Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Denis Diderot

par Charactorium · Denis Diderot (1713 — 1784) · Lettres · Philosophie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans la chaleur sèche du Palais de l'Ermitage, en cet automne 1773, que l'impératrice Catherine II reçoit son philosophe venu de Paris pour ses entretiens quotidiens. Le feu crépite contre le froid de la Néva, et le fauteuil que l'on a tiré près du sien porte encore les marques des coups de main dont Diderot ponctue ses arguments. Ils se connaissent depuis onze ans déjà — depuis qu'elle a racheté sa bibliothèque pour doter sa fille — mais c'est la première fois qu'ils se parlent face à face. L'impératrice vient chercher l'homme derrière l'Encyclopédie, dans l'intimité d'un soir.

Mon cher philosophe, vous voici enfin devant moi après ce long voyage. Dites-moi : qu'avez-vous vraiment voulu bâtir avec cette Encyclopédie qui vous a tant coûté ?

Madame, j'ai voulu rassembler les connaissances éparses sur la surface de la terre, en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons, et le transmettre à ceux qui viendront après nous. Ce n'était pas un dictionnaire de plus : c'était une arme contre l'ignorance, un dépôt où chaque art, chaque métier, chaque pensée trouverait sa place raisonnée. Vingt ans, Majesté, vingt ans de 1751 à 1772, vingt-huit volumes, et d'Alembert qui finit par m'abandonner la barque quand la tempête fut trop forte. J'ai souvent cru me noyer. Mais songez : un libraire vend des bas de soie ; moi, je voulais qu'un homme, dans cent ans, sache comment on les fabrique, et pourquoi.

Ce n'était pas un dictionnaire de plus : c'était une arme contre l'ignorance.

On m'a rapporté qu'en 1759 le Conseil du roi interdit votre ouvrage. Comment un homme continue-t-il un travail que son propre souverain condamne ?

En le faisant dans l'ombre, Madame, voilà tout. Quand l'arrêt du Conseil tomba, beaucoup me crurent fini. Le privilège révoqué, les volumes saisis, mes amis tremblants — et moi qui devais malgré tout livrer les planches et les derniers tomes de texte. J'ai travaillé comme on conspire, avec des imprimeurs complices et des manuscrits que je cachais. Mon propre libraire, le scélérat, censura mes articles à mon insu pour ménager les autorités : je ne le découvris qu'une fois l'encre sèche, et j'en pleurai de rage. Mais voyez-vous, on n'arrête pas une idée comme on saisit un volume. Ce que le roi interdisait à Paris s'imprimait déjà ailleurs. Une encyclopédie ne meurt pas : elle se déplace.

On n'arrête pas une idée comme on saisit un volume.

Vous frappez ma cuisse quand vous vous échauffez, comme un artisan tape sur son établi. D'où vous vient cette familiarité avec les choses de la main ?

Pardonnez mes mains, Majesté — elles parlent avant moi, c'est un défaut de naissance. Je suis né à Langres, en 1713, dans une famille de couteliers. Mon père forgeait des lames, et l'odeur de l'acier chauffé fut mon premier souvenir. On m'a fait philosophe, mais je reste le fils d'un homme qui savait le prix d'un geste bien fait. Voilà pourquoi, pour l'Encyclopédie, je suis descendu dans les ateliers : j'ai regardé filer la soie, battre le fer, monter un couteau, parce qu'on n'écrit bien que ce qu'on a vu de ses yeux. Les beaux esprits méprisent les métiers manuels ; moi, je leur ai donné des planches gravées et des pages entières. Un coutelier de Langres vaut bien un théologien.

On n'écrit bien que ce qu'on a vu de ses yeux.

Dans cette Russie où tant reste à bâtir, croyez-vous vraiment qu'un souverain doive se soucier du travail des artisans et des manufactures ?

Plus qu'à toute autre chose, Madame — et vous le savez mieux que moi, vous qui voulez tirer un empire de ses brumes. La grandeur d'un peuple ne tient pas à ses palais mais à ses ateliers. Quand j'ai documenté la coutellerie, la fabrique des bas, les arts mécaniques, ce n'était pas par curiosité d'amateur : un pays qui sait faire est un pays qui ne dépend de personne. Le savoir technique est une richesse aussi sûre que l'or de vos mines. J'ai vu à Paris des ministres mépriser les mains calleuses tout en vivant du fruit de leur labeur. Si je puis vous donner un conseil de coutelier devenu philosophe : honorez ceux qui font, instruisez-les, et votre Russie n'aura besoin d'emprunter ni ses outils ni ses idées.

La grandeur d'un peuple ne tient pas à ses palais mais à ses ateliers.

Avant que je ne vous connaisse, on vous a enfermé au donjon de Vincennes. Racontez-moi cet homme que la France a voulu faire taire en 1749.

Ah, Vincennes... trois mois de cachot pour une Lettre sur les aveugles, Majesté. J'avais osé écrire que si l'on voulait me faire croire en Dieu, il fallait me le faire toucher — et cela suffit à m'envoyer derrière les murs, par une simple lettre de cachet, sans procès, sans juge. Voilà ce qu'était la France des consciences : un homme y disparaissait sur un mot. Le plus étrange est que cette prison me fit un ami pour la vie : Rousseau venait m'y visiter à pied, et c'est en chemin, un jour de grande chaleur, qu'il eut l'illumination qui fit son premier discours. J'en sortis brisé et plus prudent — trop prudent, peut-être. Depuis, j'ai gardé mes pensées les plus hardies pour le tiroir.

Voilà ce qu'était la France des consciences : un homme y disparaissait sur un mot.
Denis Diderot by Louis-Michel van Loo
Denis Diderot by Louis-Michel van LooWikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Ici nul roi ne vous emprisonnera, mon ami. Mais dites-moi franchement : un esprit comme le vôtre peut-il jamais vraiment respirer sous la censure ?

Respirer, oui ; chanter, non. Madame, la censure n'est pas seulement la prison ou le bûcher — c'est ce poison plus subtil qui s'installe dans la main de l'écrivain lui-même. À force de craindre le privilège du roi qu'on peut vous retirer, on s'amputz soi-même, on biffe la phrase avant que le censeur ne la voie. J'ai connu cette lâcheté, et je la hais en moi. C'est pourquoi votre hospitalité me trouble autant qu'elle me touche : ici, vous me dites de parler librement, et je découvre que j'ai désappris à le faire. Un homme longtemps surveillé porte son geôlier en lui. Le vrai courage, ce n'est pas de braver le roi une fois ; c'est de penser chaque jour comme s'il n'existait pas.

Un homme longtemps surveillé porte son geôlier en lui.

Souvenez-vous : en 1762 je rachetai votre bibliothèque pour doter votre fille, en vous laissant vos livres. Qu'avez-vous éprouvé alors, vous, devant un tel geste ?

Ce que j'éprouvai, Majesté ? D'abord l'incrédulité, puis une gratitude qui me coupa le souffle. Songez à l'étrangeté de la chose : une impératrice de Russie achète les livres d'un philosophe parisien dans la gêne, lui en laisse la garde, et le nomme son bibliothécaire avec gages ! Aucun de mes propres rois n'avait eu ce geste. Vous m'avez donné de quoi marier ma fille sans me dépouiller de ce qui faisait ma vie. J'ai compris ce jour-là qu'un souverain pouvait protéger l'esprit au lieu de l'écraser — leçon que mon pays ne m'avait jamais enseignée. Et me voici, dix ans plus tard, traversant l'Europe pour vous remercier de vive voix. Un philosophe ne s'agenouille pas, mais croyez que mon cœur, lui, l'a fait.

Aucun de mes propres rois n'avait eu ce geste.
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Portrait of man with bust of Denis Diderotlabel QS:Len,"Portrait of man with bust of Denis Diderot"label QS:Lfr,"Portrait d'homme au buste de Diderot"label QS:Lde,"Bildnis eines Herrn mit der Büste dWikimedia Commons, Public domain — Jean-Simon Berthélemy

Nous voici à converser chaque jour dans mon Ermitage. Parlez-moi sans flatterie : que cherchez-vous vraiment en restant ainsi auprès de moi à Saint-Pétersbourg ?

Sans flatterie, donc — puisque vous l'exigez, et que vous êtes la seule au monde à qui je l'accorde. Je cherche à savoir si le rêve des philosophes peut prendre corps, Madame. Toute ma vie j'ai écrit pour des princes imaginaires ; vous, vous êtes réelle, et vous régnez. Alors je vous presse, je vous contredis, je frappe votre cuisse parce que je veux voir jusqu'où une souveraine éclairée accepte qu'on la pousse. Mais je ne suis pas dupe : je parle d'un empire comme on rêve sur une carte, et vous le gouvernez pierre par pierre. Ce que je cherche ? Vérifier qu'entre le penseur et le trône, il existe une conversation possible. Ces cinq mois auprès de vous m'auront appris plus que vingt ans de cabinet.

Toute ma vie j'ai écrit pour des princes imaginaires ; vous, vous êtes réelle.

On murmure que vous nourrissez des idées hardies sur la matière et le vivant. Confiez-moi, à moi seule, ce que vous n'osez imprimer.

À vous seule, alors, et que ces murs soient sourds. Je crois, Madame, que tout n'est que matière en mouvement, et que rien dans l'univers ne sépare absolument la pierre de la plante, ni la plante de l'homme. Tout y circule, tout y passe de l'un dans l'autre dans un flux perpétuel : tout animal est plus ou moins homme, tout minéral plus ou moins plante, toute plante plus ou moins animal. J'ai mis ces pensées dans un dialogue, Le Rêve de d'Alembert, où je fais parler mon ami endormi pour dire ce que je n'oserais signer éveillé. Vous comprenez pourquoi je le garde au tiroir : un tel matérialisme n'envoie pas seulement à Vincennes, il scandalise jusqu'aux esprits libres. Mais à quoi bon penser, si l'on ne pense pas jusqu'au bout ?

À quoi bon penser, si l'on ne pense pas jusqu'au bout ?

Pourquoi donc enfermer vos plus belles œuvres dans un tiroir ? N'est-ce pas trahir ce lecteur de l'avenir que vous invoquiez tout à l'heure ?

Vous touchez là ma blessure secrète, Majesté. Oui, j'ai un dialogue, Le Neveu de Rameau, où j'ai mis le meilleur de mon esprit — un coquin génial qui dit tout haut ce que la société pense tout bas — et nul ne le lira de mon vivant. Pourquoi ? Parce que certaines vérités sont trop vives pour leur siècle et ne brûlent bien que dans celui d'après. Je n'écris pas seulement pour vous, ni pour le roi, mais pour cet inconnu qui ouvrira mes papiers quand je ne serai plus là pour qu'on m'enferme. Le philosophe joue parfois contre son propre temps : il sème dans une terre qu'il ne verra pas fleurir. Confier un manuscrit à l'avenir, c'est la seule liberté qu'aucune lettre de cachet ne peut m'ôter.

Certaines vérités sont trop vives pour leur siècle et ne brûlent bien que dans celui d'après.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Denis Diderot. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.