Interview imaginaire avec Émile Zola
par Charactorium · Émile Zola (1840 — 1902) · Lettres · 5 min de lecture
Deux jeunes visiteurs, en classe découverte, poussent la porte d'une grande maison au bord de la Seine. Un homme à la barbe ronde, l'œil vif derrière ses lunettes, les fait asseoir près de la cheminée. « Posez-moi vos questions, mes petits — je n'aime rien tant que la curiosité. »
—C'était comment, votre enfance ? Vous aviez un meilleur ami ?
Ah, oui ! Mon meilleur ami s'appelait Paul Cézanne. On s'est connus tout petits, au collège, à Aix-en-Provence. Imagine deux gamins qui partent à pied dans la garrigue, qui se baignent dans la rivière et récitent des poèmes au soleil. On était inséparables. Lui voulait devenir peintre, moi écrivain. On se promettait de réussir ensemble, à Paris. Tu sais, mon père était mort quand j'avais sept ans, et ma famille était pauvre. Cette amitié, c'était ma vraie richesse. Quand tu n'as pas d'argent, un ami fidèle vaut tous les trésors du monde.
Quand tu n'as pas d'argent, un ami fidèle vaut tous les trésors du monde.
—Vous habitiez dans cette belle maison ? Vous faisiez quoi le matin ?
Cette maison, c'est Médan, je l'ai achetée en 1878, après le succès de mon roman L'Assommoir. Avant, j'étais si pauvre que je faisais cuire des moineaux pris au piège ! Le matin, je me levais tôt, vers six heures. Petit déjeuner rapide, puis au travail. Je m'imposais un nombre de pages chaque jour, comme un maçon pose ses briques. Pas d'attente, pas de paresse. Imagine un horloger penché sur sa table, régulier, patient. C'était moi, chaque matin, à ma plume. Le talent, mon enfant, c'est surtout du travail recommencé tous les jours.
Le talent, c'est surtout du travail recommencé tous les jours.
—Et l'après-midi ? On dit que vous adoriez prendre des photos !
C'est vrai, j'en étais fou ! J'avais une dizaine d'appareils et j'ai pris des milliers de clichés — ma famille, mes jardins, les rues de Paris. À mon époque, faire une photographie, c'était toute une affaire : il fallait de la lumière, du temps, et un petit laboratoire pour développer les images soi-même. J'en avais un à Médan ! L'après-midi, je partais aussi enquêter sur le terrain, mon carnet à la main. Et le soir, je recevais des amis le jeudi. On cultivait un potager, j'aimais la bonne table — un bon pot-au-feu, du fromage. J'étais gourmand, ça se voyait sur mon ventre !
—Pour écrire Germinal, c'est vrai que vous êtes descendu dans une vraie mine ?
Tout à fait, et j'avais le cœur qui battait fort ! C'était en février 1884, dans les mines d'Anzin, tout au nord. Je suis descendu dans une cage de fer, très loin sous la terre — plus profond que la plus haute tour que tu connaisses, mais à l'envers, vers le bas. En bas, il faisait chaud, sombre, l'air était lourd. J'avais ma petite lampe de mineur pour ne pas tomber. J'ai dormi chez des familles, mangé leur pain. Comment veux-tu décrire la misère si tu ne l'as pas sentie sur ta peau ? Tout ça, je l'ai mis dans Germinal.
Comment décrire la misère si tu ne l'as pas sentie sur ta peau ?
—C'était dangereux, là-dessous ? Les mineurs avaient peur ?
Très dangereux, oui. Les mineurs vivaient avec une terreur invisible : le grisou. C'est un gaz caché dans la roche, qu'on ne voit pas, qu'on ne sent presque pas — et soudain il explose et tue tout le monde. Imagine travailler chaque jour à côté d'un monstre endormi qui peut se réveiller. Et puis il y avait le haveur, l'homme qui attaque le charbon avec son pic, plié en deux dans une galerie étroite, des heures durant, pour quelques sous. Des enfants de ton âge descendaient aussi ! En les voyant, j'ai compris que je devais raconter leur vie au monde entier.

—Vous écriviez vos histoires comme un savant ? C'est bizarre pour un romancier, non ?
Tu as raison, c'est étrange ! Mais c'était mon idée. Dans mon essai Le Roman expérimental, je disais que le romancier est à la fois un observateur et un expérimentateur. L'observateur regarde les faits comme un médecin examine un malade. Puis il place ses personnages sur ce terrain solide et voit comment ils réagissent. Imagine un jardinier qui plante une graine dans une certaine terre, et observe ce qu'elle devient. Moi, je plantais des gens dans un milieu — la mine, le cabaret — et je regardais leur destin. C'était ma façon à moi de dire la vérité sur les hommes.
—Vous aviez écrit toute une famille inventée ? Comment vous vous y retrouviez ?
Quelle bonne question ! J'avais inventé une grande famille, les Rougon-Macquart, et j'ai écrit vingt romans sur eux. Pour ne pas me perdre, j'avais dessiné un arbre généalogique, comme l'arbre d'une vraie famille, avec les parents, les enfants, les cousins. Mon idée, c'était l'hérédité : ça veut dire que nous recevons des choses de nos parents, pas seulement la couleur des yeux, mais parfois des défauts, des faiblesses. Imagine un fil invisible qui relie les générations. Je voulais montrer comment ce fil, mêlé au milieu où l'on grandit, façonne toute une vie.
—Un jour vous avez écrit « J'accuse ». Pourquoi vous avez fait ça ?
Parce que je ne pouvais plus me taire, mon enfant. Un officier, le capitaine Dreyfus, avait été condamné pour une trahison qu'il n'avait pas commise. On l'avait accusé injustement. Beaucoup le savaient, et tous se taisaient. Moi, j'étais un écrivain connu, riche, tranquille. J'aurais pu rester dans ma belle maison. Mais à quoi sert la gloire si on ferme les yeux sur une injustice ? Alors j'ai écrit une lettre ouverte au président de la République, en grosses lettres : J'accuse…!. Elle a paru dans le journal L'Aurore le 13 janvier 1898. Plus de 300 000 exemplaires vendus ce jour-là !
À quoi sert la gloire si on ferme les yeux sur une injustice ?

—Et après, il vous est arrivé quoi ? Vous aviez peur ?
Oh, ça a été un véritable orage ! Une moitié de la France me détestait, on me criait des insultes dans la rue. J'ai été jugé, condamné à un an de prison et à une grosse amende. Pour ne pas être enfermé, j'ai dû fuir en Angleterre, seul, loin de ma maison et des miens, pendant onze mois. Oui, j'avais peur, je ne vais pas te mentir. Mais tu sais, le courage, ce n'est pas l'absence de peur. C'est faire ce qui est juste malgré la peur. Un homme qu'on appelle « dreyfusard », c'est quelqu'un qui croyait en l'innocence de Dreyfus. J'en étais fier.
Le courage, ce n'est pas l'absence de peur : c'est faire ce qui est juste malgré elle.
—Et votre ami Paul Cézanne ? Vous êtes restés amis toute votre vie ?
Ah… tu touches là à ma plus grande tristesse. Non. En 1886, j'ai publié un roman, L'Œuvre, où je racontais l'histoire d'un peintre qui ne réussit pas, qui échoue. Paul s'est reconnu dans ce personnage. Il a cru que je le trouvais raté. Il m'a écrit une lettre polie pour me remercier… et nous ne nous sommes plus jamais reparlé. Quarante ans d'amitié, brisés par un livre. Imagine perdre ton meilleur ami d'enfance et ne plus jamais entendre sa voix. Les mots ont un pouvoir immense, mon enfant. Ils peuvent dénoncer l'injustice — mais ils peuvent aussi blesser ceux qu'on aime.
Les mots ont un pouvoir immense : ils peuvent dénoncer l'injustice, mais aussi blesser ceux qu'on aime.
—Si on parle encore de vous aujourd'hui, qu'est-ce que vous aimeriez qu'on retienne ?
Que retenir de moi ? Pas seulement mes romans, même si j'en suis fier. J'aimerais qu'on se souvienne d'un homme qui a regardé les pauvres en face — les mineurs, les ouvriers — et qui a refusé de détourner les yeux. Et d'un homme qui, un jour, a osé crier que la vérité comptait plus que sa propre tranquillité. Tu vois, on n'a pas besoin d'être roi ou général pour changer les choses. Une plume, du courage, et le refus de l'injustice : ça suffit. Voilà ce que j'aimerais te laisser, à toi qui es jeune. Garde les yeux ouverts, toujours.
On n'a pas besoin d'être roi pour changer les choses : une plume et du courage suffisent.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Émile Zola. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


