Les enfants interrogent Christina Rossetti
par Charactorium · Christina Rossetti (1830 — 1894) · Lettres · 5 min de lecture

Deux élèves d'environ douze ans poussent la porte d'un salon londonien encombré de livres et de tableaux. Assise près de la cheminée, une dame au regard grave et doux les accueille. C'est Christina Rossetti, poétesse, et elle est touchée que des enfants viennent l'écouter.
—C'était comment de grandir dans votre maison quand vous étiez petite ?
Tu sais, mon enfant, je suis née en 1830 dans une maison de Charlotte Street, à Londres. Imagine des pièces pleines de livres, de tableaux, et des voix qui parlaient italien et anglais à la fois. Mon père venait de Naples, c'était un poète exilé. Chez nous, on récitait des vers comme d'autres familles chantent. Mes frères peignaient, ma sœur écrivait aussi. J'ai grandi entourée d'artistes, avec l'odeur de l'encre et du charbon dans la cheminée. Très tôt, j'ai compris une chose : les mots pouvaient être une maison, eux aussi. Une maison où je me sentais chez moi, même quand j'étais triste.
Les mots pouvaient être une maison, eux aussi.
—C'est vrai que votre frère vous a peinte en Sainte Vierge ?
Oui, c'est vrai ! Mon frère Dante Gabriel m'a peinte en Marie dans un tableau qu'il a nommé Ecce Ancilla Domini, en 1850. J'avais vingt ans. Je posais des heures, immobile, pendant qu'il peignait. C'était fatigant, tu sais, rester sans bouger si longtemps. Mais lui et ses amis avaient fondé une confrérie de peintres, la Pre-Raphaelite Brotherhood. Ils voulaient peindre avec sincérité, comme les artistes d'avant Raphaël. La même année, mes premiers poèmes ont paru dans leur revue, The Germ. Je les signais d'un faux nom, Ellen Alleyn. Une fille qui écrit, à mon époque, ça se cachait un peu.
—Pourquoi votre poème sur les gobelins a fait autant de bruit ?
Ah, Goblin Market ! Je l'ai publié en 1862. C'est l'histoire de petits marchands, les gobelins, qui crient dans les rues : « Come buy our orchard fruits » — venez acheter nos fruits du verger. Deux sœurs les écoutent, et l'une goûte les fruits défendus. Beaucoup ont cru lire un conte pour enfants. Puis les critiques y ont vu autre chose : une histoire de tentation, de faute et de pardon. Le rythme était si étrange, presque une incantation, que certains ont douté qu'une femme ait pu l'écrire. Ça, mon enfant, ça m'a fait sourire. Et un peu de peine, aussi.
Beaucoup ont cru lire un conte pour enfants ; c'était bien plus que ça.
—Mais alors, ça parle de quoi vraiment, ces fruits interdits ?
Bonne question ! Je ne vais pas tout t'expliquer, car un poème garde ses secrets. Mais imagine deux sœurs. L'une désobéit et goûte les fruits des gobelins ; elle tombe malade, comme épuisée par un désir trop fort. L'autre la sauve en risquant tout pour elle. Au fond, c'est une histoire de tentation, oui, mais surtout de sœurs qui s'aiment et se rachètent. À mon époque victorienne, on parlait beaucoup de la faute et du pardon. J'y croyais profondément, moi qui priais chaque jour. Le vrai héros de mon poème, ce n'est pas le fruit : c'est l'amour qui sauve.
Le vrai héros de mon poème, c'est l'amour qui sauve.
—Pourquoi vous ne vous êtes jamais mariée ?
On m'a demandée deux fois en mariage, tu sais. La première, en 1850, c'était un peintre, James Collinson. Mais il avait quitté ma religion pour le catholicisme, et j'ai dit non. La seconde, en 1866, un homme très doux, Charles Cayley, un savant des langues. Lui, il ne pratiquait aucune foi. J'ai encore dit non. Tu trouves ça sévère, peut-être ? Pour moi, ma foi passait avant tout. Je ne pouvais pas partager ma vie avec quelqu'un qui ne partageait pas ma prière. Alors je suis restée seule. Ça a mis de la mélancolie dans mes poèmes, c'est vrai. Mais je n'ai jamais trahi ce que je croyais.
Je suis restée fidèle à ma prière, même seule.

—Vous faisiez quoi le matin, en vous réveillant ?
Je me levais tôt, mon enfant, souvent avant le jour. Ma première chose, c'était la prière et la lecture des Écritures. J'avais toujours une Bible près de moi, avec des passages soulignés. Puis je marchais jusqu'à mon église, Christ Church, dans Albany Street, pour l'office du matin. J'appartenais à la tendance qu'on appelle High Church, très proche des rites catholiques. C'est dans ces heures calmes, avant que la maison s'éveille, que je notais mes premiers vers dans un carnet. Le silence du matin, c'était mon meilleur ami. Je m'habillais simplement, en robe sombre : les couleurs vives, ce n'était pas pour moi.
—C'est vrai que vous aidiez des femmes en difficulté ? Elles étaient qui ?
Oui. Pendant des années, je suis allée bénévolement dans un foyer à Highgate, la maison Sainte-Marie-Madeleine. On y accueillait ce qu'on appelait alors les fallen women, les « femmes déchues ». C'étaient des femmes très pauvres, souvent poussées à la rue, à vendre leur corps pour survivre. La société les rejetait durement. Moi, je ne voulais pas les juger. J'allais là-bas plusieurs fois par semaine, je leur parlais, je les aidais à recommencer une vie. Tu sais, écrire de beaux poèmes, c'est bien. Mais tendre la main à quelqu'un que tout le monde méprise, ça compte encore plus.
Tendre la main à qui tout le monde méprise, ça compte encore plus.

—Ça vous rendait triste, de voir ces femmes-là ?
Triste, oui, mais aussi pleine de tendresse. Imagine des jeunes filles à peine plus âgées que ta grande sœur, sans famille, sans argent, que la ville avait broyées. À mon époque victorienne, une femme qui tombait n'avait presque aucune chance de se relever. Personne ne lui pardonnait. Alors quand l'une d'elles retrouvait un peu d'espoir, un travail honnête, une paix, mon cœur se réchauffait. Tout cela a nourri ma poésie sans que je le décide vraiment. Certains de mes poèmes parlent de ces femmes oubliées. Je crois qu'aucune âme n'est perdue pour toujours. C'est ma foi qui me le disait, tout bas.
—Il paraît qu'on chante un de vos poèmes à Noël. Lequel ?
Ah, In the Bleak Midwinter ! Je l'ai écrit vers 1872. Un poème sur la naissance de l'enfant Jésus au cœur d'un hiver glacial, la terre dure comme le fer, le vent qui gémit. Imagine la neige qui tombe sans bruit sur toute une campagne silencieuse. À ma mort, il a été mis en musique par un compositeur nommé Gustav Holst. Et depuis, on le chante dans les églises et les maisons, partout en Angleterre, chaque Noël. Moi, je n'en ai jamais rien su, car il a été chanté après ma mort. Mais c'est doux de penser que ma voix continue là, près des cheminées.
C'est doux de penser que ma voix continue près des cheminées.
—Ça vous fait quoi que plein de gens vous chantent sans connaître votre nom ?
Tu poses là une question qui me touche, mon enfant. Oui, des millions de personnes chantent mes mots à Noël, et presque aucune ne sait qui les a écrits. Est-ce que ça me rend triste ? Non. Vraiment pas. Toute ma vie, j'ai cherché la simplicité, la discrétion. Je signais mes premiers poèmes sous un faux nom, tu te souviens ? Alors qu'un poème vive tout seul, détaché de moi, comme un oiseau qu'on relâche, c'est peut-être le plus beau cadeau. Le nom s'oublie. La beauté, elle, reste et console. C'est déjà bien assez pour une poétesse comme moi.
Le nom s'oublie ; la beauté, elle, reste et console.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Christina Rossetti. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


