Interview imaginaire avec Danton
par Charactorium · Danton (1759 — 1794) · Politique · 6 min de lecture
Paris, fin de l'hiver 1794. Dans un appartement de la cour du Commerce-Saint-André, où le feu crépite encore, un homme massif au visage marqué nous reçoit entre deux séances de la Convention. Georges Danton parle fort, rit fort, et sait déjà, peut-être, que la machine qu'il a contribué à bâtir se referme sur lui.
—Avant la tribune et les clubs, qui était le jeune homme d'Arcis-sur-Aube ?
Je suis né en 1759 à Arcis-sur-Aube, en pleine Champagne, dans une famille de petite bourgeoisie qui ne manquait ni de pain ni de bon vin. J'y ai gardé des terres, une maison où je retourne respirer quand Paris m'étouffe, où la rivière et les vignes valent mieux que tous les discours. Puis vint 1780, et le droit m'appela à Paris ; j'achetai une charge d'avocat aux Conseils du roi en 1787. Mais ne vous y trompez pas : sous la toge noire, je suis resté un homme de la terre, qui aime sentir le sol sous ses bottes. On me reproche mon appétit de paysan. Soit. Un ventre solide nourrit une voix solide.
Sous la toge noire, je suis resté un homme de la terre.
—Votre visage a frappé tous vos contemporains. Comment êtes-vous devenu cet homme au physique de tempête ?
Mon visage est un champ de bataille où je n'ai jamais combattu de mon plein gré. Enfant, un taureau m'encorna, des porcs me piétinèrent, et je faillis me noyer ; il ne reste de tout cela que des cicatrices qui font reculer les délicats. Mes adversaires y trouvent matière à rire, ils me peignent en monstre de tribune. Qu'ils rient. Un homme dont la figure raconte déjà trois combats n'a plus peur d'en livrer un quatrième. Quand je monte à la tribune de la Convention, ce n'est pas un beau parleur qu'on entend, c'est une carrure, une gueule, une voix qui sort des entrailles. La Révolution n'avait que faire des minois poudrés ; elle voulait des hommes capables de hurler sans rougir.
Mon visage est un champ de bataille où je n'ai jamais combattu de mon plein gré.
—Septembre 1792 : les Prussiens marchent sur Paris. Que vous reste-t-il de ce moment ?
Le 2 septembre 1792, la peur courait dans les rues comme un incendie. Verdun était tombé, l'ennemi approchait, et beaucoup à l'Assemblée songeaient déjà à fuir vers le sud. Moi, ministre de la Justice depuis le 10 août, je suis monté à la salle du Manège et j'ai jeté à la face de tous : « Il faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace, et la France est sauvée ! » Ce ne sont pas des mots de salon. C'est un ordre de marche. La nation entière devait se lever, prendre la pique et le fusil, faire de chaque citoyen un soldat. La levée en masse n'est pas née d'un décret froid : elle est née de ce cri-là, dans cette salle où l'on sentait l'odeur de la poudre déjà.
Ce ne sont pas des mots de salon. C'est un ordre de marche.
—Quelques semaines plus tard, Valmy. Quel sens donniez-vous à cette victoire ?
Valmy, en ce même mois de septembre, fut moins une grande bataille qu'un grand refus : nos armées de sans-culottes et de volontaires ne reculèrent pas devant les Prussiens, et cela suffit à changer le cours des choses. Le lendemain, la République était proclamée. Comprenez bien : on n'avait jamais vu cela, une nation entière debout, sans roi, défendant non pas un trône mais une idée. Mon discours d'audace trouvait là sa réponse sur le terrain. J'ai toujours pensé que la Révolution ne se sauverait pas par les beaux principes seuls, mais par le canon et par le courage des hommes ordinaires. Valmy me l'a prouvé : la peur change de camp dès qu'un peuple décide de ne plus fuir.
—En mars 1793, vous poussez à créer le Tribunal révolutionnaire. Pourquoi cette institution redoutable ?
Le 10 mars 1793, la guerre nous pressait de toutes parts, la Vendée s'embrasait, et les massacres de septembre pesaient encore sur nos consciences. J'ai voulu un tribunal pour que la justice de la République ne fût plus rendue par la rue et la pique, mais par un Tribunal révolutionnaire, fût-il imparfait. Je l'ai dit sans détour : « Soyons terribles pour dispenser le peuple de l'être. » Mieux valait une terreur organisée, encadrée par des juges, qu'une terreur aveugle livrée à la foule. Je croyais alors canaliser le torrent. Je n'imaginais pas encore que cette digue que je bâtissais de mes mains servirait un jour à me noyer moi-même.
Je n'imaginais pas que cette digue servirait un jour à me noyer moi-même.

—Cette même institution se retourne contre vous en avril 1794. Comment vivez-vous cette ironie ?
Quelle leçon, n'est-ce pas, que d'être traîné devant le Tribunal révolutionnaire que j'ai porté sur les fonts baptismaux ! J'ai présidé le premier Comité de salut public en avril 1793, j'ai voté la mort du roi, j'ai armé la République — et me voici accusé à mon tour, enfermé à la Conciergerie. L'instrument que je forgeai pour frapper les ennemis de la patrie frappe désormais ses propres fondateurs. C'est le sort des révolutions : elles dévorent ceux qui les nourrissent. Robespierre et les siens m'ont écarté du Comité dès l'été, et le reste n'était plus qu'une question de temps. Je ne pleure pas sur moi ; je m'étonne seulement qu'on ait si vite oublié à qui l'on doit cette terrible machine.
C'est le sort des révolutions : elles dévorent ceux qui les nourrissent.
—À l'hiver 1793, vous réclamez la clémence. Qu'est-ce qui vous y a poussé ?
À force de voir tomber les têtes, j'ai senti que la Terreur ne se nourrissait plus d'ennemis mais d'elle-même. Cet hiver 1793-1794, avec mon vieux camarade Camille Desmoulins, j'ai pris la tête de ceux qu'on nomma les Indulgents. Nous ne demandions pas la trahison ; nous demandions qu'on rouvrît les prisons aux innocents, qu'on cessât de confondre la sévérité avec le carnage. J'avais voulu un tribunal pour épargner au peuple le sang versé sans mesure — non pour qu'on guillotinât à la chaîne. Un citoyen a le droit de vivre, que diable, même quand la patrie est en danger. On me crut amolli. J'étais simplement las de voir la Révolution se dévorer la main qui l'avait armée.
—Le journal de Desmoulins, Le Vieux Cordelier, fut votre porte-voix. Que représentait-il pour vous ?
Le Vieux Cordelier fut la plume de notre amitié et de notre cause. Camille y écrivait ce que je tonnais à la tribune : qu'il était temps d'ouvrir un comité de clémence, de rendre la liberté un peu de son visage humain. Nous avions débuté ensemble au Club des Cordeliers, dans ce vieux couvent où je fus orateur avant d'être ministre ; il était juste que nous finissions le même combat. Sa gazette osait dire tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas, et c'est pour cela qu'on la trouva si dangereuse. On n'abat pas un journal, on abat ceux qui l'écrivent et ceux qui l'inspirent. Camille montera sur la même charrette que moi ; nos amitiés, comme nos audaces, se paient au même prix.
Nos amitiés, comme nos audaces, se paient au même prix.

—On dit que vos soirées valaient bien vos discours. À quoi ressemblaient ces soupers du Palais-Royal ?
Ah, mes soupers ! Le soir, quand la Convention avait épuisé sa bile, je rassemblais mes amis — Camille Desmoulins, Fabre d'Églantine — dans les cafés du Palais-Royal ou chez moi, cour du Commerce-Saint-André. On y servait des viandes rôties, des pâtés, des fromages, et le vin de Champagne de mon pays coulait sans qu'on comptât. Mes ennemis y voient la preuve de ma corruption ; moi, j'y vois la table d'hommes vivants. On ne fait pas une République avec des ascètes au teint vert. Entre deux rires, on tramait la stratégie du lendemain, on pesait les forces des Montagnards et des Girondins. Un homme qui sait jouir de la vie sait aussi pourquoi il la risque. Robespierre dînait seul ; voyez où mène l'eau claire.
—Lors de votre procès, votre voix portait, dit-on, jusqu'aux quais. Que cherchiez-vous à dire ?
Devant le Tribunal révolutionnaire, en avril 1794, je n'avais plus que ma voix pour arme, et je l'ai jetée comme une dernière charge. Je leur ai lancé : « Je suis Danton, assez connu dans la Révolution. J'ai trente-quatre ans. Ma demeure sera bientôt le néant, mais mon nom vivra dans le Panthéon de l'histoire. » On dit qu'on m'entendait jusqu'aux quais de la Seine. Cela les a tant effrayés qu'ils ont dû voter un décret pour m'ôter la parole — car un accusé qui se défend trop bien devient un juge. Ils m'ont condamné en me bâillonnant. Quelle justice que celle qui craint les mots de l'homme qu'elle veut tuer !
Un accusé qui se défend trop bien devient un juge.
—Sur la charrette qui vous mène à l'échafaud, que reste-t-il à dire ?
Le 5 avril 1794, la charrette m'emporte vers la place de la Révolution, à travers une foule que j'ai si souvent fait vibrer. Je ne tremble pas : un homme encorné par un taureau dans l'enfance ne va pas pâlir devant une lame. Au bourreau Sanson, je dirai de montrer ma tête au peuple — « elle en vaut la peine » — car ce visage cabossé, qu'on a tant raillé, mérite un dernier regard. Camille tombera près de moi, et tous les Indulgents avec nous. Je pars sans repentir : j'ai donné de l'audace à la France quand elle en manquait. Si ma tête roule aujourd'hui, c'est qu'elle a osé jusqu'au bout. Qu'on s'en souvienne.
Un homme encorné par un taureau dans l'enfance ne va pas pâlir devant une lame.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Danton. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


