Interview imaginaire

Les enfants interrogent Arundhati Roy

par Charactorium · Arundhati Roy (1961 — ?) · Spectacle · Lettres · Société · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Arundhati Roy
Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — Jean-Baptiste LABRUNE from Cambridge, MA, USA

Deux élèves de sixième, en classe découverte, ont préparé leurs questions tout le trajet. Ce matin-là, une dame en sari de coton les attend, un carnet à la main. Elle sourit : « Alors, vous voulez qu'on parle vraiment ? »

C'était comment, votre maison quand vous étiez petite, au Kerala ?

Tu sais, mon enfant, j'ai grandi à Aymanam, un village plein de canaux et de rizières. Le matin sentait le thé masala et la noix de coco râpée. Ma mère était chrétienne syrienne, mon père hindou bengali. Imagine deux mondes dans une seule maison ! Autour de nous, il y avait des règles très dures : qui pouvait toucher qui, qui devait rester en bas. On appelait Dalit les gens qu'on traitait d'« intouchables ». Ça me révoltait déjà, toute petite. Ce village, ses secrets, ses interdits d'amour, je les ai gardés dans ma tête. Plus tard, ils sont devenus le cœur de mon premier roman.

Deux mondes vivaient dans une seule maison, et ça m'a appris à regarder.

Vous mangiez quoi le matin, quand vous étiez enfant ?

Chez nous, on mangeait simple, et surtout des légumes. Imagine un bol de riz rouge, une soupe de lentilles qu'on appelait le sambar, et du thoran — des légumes sautés avec de la noix de coco. Le poisson, c'était pour les repas de famille. Encore aujourd'hui, je bois mon thé debout dans la cuisine, avant l'aube, avant même d'écrire un mot. Tu vois, je n'ai jamais aimé montrer la richesse. Je porte souvent un sari de coton tout simple, le khaddar, celui que Gandhi aimait, filé à la main. Manger local, s'habiller simple : pour moi, c'est déjà une manière de choisir son camp.

Manger simple et s'habiller simple, c'est déjà choisir son camp.

C'est vrai que vous avez écrit votre premier livre à la main ?

Oui ! Et ça m'a pris cinq ans. J'écrivais souvent à la main, dans un carnet que je gardais toujours près de moi. Pas de précipitation : je posais les mots, je les rayais, je recommençais. Le livre s'appelle Le Dieu des Petits Riens. Il raconte une famille du Kerala déchirée par les castes et un amour interdit. Quand il est sorti, en 1997, il a reçu un grand prix anglais, le Booker Prize. J'étais la première Indienne à le gagner ! Le livre s'est vendu à des millions d'exemplaires. Mais tu sais, ce qui comptait pour moi, c'était d'avoir dit la vérité sur mon village.

Cinq ans, un carnet, et le courage de dire la vérité sur mon village.

Ça fait quoi de gagner un aussi grand prix d'un coup ?

C'est étourdissant, je te promets. Du jour au lendemain, tout le monde voulait me parler. Mais j'avais un peu peur, aussi. Quand tu deviens célèbre, on veut te ranger dans une case : « la romancière ». Et moi, je voyais autour de moi des injustices énormes en Inde. Des barrages qui chassaient des familles pauvres, des essais de bombes. Je me suis dit : à quoi sert d'être écoutée si je me tais ? Alors j'ai décidé d'utiliser cette voix. J'ai posé le roman de côté et j'ai commencé à écrire des textes de combat. Certains ont trouvé ça fou. Moi, je trouvais ça juste nécessaire.

À quoi sert d'être écoutée, si c'est pour se taire ?

Pourquoi vous avez écrit contre la bombe de votre propre pays ?

En 1998, l'Inde a fait exploser des bombes atomiques pour ses essais. Beaucoup de gens étaient fiers, criaient à la puissance. Moi, ça m'a glacée. J'ai écrit un texte qui s'appelle The End of Imagination. J'y disais une chose simple : la bombe ne sait pas reconnaître un héros d'un lâche, elle détruit tout pareil. Imagine une allumette géante qui ne fait pas la différence entre le beau et le laid. Critiquer son propre gouvernement, c'était risqué. On m'a beaucoup insultée. Mais je préfère être détestée pour avoir dit non, que félicitée pour un silence. C'est là que je suis vraiment devenue une écrivaine de combat.

Je préfère être détestée pour un non que félicitée pour un silence.
Arundhati Roy 3
Arundhati Roy 3Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — jeanbaptisteparis

C'est quoi cette histoire de barrage qui vous a mise en colère ?

Dans la vallée de Narmada, on a construit un barrage géant, le Sardar Sarovar. Un barrage, c'est un grand mur qui retient l'eau d'une rivière. Ça semble utile, mais ici, ça noyait les terres de centaines de milliers de gens pauvres. On les chassait de chez eux ! J'ai écrit un long texte, The Greater Common Good, en 1999. Je disais que déplacer des gens, ce n'est pas juste bouger des meubles : c'est détruire le sol sous leurs pieds. J'ai marché avec eux, un mégaphone à la main, dans le mouvement qu'on appelait le Narmada Bachao Andolan. On chantait, on résistait, ensemble.

Chasser des gens de leur terre, c'est détruire le sol sous leurs pieds.

C'est vrai que vous êtes allée en prison ? Vous aviez peur ?

Oui, en 2002. J'avais critiqué la Cour suprême, le plus grand tribunal du pays, à cause de sa décision sur le barrage. Ils m'ont condamnée à une journée de prison. Une seule journée, mais quand même : la prison ! Tu sais ce que j'ai fait ? Je m'y suis rendue moi-même, la tête haute, entourée de journalistes et de militants. J'ai transformé la punition en manifestation. Bien sûr que j'avais un peu peur en poussant la porte. Mais quand tu crois à quelque chose, la peur devient plus petite que le courage. Une journée derrière les barreaux, ce n'est rien face au silence de toute une vie.

Quand tu crois à quelque chose, la peur devient plus petite que le courage.

Vous êtes allée vivre dans la forêt avec des guérilleros, c'est fou non ?

Un peu fou, oui ! En 2010, je suis partie dans la forêt de Dandakaranya, au Chhattisgarh. Là vivent des peuples très pauvres, les tribus, et des combattants armés qu'on appelle les Naxalites. Imagine une forêt immense, sans route, où chaque arbre a un nom pour ceux qui y vivent. J'ai marché avec eux, dormi par terre, écouté leurs histoires. J'en ai fait un reportage, Walking with the Comrades. Je voulais comprendre pourquoi des gens si pauvres finissent par prendre les armes. Ce n'est pas simple, tu sais. Il y avait de la violence des deux côtés. Mais on ne peut pas juger sans être allé voir de ses propres yeux.

On ne peut pas juger les gens sans aller voir de ses propres yeux.
Arundhati Roy and Homi K. Bhabha
Arundhati Roy and Homi K. BhabhaWikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — jeanbaptisteparis

Vous aviez peur, la nuit, seule dans cette forêt ?

La nuit, dans la forêt, tout change. On entend des bruits qu'on ne connaît pas. Et il y avait partout des camps de police. Les gens des tribus, eux, connaissaient chaque sentier, chaque saison, chaque arbre. Mais l'État, lui, savait comment brûler une forêt entière. Ça, ça faisait peur. Pourtant, je me sentais plus en sécurité avec ces familles pauvres qu'avec les puissants des grandes villes. Le soir, on partageait le peu qu'il y avait à manger. Tu apprends beaucoup, dans le noir, quand tu écoutes vraiment. J'ai gardé mon carnet contre moi, et j'ai tout noté à la lumière du feu.

J'ai tout noté à la lumière du feu, mon carnet contre le cœur.

Pourquoi vous avez attendu vingt ans avant d'écrire un autre roman ?

Bonne question ! Longtemps, j'ai pensé que mes combats étaient plus urgents que les histoires. Comment inventer des personnages quand de vrais gens perdaient leur maison ? Alors j'ai écrit des textes de bataille, pas des romans. Mais les histoires, elles finissent toujours par revenir te chercher. En 2017, j'ai enfin publié mon deuxième roman, Le Ministère du Bonheur Suprême. Il rassemble des gens que le monde repousse dans les coins. Vingt ans d'attente, tu imagines ! Ce que j'ai compris, c'est qu'un combat et un roman, ce sont deux façons de dire la même chose : regardez ceux qu'on ne veut pas voir.

Un combat et un roman disent pareil : regardez ceux qu'on ne veut pas voir.

Si un enfant veut changer le monde comme vous, il commence par quoi ?

Tu me touches beaucoup avec cette question. Je vais te dire : commence par regarder. Vraiment regarder autour de toi, qui souffre, qui on n'écoute pas. Puis pose des questions, comme vous faites aujourd'hui. Moi, tout est parti d'un village, Aymanam, et d'une petite fille qui trouvait les castes injustes. Je n'avais pas d'armée, juste un carnet et de l'obstination. Notre force, ce n'est pas la puissance : c'est notre art, notre musique, notre entêtement, notre joie. On ne combat pas les puissants seulement avec la colère. On les combat aussi en refusant d'avoir peur, et en n'arrêtant jamais de raconter la vérité.

Je n'avais pas d'armée, juste un carnet et beaucoup d'obstination.
Voir la fiche complète de Arundhati Roy

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Arundhati Roy. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.