Interview imaginaire avec Bùi Thị Xuân
par Charactorium · Bùi Thị Xuân (1752 — 1802) · Militaire · Politique · 6 min de lecture
Nous sommes à Phú Xuân, au crépuscule d'une journée de 1802, dans une cour où l'odeur du cuir mouillé des harnais d'éléphants se mêle encore à celle de la poudre. Une femme à l'armure cabossée nous reçoit, calme, la voix basse mais nette. Elle accepte de parler avant que le jour ne se lève sur ce qu'elle sait déjà être sa fin.
—Comment avez-vous appris à vous battre, vous, une fille de notable de province ?
Personne ne l'a jamais su vraiment, et j'en souris encore. Pendant trois années, à Xuân Hòa, une vieille femme venait chaque nuit, du crépuscule jusqu'au premier chant du coq, m'enseigner la boxe et le maniement des deux lames, ce qu'on appelle le song kiếm. Elle me faisait sauter par-dessus une perche rigide, puis courber un bambou vert dont le rebond me projetait plus loin que je ne l'aurais cru possible. Au matin elle disparaissait, et mes parents dormaient sans se douter de rien. À quinze ans, je maniais mes deux épées comme d'autres tiennent des baguettes. Bien plus tard, le vieux Bùi Sơn Nhi de mon village prétendit que cette maîtresse était l'aïeule d'un grand maître d'An Vinh. Moi, je n'ai jamais revu son visage.
Elle venait du crépuscule au chant du coq, et au matin elle disparaissait.
—Que représentaient ces deux épées pour vous, au-delà de l'arme elle-même ?
Deux lames courtes, une dans chaque main : voilà tout ce que je possédais vraiment avant de posséder des éléphants et des armées. Le song kiếm n'est pas une arme de force, c'est une arme de vitesse et d'équilibre — il faut penser des deux côtés du corps à la fois, comme on mène deux conversations sans s'y perdre. Ces épées m'ont sauvée d'un tigre, elles ont abattu un général du Siam dans la boue du Mékong. Enfant, je portais des habits de garçon à l'école et je refusais qu'on me traite comme une chose fragile. Mes deux lames furent ma réponse à ceux qui riaient : je n'avais pas besoin qu'on me croie, il suffisait qu'on me voie.
Je n'avais pas besoin qu'on me croie, il suffisait qu'on me voie.
—Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Trần Quang Diệu ?
C'était en 1771, j'avais vingt ans. Un tigre l'avait acculé sur un sentier et il se défendait, épuisé. Je n'ai pas réfléchi : j'ai dégainé et je me suis jetée dans la gueule de la chose. On l'a ramené blessé dans ma demeure, je l'ai soigné de mes mains, et il n'est jamais reparti. Nous nous sommes épousés, deux combattants plutôt qu'un homme et une femme, et nous avons rejoint ensemble la bannière de Nguyễn Nhạc au campement de Phú Lạc. La cour, plus tard, ferait de lui un thái phó, conseiller suprême. Mais moi je le revois toujours à terre, sous le tigre, l'instant précis où j'ai décidé de le sauver.
Nous nous sommes épousés, deux combattants plutôt qu'un homme et une femme.
—Que signifie mener une guerre aux côtés de son époux, année après année ?
Cela signifie ne jamais avoir à s'expliquer. Diệu et moi n'échangions pas de longs discours avant une bataille ; un regard suffisait à savoir qui tiendrait l'aile gauche et qui les tambours. Nous avons servi les Tây Sơn ensemble depuis Phú Lạc jusqu'à la fin, et la cour nous a hissés parmi les plus hauts rangs. Mais un couple qui fait la guerre paie deux fois : chaque campagne où l'un part, l'autre reste avec la peur muette de le voir revenir sur un brancard — ou de ne pas le voir revenir. Nous avons été capturés ensemble, dans les montagnes du côté du Laos, abandonnés de nos derniers soldats. Je crois que c'est ainsi que nous voulions finir : côte à côte, comme sous le tigre.
Un couple qui fait la guerre paie deux fois.
—Avant même la guerre, vous entraîniez des femmes. Pourquoi ce choix, à cette époque ?
Parce que j'avais lu, enfant, les récits de Bà Trưng et Bà Triệu, ces héroïnes montées sur leurs éléphants contre les envahisseurs du Nord. On me disait qu'une femme brodait ; moi je me confectionnais une tenue de guerrière d'après les gravures de ces livres. Alors, dans mon village de Xuân Hòa, j'ai réuni plusieurs dizaines de filles de ma région et je leur ai appris ce que ma maîtresse nocturne m'avait transmis. L'une d'elles, Bùi Thị Nhạn, devint remarquable. Je ne cherchais pas à faire scandale : je voulais qu'aucune d'elles ne baisse les yeux le jour où un homme lèverait la main. Plus tard on nous nomma les « cinq phénix » de Tây Sơn, Tây Sơn ngũ phụng thư. Ce nom, ce sont ces soirées d'entraînement qui l'ont mérité.
Je voulais qu'aucune d'elles ne baisse les yeux le jour où un homme lèverait la main.

—Quelle place le mouvement Tây Sơn vous a-t-il d'abord confiée ?
On imagine toujours que j'ai commencé l'épée à la main. En vérité, dès l'organisation du mouvement en 1771, Nguyễn Nhạc m'a confié l'économie et les finances, aux côtés de Nguyễn Thung et de Nguyễn Lữ. Pendant que Nguyễn Huệ et mon époux menaient les armes, moi je comptais le riz, les cordes, la poudre, les bêtes. Une armée qui n'a pas de quoi manger perd avant d'avoir marché — je l'ai appris là, dans les registres, bien avant de l'apprendre sur un champ de bataille. Ce sont ces années de comptes fastidieux qui ont nourri les éléphants dont j'aurais plus tard le commandement. On ne loue jamais les intendants ; pourtant sans eux, aucune charge ne serait possible.
Une armée qui n'a pas de quoi manger perd avant d'avoir marché.
—Comment commande-t-on un corps d'éléphants de guerre ?
Avant tout, on se lève avant l'aube. Ma journée commençait par l'inspection des bêtes et des quản tượng, les cornacs, qui soignaient des dizaines d'animaux exigeant chacun autant d'attention qu'un régiment d'hommes. Un éléphant sent la peur de son meneur ; si vous tremblez, il piétine les vôtres au lieu de l'ennemi. Le tượng binh, le corps d'éléphants, n'est pas une masse qu'on lance : c'est une horloge de chair qu'il faut régler. Au printemps Kỷ Dậu, en 1789, j'ai conduit ce corps dans l'armée centrale de Quang Trung contre les Mãn Thanh, les Qing. Nous les avons écrasés en quelques jours. Ce matin-là, je n'ai pensé ni à la gloire ni à l'Histoire — seulement à ce que chaque bête tienne sa ligne.
Un éléphant sent la peur de son meneur ; si vous tremblez, il piétine les vôtres.
—Qu'est-ce que ces animaux vous ont appris que les hommes ne pouvaient pas vous enseigner ?
La patience, et l'humilité. Un général humain obéit par calcul ou par crainte ; un éléphant, lui, n'obéit qu'à la confiance, patiemment tissée. Il faut des mois de quản tượng pour qu'une bête accepte le fracas des tambours sans se retourner contre les siens. J'ai commandé des dizaines de ces animaux, de la victoire contre les Qing jusqu'à mon dernier combat, et jamais je ne les ai considérés comme de simples machines de guerre. On dit que Bà Trưng et Bà Triệu chargeaient ainsi, il y a des siècles. Monter un éléphant, c'est se placer dans une file de femmes qui remonte plus loin que la mémoire — et sentir, sous soi, tout le poids de ce pays.
Un éléphant n'obéit qu'à la confiance, patiemment tissée.
—Parlez-nous de ce dernier combat, à la palissade de Trấn Ninh.
Au printemps 1802, j'escortais le roi Cảnh Thịnh avec cinq mille hommes jusqu'au lũy de Trấn Ninh. J'ai chargé à dos d'éléphant du matin au soir, l'armure trempée de sang et de sueur, jusqu'à ne plus distinguer l'une de l'autre. Puis j'ai vu mes soldats fléchir, leurs rangs se défaire comme une digue qui cède. Alors j'ai sauté à terre, j'ai saisi moi-même les baguettes du trống, le grand tambour de guerre, et j'ai battu la charge sans relâche. Nguyễn Phúc Ánh et ses généraux ont, dit-on, failli céder ce jour-là. Ce n'est pas eux qui nous ont vaincus : c'est la destruction de notre flotte à Nhật Lệ. On ne peut pas battre du tambour assez fort pour rappeler des navires coulés.
J'ai saisi moi-même les baguettes du tambour et j'ai battu la charge sans relâche.
—Vous savez ce qui vous attend. Comment envisagez-vous cette fin, et celle de votre fille ?
On me livrera à un éléphant, dit-on. Qu'importe. J'ai vécu parmi ces bêtes ; je marcherai vers celle-là très calmement, et je pousserai un cri — peut-être reculera-t-elle, effrayée de reconnaître une voix qu'elle a suivie. Il faudra alors des pétards et des piques pour la rendre furieuse contre moi. À ma fille, qui tremble, j'ai dit une seule chose : qu'elle meure courageusement, pour être « digne d'être ma fille ». Je n'ai pas d'autre héritage à lui laisser que celui-là. Le missionnaire De La Bissachère consignera peut-être ma mort ; qu'il écrive ce qu'il voudra. Ce que je sais, c'est qu'une femme des « cinq phénix » ne baisse pas les yeux devant un éléphant, fût-il celui de son bourreau.
Je marcherai vers l'éléphant très calmement, et je pousserai un cri.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Bùi Thị Xuân. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.

