l'ai dit un jour, ce n'était pas seulement une chanson, c'était une déclaration. Les gens la chantaient dans la rue, dans les cortèges. Un mot de sept lettres était devenu un drapeau qu'on pouvait chanter.
Un mot de sept lettres est devenu un drapeau qu'on pouvait chanter.
—C'était comment, une journée quand vous enregistriez un disque ?
Longue et joyeuse ! En 1967, j'ai signé chez Atlantic Records et je suis allée enregistrer dans un petit studio du Sud, à Muscle Shoals, avec un producteur nommé Jerry Wexler. On travaillait des heures l'après-midi. Je m'asseyais au piano — mon vieux compagnon — et je cherchais les harmonies, c'est-à-dire la façon dont plusieurs voix se répondent pour sonner joliment ensemble. Je recommençais dix fois s'il le fallait. Autour de moi, des musiciens formidables suivaient le moindre de mes gestes. Ce premier album, I Never Loved a Man, c'est là que ma vraie voix est enfin sortie tout entière.

—Les grands messieurs du studio, ils vous écoutaient vraiment, vous, une jeune femme ?
Ils apprenaient à m'écouter, oui ! Tu sais, une femme noire qui décide, à cette époque, ce n'était pas courant. Mais dans le studio, c'était moi qui savais quelle harmonie sonnait juste. Je ne criais jamais. Je disais doucement « non, on recommence », et on recommençait. Une autorité tranquille, mais qui ne cède pas. Je composais aussi mes chansons : Think, en 1968, c'est moi qui l'ai écrite, et elle parle de liberté. Alors quand tu es celle qui tient la mélodie dans sa tête, personne ne peut vraiment te commander. La musique tranchait à ma place.
Je ne criais jamais : je disais « on recommence », et on recommençait.
—C'est vrai que vous aimiez cuisiner ? Vous faisiez quoi comme plats ?
Ah, tu touches à mon cœur ! J'adorais cuisiner la soul food, la cuisine de mes ancêtres du Sud. Du poulet frit doré, des macaronis au fromage bien fondants, des feuilles de chou mijotées longtemps, une tarte aux patates douces pour finir. Je préparais moi-même de grands repas et j'aimais réunir ma famille autour de la table, à Detroit. Pour moi, ce n'était pas juste manger. Chaque plat racontait d'où je venais, les cuisines de mes grands-parents. Imagine une odeur chaude de friture et de sucre qui remplit toute la maison : ça, c'était chez moi.
Chaque plat racontait d'où je venais.

—On dit que parfois vous refusiez de chanter avant d'avoir mangé, c'est vrai ?
Ha ! Les organisateurs de mes tournées adoraient raconter ça. C'est un peu vrai, je l'avoue. Parfois, avant un concert, je voulais mon vrai repas — pas trois miettes attrapées en vitesse. Je faisais livrer mon poulet frit jusque dans les coulisses ! Et tant que ce n'était pas prêt, je prenais mon temps. Ce n'était pas un caprice, tu sais. Pour une femme qui avait grandi dans une Amérique qui méprisait les gens comme elle, exiger un bon repas, c'était dire : « je mérite qu'on prenne soin de moi ». Ma cuisine, c'était aussi ma fierté.
—Vous avez connu Martin Luther King ? C'était comment le jour de ses obsèques ?
Oui, mon enfant, je le connaissais, et je soutenais son combat. Alors quand il a été assassiné, en 1968, ce fut un chagrin immense pour nous tous. J'ai chanté à ses funérailles, devant une foule brisée de tristesse. Imagine un pays entier qui pleure le même jour la même personne. Ma voix tremblait, mais je devais tenir, pour lui. Il avait rêvé tout haut d'un pays où mes neveux marcheraient libres. Ce jour-là, en chantant, je pensais à tous ceux qui avaient marché et souffert pour ce rêve. Je chantais pour ne pas les laisser mourir en silence.
—Et ce fameux chapeau, celui que vous portiez pour chanter devant le président Obama ?
Ah, mon chapeau gris avec le grand nœud ! Le 20 janvier 2009, j'ai chanté pour l'investiture de Barack Obama, le premier président noir de mon pays. Il faisait un froid mordant, alors j'ai mis ce chapeau à large bord. Je ne savais pas qu'il deviendrait célèbre ! Aujourd'hui, il est gardé dans un grand musée, la Smithsonian, à Washington. Ce matin-là, en chantant, je pensais à mon père, à Martin Luther King, à tous ceux qui n'avaient pas vécu assez longtemps pour voir ça. Le rêve dont King parlait, il était là, devant mes yeux. Alors j'ai chanté pour eux tous.
Ce jour-là, le rêve dont King parlait était là, devant mes yeux.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Aretha Franklin. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


