Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Arundhati Roy

par Charactorium · Arundhati Roy (1961 — ?) · Spectacle · Lettres · Société · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Arundhati Roy
Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — Jean-Baptiste LABRUNE from Cambridge, MA, USA

Un après-midi de mousson à New Delhi, dans un appartement débordant de livres, de journaux pliés et de manuscrits noircis à la main. Le thé masala fume sur la table basse. Arundhati Roy s'assoit en tailleur, un carnet posé près d'elle, et parle d'une voix basse, précise, qui ne cède jamais un pouce de terrain.

Comment est né Le Dieu des Petits Riens, ce roman qui a tout changé pour vous ?

Il est né lentement, sur cinq années, dans un carnet que je gardais toujours avec moi. J'écrivais à la main, phrase après phrase, comme on pose des pierres dans une rivière pour la traverser sans se noyer. Le décor, je ne l'ai pas inventé : c'est Aymanam, mon village du Kerala, ses canaux verts, ses rizières, l'odeur de la rivière et cette hiérarchie de castes qu'on respire dès l'enfance. Le livre parle d'une famille chrétienne syrienne comme la mienne, d'un amour qui transgresse une Loi ancienne, celle qui décide de qui peut être aimé et de combien. Quand le Booker Prize est tombé, en 1997, je suis devenue la première Indienne à le recevoir. Six millions de lecteurs, soudain. Mais moi, je me souvenais surtout du carnet, et du silence dans lequel on écrit.

J'écrivais à la main, comme on pose des pierres dans une rivière pour la traverser sans se noyer.

Pourquoi avoir attendu vingt ans avant de publier un second roman ?

Parce que la fiction me semblait un luxe quand le pays brûlait sous mes fenêtres. Après le premier roman, j'ai eu le sentiment que mes combats étaient plus urgents que mes personnages : les barrages, la bombe, les déplacés. Alors j'ai écrit des essais, des reportages, j'ai marché. Le roman, lui, attendait dans un coin, patient. Il n'est revenu qu'en 2017, avec Le Ministère du Bonheur Suprême. J'y ai réuni tous ceux que l'Inde préfère oublier : une hijra qui vit dans un cimetière, des Cachemiris, des militants brisés. Il fallait vingt ans pour que ces voix-là se rassemblent dans une même maison de mots. Un roman, pour moi, ce n'est pas une histoire : c'est une ville entière qu'on habite, avec ses égouts et ses temples.

La fiction me semblait un luxe quand le pays brûlait sous mes fenêtres.

Qu'est-ce qui vous a poussée à écrire contre les essais nucléaires de votre propre pays ?

La honte, d'abord. En 1998, quand l'Inde a fait exploser ses bombes dans le désert du Rajasthan — l'opération Shakti —, tout un peuple a cru qu'on venait de gagner en dignité. Moi, j'ai vu une nation applaudir sa propre condamnation à mort. J'ai écrit The End of Imagination dans la colère, en quelques nuits. J'y disais une chose simple : "Unlike us, the bomb is incapable of differentiating between the sublime and the ridiculous. It can't tell the difference between a hero and a coward." La bombe n'a pas de patrie, pas de morale, pas de mémoire. On m'a traitée de traître. Mais quel patriotisme exige qu'on aime davantage un engin capable d'effacer nos enfants que les enfants eux-mêmes ? Je préfère être fidèle aux vivants.

J'ai vu une nation applaudir sa propre condamnation à mort.

Vous vous êtes battue longtemps contre les grands barrages. Que défendiez-vous exactement ?

Je défendais ceux dont on ne compte jamais les larmes. Le barrage de Sardar Sarovar, sur la rivière Narmada, devait apporter le progrès ; en réalité il noyait les terres et les vies de centaines de milliers de paysans et de tribaux. J'ai marché avec eux, dans la vallée, aux côtés du Narmada Bachao Andolan, carnet à la main. En 1999, j'en ai tiré The Greater Common Good. Un déplacement forcé, ce n'est pas un simple déménagement : "It is the demolition of the structure of their lives, the destruction of the ground beneath their feet." On leur retire le sol, la rivière, les morts enterrés, la langue même du lieu. Et on appelle cela le « plus grand bien commun ». Je voulais qu'on entende à qui, exactement, on présente la facture.

On leur retire le sol, la rivière, les morts enterrés, et on appelle cela le progrès.

Vous souvenez-vous du jour où vous êtes allée en prison pour outrage à la Cour suprême ?

Je m'en souviens comme d'un théâtre étrange. C'était en 2002. Pour avoir critiqué publiquement la décision de la Cour sur le barrage de Narmada, on m'a jugée coupable d'outrage à la cour. Une journée de prison, symbolique — une manière de me tapoter la tête et de me faire taire. J'ai décidé de retourner la mise en scène : je me suis rendue moi-même à la prison de Delhi, entourée d'une foule de journalistes et de militants, marchant tête haute plutôt que courbée. Un tribunal peut vous punir d'avoir parlé, il ne peut pas décider du sens que vous donnez à votre punition. Ce jour-là, ma cellule n'était pas une sanction : c'était une tribune. La honte, je la leur ai renvoyée, pliée dans mes propres pas.

Un tribunal peut vous punir d'avoir parlé ; il ne peut pas décider du sens que vous donnez à votre punition.
Arundhati Roy 3
Arundhati Roy 3Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — jeanbaptisteparis

Qu'est-ce que cela coûte, en Inde, de critiquer si ouvertement les institutions ?

Cela coûte le confort, et parfois davantage. On me colle l'étiquette d'ennemie de la nation, on m'accuse de sédition, on me somme de choisir mon camp. En 2004, j'ai refusé le prix Sahitya Akademi, la plus haute distinction littéraire d'État : on ne peut pas dénoncer un gouvernement et accepter sa médaille dans la même main. Un écrivain, chez nous, n'est pas censé quitter sa page pour descendre dans la vallée de la Narmada ou marcher avec les déplacés. Mais je ne connais pas d'écriture propre qui reste au balcon. Le mot « traître » est devenu, dans mon pays, le titre qu'on décerne à ceux qui refusent de mentir en chœur. Je le porte sans plaisir, mais sans le rendre.

Je ne connais pas d'écriture propre qui reste au balcon.

Comment en êtes-vous venue à marcher avec les guérilleros naxalites dans les forêts du Chhattisgarh ?

En voulant voir de mes yeux ce qu'on nous cachait derrière le mot « terroristes ». Dans les forêts du Dandakaranya, au Chhattisgarh, l'État menait une guerre silencieuse contre ses propres tribaux, pour livrer leurs terres aux compagnies minières. J'y suis entrée à pied, en 2010, pour écrire Walking with the Comrades. Ce que j'ai trouvé n'était pas une abstraction idéologique, mais des affamés, des femmes, des enfants, armés parce qu'on ne leur avait laissé que cela. Les naxalites connaissaient chaque sentier, chaque arbre, chaque saison de cette forêt — mais l'État, lui, sait comment brûler une forêt entière. On m'a reproché d'avoir marché du mauvais côté. Je réponds que je marchais simplement du côté où l'on meurt sans qu'aucun journal ne s'en aperçoive.

Ils connaissent chaque sentier, chaque arbre — mais l'État sait comment brûler une forêt entière.
Arundhati Roy and Homi K. Bhabha
Arundhati Roy and Homi K. BhabhaWikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — jeanbaptisteparis

Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de romancer la violence armée des plus pauvres ?

Que je ne romance rien : je décris un piège. Quand un peuple se voit retirer sa forêt, son eau, sa dignité, et qu'on répond à ses plaintes par des camps de police plantés au milieu du Dandakaranya, la non-violence devient un luxe qu'on lui interdit. Je ne fais pas l'éloge du fusil. Je demande seulement qui a mis le fusil dans ces mains-là, et pourquoi. Il est facile, depuis un fauteuil de Delhi, de prêcher la modération à ceux qu'on affame. Dans Walking with the Comrades, j'ai voulu rendre l'épaisseur de ces vies : les chants autour du feu autant que la peur. Comprendre n'est pas absoudre. Mais refuser de comprendre, c'est déjà tirer.

Comprendre n'est pas absoudre ; mais refuser de comprendre, c'est déjà tirer.

À Santa Fe, en 2002, vous avez appelé à « faire le siège de l'empire ». Que vouliez-vous dire ?

Que la puissance ne se combat pas seulement de front, avec des armes qu'on n'a pas. Un an après le 11 septembre, dans mon discours Come September, j'ai proposé une autre stratégie : "Our strategy should be not only to confront empire, but to lay siege to it. To deprive it of oxygen. To shame it. To mock it. With our art, our music, our literature, our stubbornness, our joy, our brilliance, our sheer relentlessness." L'empire se nourrit de notre silence et de notre peur ; alors il faut lui couper l'air. Le rire, l'obstination, un roman, une chanson — ce sont des armes lentes mais qui ne rouillent pas. On ne renverse pas un empire en un matin. On l'assiège, patiemment, jusqu'à ce qu'il étouffe de sa propre démesure.

Le rire, l'obstination, un roman, une chanson — des armes lentes mais qui ne rouillent pas.

Que représentait pour vous le Forum social mondial de Mumbai, en 2004 ?

Une respiration collective, la preuve vivante qu'un autre monde n'était pas qu'un slogan sur une banderole. À Mumbai, en 2004, des dizaines de milliers de gens venus de partout — paysans, syndicalistes, tribaux, écrivains — se sont rassemblés contre la mondialisation néolibérale, contre le FMI, contre la privatisation de l'eau et de la terre. L'altermondialisme n'était pas une théorie de salon : c'était cette foule, ces langues mêlées, ces tambours. J'y ai parlé de l'empire, des barrages, de tout ce qui relie un déplacé de la Narmada à un chômeur de Detroit. Nous n'avions pas le pouvoir, mais nous avions le nombre, l'imagination et une étrange joie. Et j'ai compris ce jour-là que la solitude du militant est toujours provisoire.

Un autre monde n'était pas un slogan sur une banderole : c'était cette foule, ces langues mêlées, ces tambours.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Arundhati Roy. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.