Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Émilie du Châtelet

par Charactorium · Émilie du Châtelet (1706 — 1749) · Philosophie · Sciences · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans la grande bibliothèque du château de Cirey-sur-Blaise, par un soir de novembre 1747, que Voltaire vient trouver Émilie du Châtelet penchée sur ses manuscrits. La flamme des chandelles éclaire les feuillets couverts d'équations algébriques et les volumes annotés des Principia. Ils partagent ce lieu depuis plus de douze ans, lui ses contes et ses tragédies, elle ses mémoires et ses traductions ; ce soir, c'est lui qui pose les questions.

Émilie, nous avons métamorphosé Cirey ensemble depuis bientôt treize ans. Comment ce château est-il devenu ce laboratoire dont toute l'Europe parle ?

Tu sais mieux que quiconque ce que cela a exigé. Quand tu es arrivé ici en 1734, j'avais déjà décidé que ce château ne serait pas qu'une résidence de province. J'ai fait venir les instruments — lunettes d'approche, prismes, machine pneumatique — j'ai rempli les rayonnages jusqu'à dépasser les vingt et un mille volumes. Mais ce qui fait l'âme de Cirey, c'est le rythme que nous y avons instauré ensemble : les matins aux mathématiques, les après-midi aux expériences, les soirées à nous lire nos travaux à voix haute avant de nous retirer chacun dans nos appartements pour travailler encore. Nulle académie de France ne nous offrait cela. Nous avons construit ce que les institutions nous refusaient : un espace de pensée libre, outillé, et sans cérémonie.

Je me souviens de 1738 — nous avons chacun soumis un mémoire sur le feu à l'Académie sans nous en parler. Pourquoi ce secret, Émilie ?

Parce que je savais que tu m'aurais dissuadée, par tendresse, ou par crainte que l'on juge nos travaux solidaires. Or je voulais que le mien soit jugé seul, sans que ton nom lui serve de caution. J'ai rédigé ce mémoire la nuit, pendant plusieurs semaines, en avançant l'hypothèse que le feu n'est point une substance élémentaire mais un mouvement des parties des corps. L'Académie n'a couronné aucun de nous deux — elle a néanmoins publié nos deux mémoires, chose rarissime. Ce que tu ignorais ce soir-là, c'est que cette publication valait, pour moi, bien plus que le prix : elle signifiait qu'une femme pouvait être lue par les savants de France sans qu'on pût l'ignorer. Toi qui étais déjà couronné à cette époque, tu ne mesurais peut-être pas ce que ce papier imprimé représentait.

Tes Institutions de Physique cherchent à réconcilier Newton et Leibniz. On t'a reproché de vouloir marier deux systèmes incompatibles.

Ceux qui me l'ont reproché n'ont pas lu l'ouvrage avec rigueur, ou alors ils défendent une chapelle plutôt que la vérité. Mon propos n'était pas de choisir un camp : c'était de fonder la physique sur des principes métaphysiques solides, en montrant que la mécanique newtonienne et la métaphysique leibnizienne ne se contredisent pas sur l'essentiel. J'ai rédigé cet ouvrage d'abord pour l'éducation de mon fils, mais aussi parce que je voyais mes contemporains adopter Newton comme une religion, sans en examiner les fondements. Une science qui ne s'interroge pas sur ses propres bases n'est qu'un dogme habillé en raison. Je refuse ce compromis-là. La philosophie naturelle mérite mieux qu'une allégeance aveugle.

Et tes expériences avec les billes de plomb dans l'argile — tu les as financées toi-même. Que cherchais-tu à prouver contre Newton ?

Je ne cherchais pas à combattre Newton par principe, mais à trancher une querelle que les mathématiques seules ne suffisaient pas à résoudre. La question était simple : quand un corps est en mouvement, ce qui compte est-ce la quantité mv, comme le soutiennent les cartésiens, ou mv², comme le défend Leibniz ? J'ai fait tomber des billes de plomb depuis différentes hauteurs dans une plaque d'argile et j'ai mesuré les empreintes. Les résultats étaient sans appel : l'empreinte croît avec le carré de la vitesse, non avec la vitesse elle-même. C'est moi qui ai payé ces expériences, parce qu'aucune institution ne les aurait financées pour une femme. Mais le résultat appartient à la physique, pas à ma bourse.

Le résultat appartient à la physique, pas à ma bourse.

Ta traduction des Principia de Newton avance. Mais ce travail te consume — j'en suis témoin chaque matin. Combien d'heures y consacres-tu ?

Autant qu'il en faut, et souvent davantage. Ce n'est pas une simple traduction : j'ai réécrit les démonstrations de Newton en langage algébrique moderne, j'ai ajouté mes propres commentaires pour que le lecteur français puisse non seulement lire l'œuvre mais en comprendre la portée. Le latin de Newton est dense, ses raisonnements géométriques parfois elliptiques — il faut les déployer, les expliquer, parfois les compléter sans trahir l'esprit. Je commence dès l'aube, je poursuis l'après-midi, et il m'arrive de travailler encore après minuit à la lueur des bougies. Toi qui me reproches parfois de négliger le sommeil, sache que ce travail me semble d'une urgence que je ne saurais expliquer autrement que par le sentiment qu'il doit être achevé, coûte que coûte.

D'après Alexandre Roslin, Portrait d'une dame, dit à tort de Émilie Du Châtelet
D'après Alexandre Roslin, Portrait d'une dame, dit à tort de Émilie Du ChâteletWikimedia Commons, Public domain — After Alexander Roslin

Est-il vrai — je veux l'entendre de ta bouche — que tu t'es déguisée en homme pour entrer au café Gradot ?

C'est vrai, et je n'en ai nul regret. Les cafés parisiens où se retrouvaient les philosophes et les mathématiciens m'étaient fermés au seul motif que j'étais femme. Or c'est là que se construisaient les réputations, que se débattaient les idées, que se nouaient les correspondances savantes. J'avais autant à apporter à ces conversations que n'importe lequel de leurs habitués — et souvent plus, si l'on me permet la modestie. Alors j'ai emprunté l'habit qui m'ouvrait la porte. Ce que j'ai trouvé à l'intérieur n'était pas toujours à la hauteur de ce qu'on m'avait interdit d'entendre. Il y a quelque chose d'absurde et de révélateur dans cela : on m'interdisait l'accès à des discussions que j'étais capable de mener mieux que ceux qui les tenaient.

J'avais autant à apporter à ces conversations que n'importe lequel de leurs habitués — et souvent plus.

Ta lettre à Frédéric de Prusse sur l'éducation des femmes — tu allais très loin. Qu'espérais-tu qu'il comprenne ?

Qu'il comprenne ce que l'évidence crie et que les préjugés étouffent. Je lui ai écrit que je suis persuadée que bien des femmes ignorent leurs propres talents par le vice de leur éducation, et que si on les élevait comme les hommes, elles réussiraient également dans les arts et dans les sciences. Ce n'est pas une conjecture : c'est ce que j'observe en moi-même et dans les rares femmes qui ont eu accès au savoir. Mon père a fait exception — il m'a fait enseigner le latin, les mathématiques, la philosophie naturelle. Si tous les pères en faisaient autant, l'Académie ne serait plus une institution d'hommes seuls. J'espérais que Frédéric, qui se pique de philosophie et correspond avec les esprits les plus libres d'Europe, entendrait cet argument. Je ne sais pas s'il l'a vraiment entendu.

Émilie du Châtelet, französische Physikerin, Mathematikerin und Philosophin
Émilie du Châtelet, französische Physikerin, Mathematikerin und PhilosophinWikimedia Commons, Public domain — Marianne Loir

L'Académie a publié ton mémoire sur le feu — honneur rarissime — mais elle te ferme ses portes. Comment vis-tu cette contradiction ?

Avec une ironie que tu apprécierais, toi qui en fais ton arme de prédilection. L'Académie est capable de reconnaître mes travaux quand ils lui sont soumis anonymement ou par le détour d'un concours — et incapable de m'accueillir en son sein au seul motif de mon sexe. Elle publie mes mémoires mais refuse de voir la main qui les a écrits. Je pourrais m'en indigner sans relâche, et il m'arrive de le faire. Mais je préfère en tirer une conclusion pratique : ce que l'institution refuse, il faut le construire hors d'elle. Cirey est cette construction. Ma correspondance avec Clairaut, Maupertuis et Jean Bernoulli est cette construction. La reconnaissance que l'Académie me refuse, je la trouve dans les lettres des savants qui discutent sérieusement de mes thèses.

J'ai aperçu quelques feuillets de ton Discours sur le bonheur. Tu y défends une vision que nos contemporains trouveront scandaleuse. Qu'y écris-tu, au juste ?

J'y écris ce que la raison et l'expérience m'ont appris, sans l'habillage que la bienséance exige d'ordinaire. Que le bonheur repose sur les passions — l'étude, l'amour, le jeu même — et non sur leur répression. Que se priver de désirs par crainte de souffrir, c'est se priver de vivre. J'y écris aussi qu'il faut commencer par se dire bien fermement que l'on possède un esprit susceptible de s'instruire, et s'en servir. Voilà ce qui m'a tenu debout — la conviction que mon intelligence avait une valeur, même quand tout autour de moi niait cette valeur. Ce discours est trop personnel pour être publié de mon vivant, je crois. Mais je voulais au moins en laisser la trace, pour celles qui viendraient après.

Parlons franchement, Émilie — quand tu décris le bonheur fondé sur la passion et l'étude, penses-tu à notre vie ici, à Cirey ?

Je pense à toute ma vie, et à Cirey en particulier, oui. Il m'est difficile d'imaginer une existence plus accordée à ce que j'entends par bonheur : un lieu où travailler librement, des correspondants qui me lisent sérieusement, la possibilité d'expérimenter, de rédiger, de me tromper et de recommencer. Toi et moi avons parfois disputé — sur Newton, sur Leibniz, sur la nature du feu — et ces disputes-là m'ont rendue plus rigoureuse que n'importe quelle approbation. Le bonheur que je défends n'est pas la quiétude : c'est l'intensité. Je ne sais pas combien de temps cette intensité me sera encore donnée, mais je sais qu'elle vaut chaque heure qu'elle a coûtée.

Le bonheur que je défends n'est pas la quiétude : c'est l'intensité.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Émilie du Châtelet. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.