Interview imaginaire

Dialogue imaginaire entre Mohandas Karamchand Gandhi (Mahatma Gandhi) et Arundhati Roy

par Charactorium · Arundhati Roy (1961 — ?) · Spectacle · Lettres · Société · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Arundhati Roy
Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — Jean-Baptiste LABRUNE from Cambridge, MA, USA

C'est sous le grand banian de l'ashram de Sabarmati, au bord de la rivière, que Bapu reçoit Arundhati un matin de mousson, le fil de coton du charkha encore entre les doigts. La lumière blanche tombe sur son sari de khaddar, ce même coton filé à la main qu'ils partagent tous deux. Ils se connaissent par ce fil-là — celui de la résistance sans armes — et le vieux marcheur du sel est venu comprendre comment une romancière du Kerala a fait de sa plume une marche. Un merle siffle dans le figuier ; elle pose son carnet manuscrit sur ses genoux.

Ma fille, on me dit que tu as porté un seul livre cinq années durant, à la main. Qu'est-ce que la lenteur t'a appris ?

Bapu, toi qui as filé chaque jour ton coton comme une prière, tu me comprendras mieux que quiconque. J'ai écrit Le Dieu des Petits Riens pendant cinq ans, souvent à la main, dans un carnet que je gardais contre moi. La lenteur n'était pas de la patience : c'était une manière de désobéir à la vitesse du monde. Chaque phrase, je la reprenais comme on retisse un fil cassé. Quand le Booker Prize est venu en 1997, on m'a dit que j'étais la première Indienne à le recevoir, et que le livre s'était vendu à des millions d'exemplaires. Mais ce qui compte, c'est qu'un enfant du Kerala avait osé raconter, dans sa propre langue intérieure, les choses qui ne peuvent être dites.

La lenteur n'était pas de la patience : c'était une manière de désobéir à la vitesse du monde.

Tu es née d'une mère chrétienne syrienne et d'un père hindou bengali. Dis-moi, cette frontière que tu portes en toi, t'a-t-elle blessée ou éveillée ?

Les deux, Bapu. J'ai grandi à Aymanam, entre les rizières et les canaux, dans un pays où l'on savait exactement qui pouvait toucher qui, boire dans quel verre, aimer qui. Être née des deux côtés d'une frontière, c'est n'avoir de place nulle part — et donc voir la frontière elle-même, ce que ceux qui sont bien installés ne voient jamais. Toi qui as combattu l'idée d'intouchabilité, tu sais combien elle survit dans les gestes les plus tendres. Mon roman parle d'un amour interdit entre une femme de caste et un homme dalit. On m'a reproché ce livre. Mais je n'ai fait qu'écrire la Loi d'Amour telle que je l'avais vue enfant : celle qui prohibe, qui interdit, qui punit ce que le cœur désire.

Être née des deux côtés d'une frontière, c'est voir la frontière elle-même.

Quand ton propre gouvernement a fait tonner la bombe, en 1998, tu as élevé la voix contre lui. N'as-tu pas craint d'être traitée en traître ?

J'ai eu peur, oui, mais d'un autre silence : celui de me taire. Après les essais nucléaires, l'opération Shakti, tout le pays s'est enivré d'orgueil, comme si la bombe était devenue notre dieu. J'ai écrit The End of Imagination. J'y disais que la bombe est incapable de distinguer le sublime du ridicule, le héros du lâche — elle ne connaît que la cendre. On m'a couverte d'injures, on m'a accusée de trahir la nation. Mais toi, Bapu, tu m'as appris qu'aimer son pays, ce n'est pas applaudir sa force : c'est refuser qu'il devienne un bourreau. Le vrai patriotisme, parfois, c'est de désobéir à la fierté collective.

Aimer son pays, ce n'est pas applaudir sa force : c'est refuser qu'il devienne un bourreau.

On raconte qu'en 2002 tu t'es rendue toi-même à la prison, entourée d'une foule. Explique-moi ce choix — n'était-ce pas de l'orgueil ?

Toi qui es entré tant de fois dans les geôles de l'Empire, tu peux juger. La Cour suprême m'avait condamnée pour outrage, parce que j'avais critiqué sa décision sur le barrage de la Narmada. Une journée de prison, symbolique. J'aurais pu payer, discrètement. J'ai préféré marcher jusqu'à la porte de la prison, accompagnée de journalistes et de militants, pour que la condamnation elle-même devienne un texte, une leçon publique. Ce n'était pas de l'orgueil : c'était transformer la punition en tribune. Un tribunal qui punit la parole se juge lui-même. Tu m'as enseigné cela sans le savoir — que la cellule peut être plus libre que le silence.

Un tribunal qui punit la parole se juge lui-même.

Ces grands barrages que tu combats — pourquoi t'y opposer, alors qu'on les dit sources de progrès et de lumière pour des millions ?

Parce que la lumière des uns se paie de la nuit des autres, Bapu. Le projet Sardar Sarovar a noyé des vallées entières et déplacé des centaines de milliers de paysans et de tribaux, sans qu'on leur demande rien. Dans The Greater Common Good, j'ai écrit que déplacer un peuple, ce n'est pas seulement l'arracher à sa terre : c'est démolir la structure même de sa vie, détruire le sol sous ses pieds. Toi qui as marché jusqu'à la mer pour une poignée de sel, tu sais qu'un peuple sans terre n'est plus rien. On appelle cela le « bien commun ». Mais un bien qui exige le sacrifice des plus pauvres n'est que le vol des puissants habillé en avenir.

Un bien qui exige le sacrifice des plus pauvres n'est que le vol des puissants habillé en avenir.
Arundhati Roy 3
Arundhati Roy 3Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — jeanbaptisteparis

Voici ce qui me trouble, mon enfant : tu es allée vivre auprès de rebelles en armes, dans la forêt. Comment concilies-tu cela avec la non-violence ?

C'est la question que je redoutais de toi, Bapu, et je ne te mentirai pas. En 2010, j'ai marché avec les camarades naxalites dans les forêts du Chhattisgarh, au milieu des communautés tribales. J'y ai vu des villages brûlés, des femmes chassées pour livrer la terre aux mines. La forêt est pleine de camps de police ; les tribaux connaissent chaque arbre, chaque saison — mais l'État, lui, sait brûler une forêt. Je ne glorifie pas le fusil. Mais je refuse de faire la leçon de non-violence à ceux qui n'ont plus rien. Ta satyagraha supposait un adversaire capable de honte. Que fait-on quand l'État a cessé d'avoir honte ? Je n'ai pas de réponse tranquille — seulement le devoir de raconter leur silence.

Je refuse de faire la leçon de non-violence à ceux qui n'ont plus rien.

Tu dis que l'État a cessé d'avoir honte. Alors, à quoi bon écrire encore, si la parole ne fait plus rougir personne ?

Parce que la parole n'est pas une arme, Bapu : c'est un siège patient. J'ai dit un jour, dans un discours à Santa Fe, que notre stratégie devait être non seulement d'affronter l'empire, mais de l'assiéger — de le priver d'oxygène, de le couvrir de honte, de le moquer, avec notre art, notre musique, notre littérature, notre entêtement, notre joie. Écrire, c'est refuser que l'État ait le dernier mot sur ce qui est vrai. Même quand nul ne rougit, le récit demeure : il attend son heure, comme une graine sous la cendre. Tant qu'une histoire est racontée fidèlement, le pouvoir n'a pas encore gagné.

La parole n'est pas une arme : c'est un siège patient.
Arundhati Roy and Homi K. Bhabha
Arundhati Roy and Homi K. BhabhaWikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — jeanbaptisteparis

Après ce roman couronné, tu t'es tue vingt ans côté fiction. Pourquoi avoir laissé dormir le conteur en toi si longtemps ?

Ce n'était pas un sommeil, Bapu, c'était un chantier ailleurs. J'estimais que mes combats — les barrages, la bombe, les tribaux dépossédés — étaient plus urgents que d'inventer des personnages. Les essais politiques sont devenus ma manière d'écrire, mon charkha à moi : un geste répété, obstiné, contre l'injustice. Mais une fiction se nourrit en secret de tout ce qu'on croit avoir mis de côté. Quand j'ai enfin publié Le Ministère du Bonheur Suprême, vingt ans plus tard, j'y ai versé les hijras, les Cachemiris, les militants, tous les marginaux d'une Inde fracturée. Le roman n'avait pas dormi : il m'avait attendue au bout de toutes ces routes.

Les essais sont devenus mon charkha : un geste obstiné contre l'injustice.

Toi qui portes le khaddar comme moi, dis-moi : ce coton est-il pour toi un vêtement, ou davantage ?

C'est une déclaration silencieuse, Bapu, et tu en es l'origine. Je porte des saris de coton simple, du khaddar filé à la main, et j'évite tout ce qui sentirait la richesse ou le rang. Ce tissu me relie à toi, à ta marche, à l'idée qu'on peut résister avec ses mains plutôt qu'avec des slogans. Quand je marche avec le Narmada Bachao Andolan aux côtés des déplacés, ce coton dit que je ne viens pas les surplomber, mais me tenir à leur hauteur. Un vêtement peut être un mensonge ou une vérité. Le mien essaie de ne pas trahir ceux dont j'écris la vie.

On peut résister avec ses mains plutôt qu'avec des slogans.

Une dernière chose me préoccupe, Arundhati. Quand tu ne seras plus là pour crier, que restera-t-il de tous ces combats ?

Peut-être rien de visible, Bapu, et pourtant tout. Toi non plus, tu ne sais pas ce que deviendra ton fil de coton dans cent ans. Mais je crois que les combats justes ne se mesurent pas à leurs victoires. J'ai documenté des déplacements forcés, des essais nucléaires, des forêts brûlées ; on m'a traînée devant les tribunaux, couverte d'injures. Rien de tout cela n'a arrêté les barrages. Et pourtant, chaque texte est un témoin déposé pour plus tard, une mémoire qu'on ne pourra pas noyer sous le béton. Ce qui reste, c'est le refus lui-même — la preuve qu'au moins quelqu'un n'a pas consenti. Toi, tu m'as appris que c'est déjà une forme de victoire.

Chaque texte est un témoin déposé pour plus tard, une mémoire qu'on ne pourra pas noyer sous le béton.
Voir la fiche complète de Arundhati Roy

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Arundhati Roy. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.