Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Denis Diderot

par Charactorium · Denis Diderot (1713 — 1784) · Lettres · Philosophie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Paris, un soir de l'hiver 1782. Dans un appartement encombré de livres et d'épreuves du quartier Saint-Germain, un vieil homme à la robe de chambre élimée nous reçoit, le visage encore vif sous les cheveux gris. Denis Diderot, qui a porté vingt ans durant le plus grand chantier de l'esprit de son siècle, accepte de revenir sur une vie passée entre le donjon et le palais des tsars.

Comment décririez-vous l'ambition qui vous a tenu durant ces vingt années d'Encyclopédie ?

Quand d'Alembert et moi avons commencé en 1751, on nous croyait occupés à traduire un dictionnaire anglais. Quelle naïveté ! Dès le Prospectus de 1750, j'avais écrit ce que je voulais vraiment : « rassembler les connaissances éparses sur la surface de la terre, d'en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons, et de le transmettre aux hommes qui viendront après nous. » Vous comprenez ? Non pas un livre, mais un héritage. Vingt-huit volumes, des planches gravées où l'on voit jusqu'au dernier geste du tourneur et du coutelier. J'ai voulu qu'un artisan de Langres y trouve son métier dessiné avec autant de soin qu'un théologien y cherche sa doctrine. C'était insolent, je le sais : faire entrer la roture du travail manuel dans le temple du savoir.

Non pas un livre, mais un héritage transmis aux hommes qui viendront après nous.

On raconte que vous rédigiez vous-même les articles techniques. Pourquoi descendre ainsi dans les ateliers ?

Parce qu'on n'écrit pas sur ce qu'on n'a pas vu de ses yeux ni touché de ses mains. Fils de coutelier, j'avais grandi au bruit de la meule ; je savais qu'un homme de cabinet raconte n'importe quelle sottise dès qu'il parle d'un métier qu'il ignore. Alors, l'après-midi, je quittais ma table couverte de manuscrits et j'allais m'asseoir chez le faiseur de bas de soie, chez le coutelier, et je les faisais répéter leurs gestes vingt fois jusqu'à ce que la machine devînt claire dans ma tête. J'ai rédigé moi-même des milliers d'articles ainsi. On a ri de me voir interroger des ouvriers comme on interroge des philosophes. Mais le savoir d'un homme qui sait river une lame vaut bien celui d'un docteur en Sorbonne.

Le savoir d'un homme qui sait river une lame vaut bien celui d'un docteur en Sorbonne.

Vous souvenez-vous du moment où l'on est venu vous arrêter, en 1749 ?

On ne l'oublie pas. J'avais publié ma Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient, où j'avais fait dire à un aveugle mourant cette chose terrible : « Si vous voulez que je croie en Dieu, il faut que vous me le fassiez toucher. » Cela suffit. Une lettre de cachet — un papier signé du roi, sans procès, sans juge — et l'on m'a enfermé trois mois au donjon de Vincennes. La pierre y suait l'humidité. J'ai cru d'abord y rester des années. C'est là que j'ai mesuré ce que coûtait une phrase trop libre dans un royaume où la censure veille sur les âmes comme un geôlier sur ses clés.

J'ai mesuré ce que coûtait une phrase trop libre dans un royaume où la censure veille sur les âmes.

Que vous reste-t-il des visites que vous receviez entre ces murs ?

Une, surtout. Jean-Jacques Rousseau venait à pied de Paris jusqu'à Vincennes pour me voir ; la route est longue, et il marchait avec un livre à la main pour tromper l'ennui. C'est en chemin, sur cette même route, qu'il dit avoir reçu comme une illumination en lisant la question de l'Académie de Dijon — et de cette secousse est né son Discours sur les sciences et les arts. Songez à l'étrangeté : mon emprisonnement aura accouché de la gloire de mon ami. Nous étions alors deux frères d'idées. Le froid de ce cachot a chauffé une amitié qui, plus tard, hélas, s'est refroidie pour d'autres raisons. Mais ce jour-là, voir une silhouette familière franchir la porte valait toutes les libérations.

Comment une impératrice de Russie est-elle devenue votre protectrice ?

Par la plus singulière des générosités. J'avais besoin d'argent pour la dot de ma fille, et je m'apprêtais à vendre ma bibliothèque — un philosophe vendant ses livres, c'est un peu vendre son sang. Catherine II l'apprit. Elle acheta toute ma bibliothèque, mais me la laissa chez moi, à Paris, et me nomma son bibliothécaire avec un gage annuel pour garder mes propres livres ! Avez-vous jamais entendu mécénat plus spirituel ? Une souveraine à deux mille lieues qui paie un homme pour conserver ce qu'elle a acheté et qu'il continue de lire chaque soir. J'en fus si touché qu'en 1773, malgré mon âge et l'horreur que j'ai des voyages, je partis pour Saint-Pétersbourg lui présenter ma reconnaissance.

Une souveraine à deux mille lieues qui me paie pour garder mes propres livres.
Denis Diderot by Louis-Michel van Loo
Denis Diderot by Louis-Michel van LooWikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Que retenez-vous de vos entretiens avec elle, au palais de l'Ermitage ?

Des heures merveilleuses, et un reproche affectueux que je n'oublie pas. Nous causions chaque jour au palais de l'Ermitage, librement, comme deux esprits et non comme un sujet et sa princesse. Le malheur, c'est que je m'échauffe en parlant : pour appuyer mes arguments, j'avais pris l'habitude de frapper du plat de la main sur la cuisse de mon interlocuteur. Or mon interlocutrice était l'impératrice de toutes les Russies ! Elle s'en amusa fort et confia plus tard qu'elle finissait nos séances les cuisses couvertes de bleus. Voyez l'homme que je suis : incapable de tenir mes mains quand mon esprit galope. À Saint-Pétersbourg, j'ai parlé de tout — des lois, du théâtre, du peuple — avec une franchise dont, je crois, peu osaient l'approcher.

Incapable de tenir mes mains quand mon esprit galope — même devant une impératrice.

Pourquoi avoir gardé dans vos tiroirs des œuvres que vous teniez pour vos meilleures ?

Parce qu'un homme qui a connu le donjon de Vincennes apprend la prudence. Mon Neveu de Rameau, ce dialogue où un bohème cynique renvoie au philosophe le miroir de ses propres lâchetés, je l'ai écrit et réécrit pendant des années sans jamais le livrer à l'imprimeur. Trop d'esprit y mord la société pour qu'elle me le pardonne de mon vivant. De même Jacques le Fataliste, où je m'amuse à briser toutes les règles du roman et à demander si nous sommes vraiment libres ou si tout était « écrit là-haut ». Ces pages, je les destinais à des lecteurs que je ne verrais jamais. Écrire pour les morts à venir, c'est encore la plus pure des libertés : nul censeur ne vous y atteint.

Écrire pour les morts à venir, c'est encore la plus pure des libertés.
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Portrait of man with bust of Denis Diderotlabel QS:Len,"Portrait of man with bust of Denis Diderot"label QS:Lfr,"Portrait d'homme au buste de Diderot"label QS:Lde,"Bildnis eines Herrn mit der Büste dWikimedia Commons, Public domain — Jean-Simon Berthélemy

Dans Le Rêve de d'Alembert, vous prêtez à la matière une vie surprenante. Quelle vision du monde y défendez-vous ?

Celle qui m'a valu le plus de regards effrayés. Dans Le Rêve de d'Alembert, écrit en 1769, je laisse mon ami délirer tout haut une vérité que je crois profonde : « Tous les êtres circulent les uns dans les autres... tout est en un flux perpétuel... Tout animal est plus ou moins homme ; tout minéral est plus ou moins plante ; toute plante est plus ou moins animal. » Vous voyez où je vais : point de frontière étanche entre la pierre, la plante et nous. Une seule matière, sensible, qui se transforme sans fin. Pas besoin d'une âme posée du dehors pour expliquer la pensée. C'est du matérialisme, oui, et je sais ce que ce mot fait trembler. Mais je préfère une nature vivante à un univers de marionnettes tirées par des fils invisibles.

Une seule matière, sensible, qui se transforme sans fin.

On dit qu'une simple robe de chambre vous inspira tout un essai. Que s'est-il passé ?

Une sottise, et c'est pour cela qu'elle m'a tant appris ! On m'avait offert une robe de chambre neuve, somptueuse, écarlate. J'ai jeté ma vieille robe usée, ma complice de tant de nuits d'écriture, celle qui épousait toutes mes attitudes et ne me reprochait rien. Eh bien, la neuve m'a rendu malheureux ! À côté d'elle, mon vieux fauteuil parut misérable ; je le remplaçai. Puis ce fut la table, puis la gravure au mur. En voulant être digne de ma robe, j'avais laissé le luxe envahir mon cabinet de philosophe. J'en ai tiré mes Regrets sur ma vieille robe de chambre, où je ris de moi-même : voilà comment un homme libre se laisse asservir par un chiffon de soie.

Voilà comment un homme libre se laisse asservir par un chiffon de soie.

Derrière l'encyclopédiste infatigable, quel homme vos lettres à Sophie Volland révèlent-elles ?

Un homme qui aime, tout simplement, et qui n'a jamais su le cacher. À Sophie Volland, j'ai écrit pendant des années, à la lueur de ma chandelle, après mes journées d'ateliers et de salons — celui du baron d'Holbach, où nous refaisions le monde entre deux verres de bourgogne. Je lui disais des choses toutes nues : « Il m'est impossible de vivre heureux ni tranquille quand je suis loin de vous. » L'homme qui range tout le savoir humain dans vingt-huit volumes restait, devant cette femme, désarmé comme un écolier. C'est peut-être là ma vérité : j'ai consacré ma vie à l'Encyclopédie, à la raison, au système — et mon cœur, lui, n'a jamais obéi à aucun article ni à aucune méthode.

L'homme qui range tout le savoir humain restait, devant elle, désarmé comme un écolier.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Denis Diderot. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.