Interview imaginaire

Dialogue imaginaire entre Túpac Katari (Julián Apaza) et Bartolina Sisa

par Charactorium · Bartolina Sisa (1750 — 1782) · Politique · Militaire · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Bartolina Sisa
Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Hugo Quispe

C'est sur les crêtes de Pampahasi, au sud de La Paz, que Túpac Katari retrouve Bartolina au crépuscule, entre deux salves de honda. Le vent de l'Altiplano fait claquer la wiphala plantée près du feu, et l'odeur du chuño qui cuit se mêle à celle de la poudre. Ils se sont mariés il y a plus de dix ans, à Sica Sica, quand il n'était qu'un modeste commerçant de coca ; aujourd'hui ils commandent chacun un front du même siège. Il vient, ce soir de 1781, l'écouter parler de ce qu'elle porte seule.

Bartolina, moi je tiens le nord, mais c'est toi qui gouvernes les yndios del sur. Depuis ces collines, dis-moi comment tu tiens tes hommes ?

Toi qui montes ici la nuit, tu as vu le terrain : d'en haut, nous voyons tout, et eux ne voient rien. Je place mes contingents sur les crêtes de Pampahasi, et depuis mars je ne relâche pas le front sud une seule journée. Les Espagnols enfermés dans la ville croient encore qu'un homme commande derrière chaque ordre — ils s'étonnent, paraît-il, qu'une femme mène des milliers de combattants. Qu'ils s'étonnent. Je connais chaque ayllu qui m'a envoyé ses fils, je connais leurs noms, et eux savent que je ne redescendrai pas avant eux. Nos deux fronts se répondent comme deux mains d'un même corps : tu serres au nord, je serre au sud, et La Paz étouffe entre nous.

Tu serres au nord, je serre au sud, et La Paz étouffe entre nous.

Souviens-toi, à Sica Sica, nos ballots de coca et nos comptes de marchands. Aujourd'hui, que sont devenus ces mêmes chemins de coca ?

Ces chemins que nous parcourions pour vendre nos feuilles, je les ai retournés contre l'Espagnol. Les femmes qui portaient hier la chuspa de marché portent aujourd'hui mes messages d'un front à l'autre, cachés comme on cache un secret de commerce. Ce sont elles qui nourrissent la rébellion : elles montent l'eau, le charqui, le chuño, elles soignent les blessés, elles écoutent aux portes de la ville et me rapportent ce que les soldats laissent échapper. Nos anciens carnets de comptes servent maintenant à savoir combien d'hommes mangent ce soir sur chaque crête. On ne parle jamais d'elles dans les rapports des corregidores — et c'est justement pour cela qu'elles sont ma meilleure arme.

Les femmes qui portaient hier la chuspa de marché portent aujourd'hui mes messages.

Certains de nos capitaines murmurent qu'une cheffe devrait cacher qu'elle est aymara. Toi, pourquoi gardes-tu ta pollera jusque dans la bataille ?

Qu'ils murmurent. Le jour où je cacherais ma pollera et mon chapeau, je donnerais raison à ceux qui veulent que nous ayons honte d'être ce que nous sommes. Je monte au combat vêtue comme ma mère et sa mère avant elle, la manta épinglée sur la poitrine, et mes hommes me reconnaissent de loin à mes jupons. Sous la wiphala, ma tenue n'est pas un habit, c'est un étendard : elle dit à chaque ayllu que ce n'est pas un seigneur étranger qui les commande, mais l'une des leurs. Les Espagnols mettent des uniformes pour se ressembler tous ; nous, nous portons nos couleurs pour nous souvenir d'où nous venons. Je ne me déguiserai pas pour leur plaire.

Ma tenue n'est pas un habit, c'est un étendard.

Avant chaque assaut, je te vois présider les offrandes. Que demandes-tu à la Pachamama pour ces hommes que nous envoyons mourir ?

Avant que la honda ne siffle, je descends de cheval et je rends à la Pachamama ce qui lui revient : la coca, un peu de graisse, quelques mots dans notre langue. Ce n'est pas une superstition, comme le croient les prêtres de la ville — c'est ce qui soude mes combattants. Quand un homme d'un ayllu voit sa cheffe s'agenouiller devant la Terre-Mère qui l'a nourri, il sait qu'il ne se bat pas seul, ni pour un roi lointain. Nous demandons la protection, oui, mais surtout nous nous rappelons pourquoi nous sommes là : cette terre est à elle, donc à nous, pas à ceux d'en bas. Le soir, autour du feu, ces rituels valent plus que dix ordres de bataille.

Cette terre est à elle, donc à nous, pas à ceux d'en bas.

Nous avons dû lever le siège en juillet, sous les renforts venus de la vallée. Comment as-tu tenu tes rangs quand tout semblait s'effondrer ?

Ce fut le jour le plus dur. Quand les renforts espagnols ont percé, beaucoup voulaient redescendre chacun vers son village. Je suis restée sur la crête et j'ai fait passer par mes messagères un seul mot : nous ne partons pas, nous reculons pour mieux revenir. En août, tu le sais, mes contingents étaient de retour, avec de nouveaux fils envoyés par les ayllus. Cent neuf jours, mon époux — cent neuf jours à affamer une ville qui se croyait imprenable. On ne tient pas si longtemps par la peur ; on tient parce que chacun sait que sa femme, son frère, son voisin sont sur la crête d'à côté. Le blocus n'a pas cédé une seule nuit de mon côté.

Nous ne partons pas, nous reculons pour mieux revenir.
Bartolina Sisa - panoramio (cropped)
Bartolina Sisa - panoramio (cropped)Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Hugo Quispe

Moi je harangue les hommes en plein jour. Mais toi, ton renseignement vient de l'ombre. Comment sais-tu ce qui se trame derrière les murs de La Paz ?

Parce que les murs de la ville ont plus d'oreilles qu'ils ne le croient. Mes femmes entrent et sortent en vendant, en mendiant, en portant l'eau — personne ne se méfie d'une chola avec sa chuspa. Elles reviennent me dire combien il reste de farine dans les greniers, quels quartiers murmurent contre le gouverneur, quand les soldats ont cessé d'être payés. Pendant que tu comptes les lances au nord, moi je compte les ventres vides derrière les remparts. Ce réseau, personne ne l'a organisé avant nous, et les corregidores ne comprennent toujours pas d'où me viennent mes nouvelles. C'est cela, la vraie guerre du sud : moins de cris, plus de patience. La ville tombera de faim avant de tomber sous nos pierres.

Toi tu comptes les lances au nord ; moi je compte les ventres vides derrière les remparts.

Nos gens viennent de partout sur l'Altiplano, de ayllus qui parfois se querellaient. Comment fais-tu d'eux une seule armée ?

Je ne les commande pas comme un seigneur commande des serfs. Chaque après-midi, je réunis les responsables de secteur et nous décidons ensemble, à la manière de l'ayllu, comme nos anciens l'ont toujours fait. Un homme obéit de bon cœur à ce qu'il a aidé à décider. Je passe d'une position à l'autre, à pied ou à dos de lama, et je parle leur langue, notre langue, pas celle des maîtres. Ceux de Sica Sica, ceux du lac, ceux des mines de mitayos échappés — tous ont la même plaie : le tributo, la mita, le corregidor. C'est cette blessure commune qui les tient ensemble, plus que mes ordres. Mon rôle est seulement de leur montrer qu'ensemble nous sommes quarante mille, et eux, une poignée derrière des murs.

Un homme obéit de bon cœur à ce qu'il a aidé à décider.
Monumento a Bartolina Sisa en la plaza de Caracato
Monumento a Bartolina Sisa en la plaza de CaracatoWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Carlillasa

Je crains le jour d'une trahison dans nos rangs. Si l'on te prenait, Bartolina, que ferais-tu de ce que tu sais de nos réseaux ?

Ne crains pas pour cela. S'ils me prennent — et une trahison est toujours possible, tu le sais mieux que moi — ils n'auront de moi que mon silence. Ils pourront me traîner enchaînée sur la grande place de la ville, me coiffer d'une couronne d'épines pour se moquer de nos rois, me promener comme un trophée devant les gens. Qu'ils le fassent : chaque ayllu qui me verra ainsi humiliée ne verra pas une vaincue, il verra les siens. Je ne livrerai aucun nom, aucun chemin, aucune de mes femmes. Leur cruauté croit briser les cœurs ; elle les endurcit. Ce qu'ils feront de mon corps ne leur donnera pas ce qui est dans ma tête. Sur ce point, mon époux, sois tranquille.

Ils pourront me traîner enchaînée : ils n'auront de moi que mon silence.

Te souviens-tu de notre mariage, à Sica Sica, quand je n'étais qu'un vendeur de coca ? Qui aurait cru que nous mènerions cela ?

Je m'en souviens comme d'hier, Julián. Tu n'avais alors que tes ballots et tes comptes, et moi la maison de mes parents, commerçants de feuilles comme les tiens. Nous ne rêvions pas de siéger une ville — nous voulions seulement qu'on cesse de nous saigner par le tributo et la mita. C'est l'injustice qui nous a faits ce que nous sommes ce soir sur cette crête. Toi qui m'as épousée pauvre, tu sais que je ne me bats pas pour un titre : je me bats pour que nos enfants n'aient plus à baisser la tête devant un corregidor. Le marchand de coca commande au nord, sa femme au sud. Qui l'aurait cru ? La Pachamama, peut-être — elle seule savait où nos chemins menaient.

Ce n'est pas un titre que je veux : c'est que nos enfants cessent de baisser la tête.

Une dernière chose, avant que je rejoigne mon front. Si la nuit tourne mal pour l'un de nous, qu'est-ce que tu veux que les nôtres retiennent ?

Qu'ils retiennent que nous n'avons pas plié. Peu importe lequel de nous deux tombe le premier — car l'un tombera peut-être avant l'autre, et l'autre restera seul à tenir. Que celui qui reste continue : le front ne se lève pas parce qu'une cheffe manque. Dis à nos femmes de ne jamais rendre la chuspa des messages, dis aux ayllus de garder la wiphala dressée. Notre corps, ils peuvent le prendre ; le feu que nous avons allumé sur l'Altiplano, non. Un jour, d'autres reprendront ce siège, sous un autre nom. Ce soir, contente-toi de bien tenir le nord, mon époux, et laisse-moi le sud. Nous avons encore une ville à affamer avant l'aube.

Notre corps, ils peuvent le prendre ; le feu que nous avons allumé sur l'Altiplano, non.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Bartolina Sisa. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.