Les enfants interrogent Bartolina Sisa
par Charactorium · Bartolina Sisa (1750 — 1782) · Politique · Militaire · 5 min de lecture

Ce matin-là, deux jeunes visiteurs de douze ans sont assis sur l'herbe rêche de l'Altiplano, le souffle court à cause de l'altitude. Devant eux, une femme aymara enveloppée dans son châle les regarde en souriant. Elle s'appelle Bartolina Sisa, et elle a accepté de répondre à toutes leurs questions.
—Vous faisiez quoi, votre famille, quand vous étiez petite ?
Tu sais, mon enfant, ma famille vendait de la coca. Imagine de petites feuilles vertes, qu'on mâche pour tenir contre le froid et le mal des montagnes, ici à 3 600 mètres d'altitude. Nous n'avions pas grand-chose, mais nous voyagions. Un marchand de coca, ça marche des jours entiers d'un village à l'autre. On rencontre du monde, on écoute, on parle la langue aymara partout. Petite, je portais déjà la chuspa, le petit sac tissé où l'on garde les feuilles. Je ne le savais pas encore, mais apprendre les chemins et les gens, c'était déjà apprendre à faire la guerre.
Apprendre les chemins et les gens, c'était déjà apprendre à faire la guerre.
—Et votre mari, comment vous l'avez rencontré ?
J'ai épousé Julián Apaza en 1769. Lui aussi était un petit commerçant aymara, un artisan sans fortune. Plus tard, tu le connaîtras sous un autre nom : Túpac Katari. Nous vendions la coca ensemble, et devine à quoi cela nous a servi ? À cacher autre chose. Quand tu transportes des sacs de feuilles de village en village, personne ne se méfie. On glissait des messages, on comptait les hommes prêts à se lever, on prévoyait tout. Notre carnet de comptes de marchands était aussi le carnet secret de la révolte. Le commerce était notre déguisement, tu comprends ? Personne ne soupçonne deux marchands fatigués sur un chemin de montagne.
Le commerce était notre déguisement.
—C'est vrai que vous commandiez des soldats, vous, une femme ?
Oui, mon enfant, et les Espagnols n'en revenaient pas. En 1781, nous avons encerclé la ville de La Paz pendant plus de cent jours. Túpac Katari tenait le nord. Et moi, je tenais le sud, seule cheffe de mon front. Imagine des collines rocheuses qui dominent la ville tout en bas : je m'installais sur ces hauteurs, au-dessus des toits espagnols. De là-haut, je voyais tout, et eux ne pouvaient pas monter facilement. Un gouverneur espagnol a même écrit dans ses rapports que la femme de Katari commandait les Indiens du sud. Qu'un ennemi te craigne par écrit, c'est déjà une petite victoire.
Qu'un ennemi te craigne par écrit, c'est déjà une petite victoire.
—Vous vous battiez avec quelles armes contre les fusils espagnols ?
Nous n'avions presque pas de fusils, c'est vrai. Mais nous avions la honda, la fronde des Andes. C'est une tresse de laine dans laquelle tu places une pierre, tu la fais tourner, et tu la lances très loin, très fort. Depuis les hauteurs au-dessus de La Paz, une pluie de pierres tombait sur les soldats en contrebas. Nos ancêtres l'utilisaient déjà avant nous. Les femmes comme les hommes savaient s'en servir. Tu vois, quand tu es petit et pauvre, tu apprends à te battre avec ce que la montagne te donne : des pierres, la hauteur, et la patience. Le courage remplace souvent la poudre.
Le courage remplace souvent la poudre.
—Et les autres femmes, elles faisaient quoi pendant les combats ?
Ah, mon enfant, sans les femmes rien n'aurait tenu ! J'ai organisé tout un réseau de femmes aymaras. Nous portions l'eau, la nourriture, nous soignions les blessés. Une armée qui a faim ne se bat pas. Chaque matin, je vérifiais que les vivres partaient vers les combattants avant qu'ils prennent leurs positions. Nous avions du chuño, des pommes de terre gelées puis séchées qui se gardent des années. Sans nous, les hommes sur les collines n'auraient rien mangé. On a longtemps oublié notre rôle dans les histoires. Mais retiens bien ceci : une guerre se gagne autant avec un sac de vivres qu'avec une lance.
Une guerre se gagne autant avec un sac de vivres qu'avec une lance.

—Comment vous faisiez pour parler avec l'armée du nord ?
C'était le plus difficile, tu sais. Túpac Katari était au nord, moi au sud, et la ville assiégée nous séparait. Alors mes femmes portaient les messages, de bouche à oreille, de chemin en chemin. On se servait aussi du pututo, une grande conque marine dans laquelle on souffle. Son cri porte très loin dans les montagnes. Un son pouvait dire : « rassemblez-vous ». Imagine, aucune lettre écrite qui pourrait tomber entre de mauvaises mains, juste des voix et des souffles de coquillage qui traversent l'Altiplano. C'est ainsi que deux armées séparées agissaient comme une seule. Le silence de la montagne était notre allié.
Deux armées séparées agissaient comme une seule.
—Vous vous habilliez comment pour partir au combat ?
Comme tous les jours de ma vie, mon enfant. Je portais ma pollera, cette jupe large à plusieurs couches de laine de lama aux couleurs vives, et ma manta, le châle fixé d'une épingle sur la poitrine. Je n'ai jamais voulu me déguiser en soldat espagnol ni cacher qui j'étais. D'autres m'ont dit : habille-toi autrement, on te reconnaîtra. J'ai refusé. Mes vêtements aymaras étaient mon drapeau. Quand mes gens me voyaient sur la colline avec ma jupe qui volait au vent, ils savaient qu'une des leurs les commandait. Se montrer telle qu'on est, c'est déjà résister.
Mes vêtements aymaras étaient mon drapeau.

—Vous priiez avant les batailles ? Vous croyiez en quoi ?
Oui, nous priions la Pachamama, la Terre-Mère. Chez nous, la terre est vivante, elle nous nourrit et nous protège. Avant les combats, je présidais les offrandes : on lui donnait un peu de ce qu'on avait, pour demander force et victoire. Cela soudait les cœurs des combattants, tu comprends. Les anciens de mon peuple m'appelaient Kurusa Wara, « l'Étoile de la Croix », et racontaient que je commandais avec une sagesse venue des esprits de la terre. Ce n'était pas de la magie, mon enfant. C'était la confiance. Quand des gens croient ensemble en la même chose, ils deviennent plus forts que la peur.
Quand des gens croient ensemble, ils deviennent plus forts que la peur.
—Comment ils vous ont attrapée, les Espagnols ?
Par une trahison, en janvier 1782. Quelqu'un des nôtres m'a livrée. C'est cela, la chose la plus dure, mon enfant : ce ne sont pas toujours les ennemis qui font le plus mal. Peu avant, j'avais déjà perdu mon mari. Túpac Katari avait été capturé et mis à mort près de Peñas, non loin de La Paz. J'étais prisonnière quand j'ai appris qu'il n'était plus. Imagine : enchaînée, seule, et cette nouvelle qui tombe. Les Espagnols pensaient qu'en me prenant, tout s'effondrerait. Un vice-roi l'a écrit au roi d'Espagne. Ils se trompaient : on peut enchaîner une personne, pas une idée.
On peut enchaîner une personne, pas une idée.
—Ils ont été méchants avec vous quand vous étiez prisonnière ?
Ils m'ont promenée dans les rues de La Paz, enchaînée, avec une couronne d'épines sur la tête. Ils voulaient m'humilier devant mon peuple, faire de moi une reine ridicule pour effrayer les autres. Mais tu sais quoi ? Cela a eu l'effet contraire. En me voyant ainsi, les miens ne se sont pas moqués : ils se sont souvenus de moi comme d'une martyre. Malgré tout, j'ai refusé de livrer les noms, les chemins, les réseaux. Ils m'ont exécutée un 5 septembre. Aujourd'hui, ce jour est devenu la Journée de la femme indigène. Ils ont voulu m'effacer, et ils m'ont rendue inoubliable.
Ils ont voulu m'effacer, et ils m'ont rendue inoubliable.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Bartolina Sisa. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


